Léopold II et Roger Nols dans l'hôtel communal : un groupe de travail lancé dans la commune de Schaerbeek

Un groupe de travail "Mémoires" va être mis en place par Schaerbeek afin de contextualiser deux oeuvres polémiques installées dans l'hôtel communal: la statue de Léopold II et le buste de Roger Nols. Le collège des bourgmestre et échevins a pris cette décision ce mardi. 

La RTBF vous en parlait en janvier dernier. C'était avant les derniers événements relatifs aux actes de vandalisme et déboulonnage de statues et bustes de Léopold II, notamment à Bruxelles - des activistes lui reprochent son rôle dans la colonisation du Congo et les exactions commises à l'époque envers les populations locales.

A Schaerbeek, dont l'hôtel communal (celui avant l'incendie de 1911) a été inauguré par Léopold II lui-même, le 21 juillet 1887, une majestueuse statue du souverain trône à l'entrée du bureau du bourgmestre. A l'époque, l'échevine de la Culture et de l'Egalité des Chances, Sihame Haddioui (Ecolo), annonce vouloir ouvrir un débat autour de la décolonisation de l'espace public. La statue en fait partie.

Il faut que ce soit inscrit quelque part

"Il y a deux raisons qui poussent à contextualiser cette statue", nous expliquait alors l'échevine. "D’abord le devoir de mémoire. Il faut expliquer, dire que ce Roi fait partie d’un épisode sombre de l’histoire de la Belgique. Il faut que ce soit inscrit quelque part. Ensuite, il faut pouvoir porter un regard critique sur cet épisode et ses conséquences passées (les milliers de morts) mais aussi actuelles. Un récent rapport d’UNIA pointe le lien entre cette propagande coloniale et les stéréotypes voire les représentations négatives que subissent aujourd’hui encore les personnes noires ou maghrébines de manière générale."

Lambermont, Wahis...

Concrètement, à Schaerbeek, il n'est pas question de démonter la statue, de la ranger sans une cave sous la place Colignon. Il s'agit d'apposer une panneau afin de contextualiser l'oeuvre et l'illustre personnage qu'elle représente. Mais aussi de rappeler que l'héritage colonial est très présent à Schaerbeek au travers de ses maisons bourgeoises, ses avenues, son parc Josaphat en partie imaginé par Léopold II... Des artères portent des noms d'artisans de la colonisation comme Auguste Lambermont, bras droit du souverain ainsi que le Général Wahis, ancien gouverneur de l'Etat du Congo.

Le groupe de travail sera composé de représentants de la commune mais aussi de professeurs d'universités, d'acteurs associatifs... Il abordera le patrimoine, l'enseignement et la culture. "La volonté est d'avancer sur ces trois axes et d'autres se rajouteront " explique l'échevine.

Il sera également chargé de faire le lien entre le passé colonial de Schaerbeek et les récentes années, en lien avec les vagues migratoires qu'a connues la commune. Ce n'est pas tout: celui-ci devra également aborder la question du passage de Roger Nols à la tête de la commune. Bourgmestre de 1970 à 1989, celui-ci est principalement connu pour ses discours xénophobes et populistes et le repli de Schaerbeek vis-à-vis du monde extérieur.

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Le buste de Roger Nols. © RTBF

En 2017, le MRAX, Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie avait réclamé le retrait du buste de Roger Nols, aligné au côté des autres bourgmestres au premier étage de la maison communale. Le bourgmestre Bernard Clerfayt (DéFi) avait refusé, préférant une contextualisation plutôt qu'une forme de censure. Une contextualisation de quelle nature? Ce sera au groupe de travail de trancher. 

"J’en ai l’intime conviction : faire un travail efficace contre le racisme, les discriminations et la citoyenneté passe indubitablement par la contextualisation de ces différents épisodes historiques qui font échos aux parcours migratoires d’une grande patrie de la population schaerbeekoise. Écrire le passé de la Commune, fût-il moins glorieux, c’est permettre à tout le monde de trouver sa juste place", conclut Sihame Haddioui.

Journal télévisé du 14/06/2020

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