Le photographe David LaChapelle prend ses quartiers au BAM à Mons

La nature, désormais au centre de l'oeuvre de David LaChapelle
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La nature, désormais au centre de l'oeuvre de David LaChapelle - © The First Supper, 2017 Hand Painted Negative-Print © David LaChapelle

On a vu ses photos dans les magazines, sur les écrans et les panneaux publicitaires. Le photographe américain David LaChapelle est souvent présenté comme une star.

Il a surtout, des années 90 au début des années 2000, immortalisé sur papier glacé des stars internationales (Madonna, David Bowie, Leonardo Di Caprio…) ou les créations des plus grands noms de la mode.

Un univers, un style, reconnaissable entre mille, à mille lieues du photoreportage: "Jusque dans les années 90, le but de la photographie était de rapporter la réalité, explique Gianni Mercurio, le commissaire de l’exposition. David LaChapelle a fait des photographies construites, dans lesquelles il veut raconter des histoires. Les stars qu’il a photographiées ont été transfigurées, en étant placées dans des situations surréelles".

Des photos spectaculaires, ultrasophistiquées, très mises en scène, dans lesquelles rien n’est laissé au hasard: composition, poses des personnages, éclairage, couleur… Ses inspirations vont des grands maîtres de la peinture classique à l’imagerie religieuse.

LaChapelle et la Chapelle Sixtine

C’est justement la découverte d’une œuvre religieuse majeure qui a radicalement changé la vie et la carrière de l’artiste: en 2006, il a visité la Chapelle Sixtine à Rome et a été bouleversé par les fresques de Michel-Ange. "Ça a été un choc pour lui. Il a alors décidé de changer, non seulement sa manière de faire de la photo, mais aussi sa vie", poursuit Gianni Mercurio.

Finis les travaux de commande pour la publicité et les magazines, finies les mondanités: LaChapelle quitte Los Angeles pour aller vivre à Hawaii. Son œuvre devient plus militante, avec en son centre des problématiques comme l’écologie ou l’évolution de la société.

Ses photos n’ont plus pour but de faire vendre, mais de faire réfléchir et se destinent aux musées et galeries d’art. The Deluge, une photographie monumentale inspirée des fresques de la chapelle Sixtine, marque le tournant de sa carrière: "C’est son chef d’œuvre. Après cela, il a entamé un travail plus conceptuel, dont la figure humaine a étrangement disparu". L’exposition, intitulée After the Deluge, présente ainsi plusieurs séries: des musées ravagés par des cataclysmes, des personnages de cire, des maquettes d’usines dans de vrais décors, des natures mortes mêlant fleurs, fruits et objets de la modernité…

Une exposition grand public

Tout reste extrêmement construit, mis en scène, avec un grand souci du détail. Les grands formats des photographies aident le visiteur à mieux comprendre le travail de l’artiste.

Les "making of" de certaines œuvres sont aussi à découvrir en vidéo. L’exposition ne s’adresse pas qu’aux passionnés de photographie et aux (nombreux) fans de l’artiste.

Si Xavier Roland, le responsable du Pôle Muséal de Mons, reconnaît qu’inviter un tel artiste est un pari risqué, il est aussi confiant dans la capacité de son œuvre à toucher un public très large: "On a toujours l’idée que l’artiste contemporain parle un langage que personne ne comprend, qu’il est réfractaire aux liens avec le public. Ici, on est aux antipodes de cela. David LaChapelle a un langage issu de l’histoire de l’art, de par ses formats, ses compositions, les codes couleur qu’il utilise, ses références… Donc, quand le visiteur rentre, il est directement connecté, il n’est pas perdu parce qu’il n’aurait pas les codes. L’artiste lui livre ici les codes pour rentrer dans l’œuvre, mais il lui permet aussi de se questionner sur toute une série de choses". L’exposition est présentée au BAM, à Mons, du 28 octobre au 25 février prochain.