Chômage en baisse à Bruxelles: la faute aux exclusions de l'Onem?

Le chômage en net recul en région bruxelloise
Le chômage en net recul en région bruxelloise - © JONAS HAMERS - BELGA

Les derniers chiffres du chômage en Région bruxelloise atteignent un taux plancher: 18,9%. Cela faisait six ans que ce taux n'était plus passé sous la barre des 19%. Les statistiques concernant les jeunes chercheurs d'emploi (18-25 ans) sont également en baisse: sur deux ans, leur nombre a diminué de 18,7%. La Région bruxelloise n'a plus eu aussi peu de jeunes chercheurs d'emploi depuis 1992. La conséquence des exclusions de l'Onem ? Réponse : oui, partiellement, pour l'Office Régional de l'Emploi bruxellois. Mais aussi grâce à la "Garantie Jeunes", ajoute Actiris.

Le détail des chiffres d'Actiris montre une forte diminution du nombre de demandeurs d'emploi.

Pour la fin avril 2015, on dénombre en Région de Bruxelles-Capitale 103 883 chercheurs d’emploi inoccupés, soit une diminution de 5448 personnes par rapport à l’année précédente (-5,0%). Le taux de chômage en Région bruxelloise s’élève à 18,9% contre 20,6% en avril 2014.

Quant au chômage des jeunes, il continue de baisser en Région bruxelloise : on comptabilise 1659 jeunes chercheurs d’emploi par rapport à avril 2014 et 2669 jeunes chercheurs d’emploi en moins par rapport à avril 2013.

Le nombre de jeunes chercheurs d’emploi (11 567) a baissé ce mois-ci de 12,5% sur base annuelle et de 18,7% sur deux ans. Il est aujourd’hui au plus bas depuis juillet 1992. Le taux de chômage des jeunes atteint 26,7%, contre 29,1% l’année passée et contre 31,3% en avril 2013.

Les exclusions du chômage favoriseraient cette baisse du nombre de chômeurs

Prudent, l'Office Régional de l'Emploi bruxellois tient tout de même à souligner que "les chiffres d’Actiris de ce mois-ci ont partiellement été impactés par les radiations survenues à l’Onem suite à la limitation à trois ans des allocations d’insertion."

D'après Didier Gosuin, le ministre bruxellois en charge de l'Economie et de l'Emploi (FDF), c'est "incontestable". Il faut cependant nuancer, il y a certes du "positif" mais "pour les catégorie entre 30 et 45 ans et surtout pour les femmes qui sont davantage touchées; oui, il y a une baisse du chômage due à l'exclusion. Il ne faut donc pas de 'cocorico', il y a bien un phénomène d'exclusion qui améliore les chiffres".

Ces baisses statistiques ne reflètent donc pas forcément une meilleure santé du marché de l'emploi. Elles semblent traduire, en partie tout au moins, les récentes exclusions de chômeurs du système des allocations, conséquence des mesures prises par le gouvernement Di Rupo et qui limite à trois ans le bénéfice des allocations d'insertion.

Pour Didier Gosuin,  "le taux de chômage est encore très important et c'est évidemment toujours totalement inacceptable. Mais, il faut redonner de l'espoir. Oui, la situation s'améliore à Bruxelles".

Gregor Chapelle, le directeur général d’Actiris, rappelle lui aussi que le chômage reste trop élevé à Bruxelles mais " il baisse et il est au plus bas depuis 1992 ". Pour lui, cette diminution n’est pas due essentiellement aux exclusions par le fédéral.

Gregor Chapelle précise qu’il " s’agit bien de retour à l’emploi de chercheurs d’emplois qui ont retrouvé un emploi. On constate que le taux d’emploi monte également ". La population active à Bruxelles n’a jamais été aussi élevée. En un an, elle a augmenté de 17 500 personnes.

Le directeur général d’Actiris pointe le fédéral qui "a une politique injuste et inefficace et crée, par-là, des ‘DENI’ : des demandeurs d’emploi non identifiés ".

La Garantie Jeunes est-elle un "visa" pour l’emploi?

Les baisses du chômage chez les jeunes sont successives depuis 23 mois. Cette diminution a donc bel et bien commencé avant la mise en œuvre de la politique d’exclusion.

Pour Gregor Chapelle, " c’est l’effet de la Garantie Jeunes ". Il la définit comme "l’inverse de ce que fait le gouvernement fédéral. C’est une politique d’inclusion. Il s’agit d’offrir un stage aux jeunes demandeurs d’emploi. Pour nous, le chômage est une responsabilité collective. Donc nous décidons collectivement de garantir une solution à chaque jeune qui s’inscrit à Actiris en lui garantissant avec Bruxelles-Formations et VDAB soit un emploi, soit un stage, soit une formation ".

Les employeurs, de leur côté, auraient bien quelques réserves quant à cette Garantie Jeunes parce qu’elle n’assurerait pas complètement ses missions dans la mesure où les employeurs seraient demandeurs de profils qualifiés.

Gregor Chapelle tempère en disant que " cela dépend des employeurs. Un bon nombre d’entre eux a l’air satisfait ". Il conclut en ajoutant qu’ " on peut certainement mieux faire surtout si les employeurs continuent à se mobiliser. Ils peuvent contribuer à faire baisser le chômage des jeunes en les mettant réellement à l’emploi ".

Les stages en entreprises débouchent parfois sur un emploi

Melissa a terminé ses études secondaires supérieures. Grâce à Actiris, elle a été envoyée dans une petite PME de Woluwe-Saint-Lambert pour un stage de six mois. Depuis un mois, elle effectue du travail de bureau chez Winbee. Elle considère que cette formule est intéressante "pour avoir de nouvelles expériences et voir si ça pouvait aboutir à un emploi ".

L'an dernier, Winbee avait déjà accueilli une autre stagiaire. Aux termes des six mois, Eric Wingelinckx avait décidé de l'engager parce que l’entreprise a pu remarquer que "c’était quelqu’un de valable. En tant que jeune patron et jeune société surtout, on n’a pas de réserve. Donc, très vite les gens qui viennent travailler chez nous doivent être rentables et apporter un petit plus. Actiris nous a envoyé des personnes qui correspondent au profil demandé."

Le stage avait alors servi de test et débouche sur un emploi.

L'histoire ne se termine pas toujours aussi bien mais, pour Mélissa, décrocher ce stage, c'est déjà avoir de la chance : "C’est pas un vrai salaire, c’est pas un vrai statut mais c’est quelque chose."

Véronique Fievet

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK