Crime d'honneur: Mudusar, le frère, dit regretter l'assassinat de Sadia Sheikh

A l'avant-plan, Sariya, la soeur cadette de Sadia. A l'arrière-plan, son frère Mudusar.
A l'avant-plan, Sariya, la soeur cadette de Sadia. A l'arrière-plan, son frère Mudusar. - © Belga

Le procès hors norme de la famille Sheikh s'est ouvert ce lundi 21 novembre devant les assises de Mons. On y parlera crime d'honneur et mariage forcé. Les faits concernent l'assassinat de Sadia Sheikh, 20 ans, abattue par son frère en 2007 à Charleroi. La jeune fille refusait le mariage imposé par ses parents avec un lointain cousin pakistanais.

Le procès de Sadia Sheikh a commencé ce lundi au Palais de Justice de Mons. La session de la cour d’assises du Hainaut a été ouverte par le président Olivier Delmarche un peu après 9 heures 30.
Dès le début, les avocats de la défense ont demandé la lecture de l’acte de renvoi. Il s’agit d’un document de la chambre des mises en accusation reprenant les éléments qui l’ont motivée à renvoyer les accusés devant la cour d’assises. Cette demande n’est pas courante et la lecture de ce document par le greffier va sans doute prendre un certain temps.
L’acte de renvoi précisera que l’une des sœurs de Sadia et son mari ont obtenu un non lieu après avoir été inculpés d’assassinat et de tentative de mariage forcé. Ils ne sont donc pas dans le box des accusés.

L'acte d'accusation

Après la lecture de l'arrêt de renvoi, l’avocat général, Alain Lescrenier, a entamé la lecture de l'acte d'accusation. L’avocat général signale que, peu avant ses 18 ans déjà, Sadia avait eu une relation avec un jeune Pakistanais. Cette fréquentation, pourtant interdite par ses parents, allait aboutir à la grossesse de Sadia. Mais elle devait ensuite subir un avortement sous la contrainte de la famille.
C’est à ce moment-là que les parents de Sadia envisagèrent de la marier, par internet et webcam, avec un cousin résidant au Pakistan. Cette union ne pouvait être validée que par un voyage de la jeune fille au Pakistan pour y signer les papiers indispensables.
Alors que le déplacement est prévu et que la noce est programmée et, en partie, payée, Sadia tombe amoureuse de Jean, un jeune Belge, fugue pendant plusieurs semaines et se réfugie même dans un foyer pour femmes battues à Bruxelles.
Sa famille ayant repris contact avec elle, Sadia croit que les difficultés sont aplanies et qu’elle va pouvoir leur présenter son nouvel ami. Le week-end de la fin du ramadan se passe très mal chez ses parents qui la menacent d’appliquer la "charia".
Quelques jours plus tard, le 22 octobre 2007, Sadia est invitée à manger chez ses parents à quelques centaines de mètres de son école. C’est son frère, Mudusar, qui vient l’y chercher. Ses amis et ses professeurs ne la reverront plus vivante.
Dès la fin de l’acte d’accusation, les divers avocats de la défense ont pris la parole pour demander aux jurés de tenir compte du fait que cet acte a été rédigé par l’avocat général selon sa vision du dossier.

Mudusar compte tout dire

Après une pause, les débats ont repris avec une question directe du président à Mudusar pour savoir s’il restait sur ses positions.
Mudusar confirme qu’il a agi seul et mal. Qu’il n’aurait pas dû tuer Sadia et s’enfuir en laissant sa sœur Saryia pour morte elle aussi. Et que ce n’est que récemment qu’il s’est rendu compte de la gravité de ses actes. Qu’il compte aussi sur ce procès pour tout dire.
Le reste de la journée et de la semaine sera consacré à l’audition du juge d’instruction et des enquêteurs. Quant aux accusés, selon le président, ils seront questionnés au fil des audiences et en fonction des déclarations des enquêteurs.

Une famille sur le banc des accusés

Son frère affirme avoir agi seul, pour laver le déshonneur de la famille, mais le parquet retient la thèse du complot familial.

Les parents et la sœur cadette de Sadia se retrouvent donc aussi aujourd'hui sur le banc des accusés, ils encourent la perpétuité.

Les quatre doivent donc répondre d'assassinat, avec la circonstance aggravante de crime de haine. Cela signifie qu'il y a eu discrimination envers Sadia, parce que c'était une femme.

Ils sont également accusés de tentative de mariage forcé. Autant de notions qui ont été ajoutées récemment dans notre code pénal. Le verdict fera donc jurisprudence.

Les audiences s'étaleront sur trois ou quatre semaines, le temps d'entendre les 150 témoins convoqués. A côté des enquêteurs et autres experts légistes et balistiques, on entendra des psychologues, des ethnopsychiatres, des spécialistes internationaux du mariage forcé. On assistera aussi à un défilé d'amis et de professeurs de Sadia qui viendront témoigner du long combat qu'elle menait contre les projets familiaux à son égard. Des proches de la famille viendront eux expliquer que Sadia n'avait jamais exprimé clairement à ses parents son refus de ce mariage, qu'elle avait un double visage.

Autant d’auditions qui se dérouleront sous l'œil des médias belges et étrangers car ce procès a un retentissement international.

 

Christine Borowiak, Daniel Barbieux

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