Le rotifère, un super-héros dans l'espace

Le 4 décembre prochain, l’Agence spatiale européenne (ESA) enverra dans l’espace un animal hors du commun. Le rotifère est tout petit, microscopique même, mais il possède une force incroyable ! Sur terre, il est capable de survivre aux conditions de vie les plus extrêmes, dans la chaleur torride d’un désert ou dans le froid polaire de l’Antarctique. Mais il est sans doute aussi capable de vivre dans l’espace, en apesanteur et bombardé par des radiations cosmiques.

Et c’est cette résistance aux radiations qui intéresse l’ESA. "Ces radiations sont omniprésentes dans l’espace, dès que l’on quitte l’atmosphère terrestre, explique Sarah Baatout, biologiste au Centre d’étude de l’énergie nucléaire de Mol (SKC-CEN). Sur la Lune, si on tient compte de la durée du voyage, l’exposition est 300 fois plus élevée que sur terre. Et sur Mars, c’est 1000 fois plus. Toutes les agences spatiales envisagent des missions de longue durée vers la Lune et vers Mars dans un futur plus ou moins proche. Mais il faudra protéger les astronautes de ces rayonnements."

500.000 rotifères dans un cube en acier

Comment les rotifères résistent-ils ? C’est la question posée par les chercheurs de l’université de Namur et du Centre d’étude de l’énergie nucléaire de Mol (SKC-CEN) qui ont préparé cette expérience pour le compte de l'ESA. Pour y répondre, ils ont enfermé quelque 500.000 rotifères dans un petit cube en acier, qui rejoindra la Station spatiale internationale (ISS) en décembre prochain.

Les rotifères en orbite pendant plusieurs semaines dans la station vont donc souffrir, leur ADN va être attaqué, découpé par les radiations. "Mais ils ont une exceptionnelle capacité à réparer leur ADN, bien supérieure à la nôtre, explique Karine Van Doninck, biologiste à l’université de Namur. Ils ont développé cette capacité pour survivre dans des milieux terrestres extrêmes comme les déserts ou les calottes glaciaires. Car la sécheresse ou la congélation produisent les mêmes effets que les rayons : elles coupent les brins d’ADN."

Connaître les mécanismes génétiques et cellulaires de défense contre les radiations est utile pour préparer les astronautes à voyager dans l’espace : comment blinder un habitat lunaire ? Existe-t-il des substances radio protectrices pour les astronautes ? Combien de temps peuvent-ils rester sur la Lune ? Etc.

Mieux soigner le cancer ?

Mais ces connaissances peuvent aussi avoir des retombées dans le domaine médical, notamment le traitement du cancer. Chaque année, environ 70.000 nouveaux cancers sont diagnostiqués en Belgique, dont la moitié sera soignée par radiothérapie. Un enjeu de ce traitement c’est de protéger les tissus sains ou en tout cas de limiter l’impact du rayonnement en dehors de la tumeur. Les rotifères connaissent la réponse. Les chercheurs veulent leur arracher leur secret.

 

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