Le savoir-faire de la brainoise Emilie Gonçalves reconnu jusqu'au Palais royal

Emilie Gonçalves compare son métier à celui d'un médecin ou d'un chirurgien
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Emilie Gonçalves compare son métier à celui d'un médecin ou d'un chirurgien - © S. Vandreck

Restauratrice d’œuvres d’art, spécialisée dans les tableaux et la dorure, Emilie Gonçalves vient de rejoindre le cercle très fermé des Fournisseurs brevetés de la Cour de Belgique. "C’est une magnifique reconnaissance, à la fois pour mon travail et pour le métier de restaurateur", réagit-elle. Formée à la Cambre, elle a roulé sa bosse sur de nombreux chantiers de restauration comme celui du château de Versailles, de l’Opéra royal de Wallonie à Liège ou du Palais royal. "Ce sont des chantiers qui forment beaucoup, explique la restauratrice. C’est quasiment impossible de monter son atelier en sortant de l’école, car on n’a pas encore la réputation qui nous précède. C’est ça qui est compliqué en restauration : il faut un premier travail qui va faire que la personne va vous faire confiance. Si elle n’a pas entendu parler de vous avant, elle ne vous confiera pas son œuvre à restaurer. L’expérience et la réputation sont importantes". C’est ainsi que la jeune femme a été repérée et amenée à travailler pour le Palais royal. "Cela fait très longtemps que je travaille pour le Palais, mais j’ai toujours repoussé ma demande de brevet, confie-t-elle. Cette année, comme les liens sont devenus de plus en plus stables, je me suis lancée".

Un restaurateur, c’est un peu comme un médecin pour les œuvres

Emilie Gonçalves reste discrète à propos de son travail pour la Cour de Belgique. Il ne diffère d’ailleurs pas beaucoup de celui qu’elle effectue pour d’autres clients, qu’il s’agisse d’institutions, de musées ou de particuliers. Dans son atelier de Braine-l’Alleud, elle raconte avec passion les différentes techniques qu’elle utilise pour conserver les œuvres d’art et leur permettre de traverser les générations. "Je suis un peu comme un médecin pour les œuvres", résume-t-elle. Sa boîte à outils ne diffère d’ailleurs pas beaucoup de celle d’un chirurgien. "On a d’ailleurs toujours un scalpel dans notre sac à main, pour le cas où on devrait gratter une peinture", précise-t-elle. Elle commence par examiner l’œuvre : son état général, la technique utilisée, les matériaux, si elle a déjà été restaurée ou pas. Mais avant d’y toucher, elle se renseigne aussi au maximum sur son histoire, son auteur, son propriétaire, les événements qu’elle a éventuellement traversés. Un minutieux travail d’enquête. En ce moment, elle restaure une toile du début du dix-neuvième siècle, un paysage, qui a été accidentellement déchiré. "La toile a été collée sur un autre support et il a été replacé sur un châssis trop petit. Pour cacher la différence de taille, on a apposé de la peinture sur les bords, décrit-elle. Mon travail a été de dégager cette peinture peu esthétique et de dévernir le tableau pour dégager la déchirure. Les anciennes restaurations recouvrent beaucoup d’originales et donc quand on les dégage, on retrouve certaines zones qui étaient complètement cachées". Elle désigne ainsi un petit personnage qui avait complètement disparu du tableau au fil du temps.

Une profession pas reconnue ni protégée

L’autre spécialité de la restauratrice, c’est la dorure. Elle utilise des feuilles d’or dont elle recouvre aussi bien des cadres que des statues ou des éléments d’architecture, avec une technique bien particulière. Une technique à laquelle elle a été formée au sortir de ses études, sur le chantier du château de Versailles, et à laquelle elle s’est perfectionnée aux Arts et Métiers de Bruxelles. "On ne s’improvise pas restaurateur d’œuvres d’art", insiste-t-elle. Plusieurs hautes écoles belges délivrent des diplômes, à l’issue d’une formation très poussée. Diplômes auxquels sont attentives les institutions, "mais la profession de conservateur restaurateur n’est pas reconnue, et donc pas protégée. N’importe qui peut s’installer et monter son atelier", regrette-t-elle. Le métier a ses propres règles de déontologie qui, si elles ne sont pas respectées, peuvent nuire à la conservation de l’œuvre. Emilie Gonçalves est d’ailleurs régulièrement amenée à tenter un sauvetage d’œuvres mal restaurées par le passé. "Tout ce qu’on fait doit pouvoir être retiré à tout moment, sans altérer l’œuvre originale, car les matériaux et les techniques utilisés, peuvent encore évoluer dans le futur". C’est d’ailleurs pour cela qu’elle ne travaille pas sur les pièces d’art, dont les matériaux et techniques sont trop hétéroclites et qui n’ont souvent pas été pensées pour durer. Seule exception, les tags et les graffs, auxquels elle a d’ailleurs consacré son mémoire de fin d’étude.

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