Le photographe « gazeur » du commissaire Vandersmissen parle : « J’ai demandé la bonbonne au chauffeur ! »

L’image a fait le tour de la toile et des chaînes de télévisions. On y voit un photographe armé d’une bonbonne de gaz lacrymogène aspergeant un homme plaqué au sol par la police. Cela se passe à Bruxelles le 13 septembre, lors de la manifestation du personnel soignant.

Comment s’est-il procuré une " gazeuse " appartenant à la Zone de Police Bruxelles-Ixelles et à quelles fins? Il nous a confié sa version des faits. Ce photographe indépendant de 56 ans s’appelle Philippe Bourguet. La spécialité de ce Liégeois: capter avec son objectif  les interventions policières. Mais à force de fréquenter les services de maintien de l’ordre, voilà qu’il s’est mué en justicier, une sorte de Benalla à la belge.

 "Pour me défendre"

Comme c’est souvent le cas, Philippe Bourguet se trouvait à bord du véhicule du Commissaire Vandersmissen, le très médiatisé policier à la tête de la Direction Intervention de la zone de Police Bruxelles Capitale-Ixelles. Une faveur qui ne fait pas l’objet d’une autorisation officielle.

Alors que la manif des soignants se termine sans problème particulier,  le même commissaire Vandersmissen effectue un contrôle d’identité un peu tendu. Cela se passe du côté des Musées royaux des Beaux-Arts. Au même moment, un groupe d’une vingtaine d’individus, genre black blocks, accourent depuis la Place royale. 

J’ai eu fraction de seconde pour réfléchir ", dit Philippe Bourguet. " Voyant que le policier dans la voiture ne bougeait pas, j’ai pris moi-même l’initiative d’aller chercher une " gazette ", une bonbonne pour me défendre et pour défendre le commissaire. J’ai demandé la bonbonne au policier qui était derrière le volant. Il me l’a remise sans poser de question ".

"Je ne sais pas ce qu'il me passe dans ma tête"

Un peu confus dans son récit, Philippe Bourguet pousuit son témoignage. Le voici désormais armé d’une grande bonbonne XXL de pepper spray . Il  évoque les insultes d’un manifestant agressif qui l’aurait traité de " collaborateur ". Ce même manifestant se retrouve quelques instants plus tard maintenu au sol par le commissaire Vandersmissen et un policier en civil. Comme on peut le voir sur les images, c’est alors que Philippe Bourguet entre en scène.

Je n’ai pas eu le temps de réfléchir. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans ma tête. Il se fait que j’ai appuyé sur le bouton. Là, le commissaire met son bras pour me dire " arrête ". C’est là que je réalise que j’ai appuyé sur le bouton et que j’ai gazé… En fait c’est le commissaire et l’autre policier que j’arrose ".

Un rapport très tardif

Voilà donc, la version du photographe-gazeur. La zone de Police Bruxelles-Ixelles doit à présent confronter les versions des uns et des autres. Le commissaire Vandersmissen est quant à lui toujours suspendu de ses fonctions à la Direction Intervention. Il devra aussi justifier la rédaction très tardive (12 jours après les faits) de son rapport sur les événements. Il n’avait rien signalé à sa hiérarchie.  Ce n’est qu’au lendemain de sa suspension et de la diffusion des images et de l’article  parus  sur le site du quotidien Le Soir qu’il a finalement dégainé sa plume.

De son côté Philippe Bourguet, dit être tombé en dépression depuis l’éclatement de l’affaire. Il aurait perdu 8 kilos.  

Archives JT du 25/09/2020 - Bruxelles : le commissaire spécialiste des manifestations est écarté

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