Le Parlement bruxellois à court de bureaux, notamment à cause du décumul

Le Parlement bruxellois est à l’étroit. Dès le mois prochain, l’institution louera, en dehors de ses mûrs, 400 m² d'espaces de bureaux supplémentaires. Coût de l’opération : 130.000 euros par an, sans compter les charges. Le bâtiment concerné se trouve Place de l’Albertine, à une centaine de mètres du site historique de la rue du Lombard. Ces nouveaux bureaux serviront à accueillir les quatre groupes politiques qui n’ont pour l’instant pas d’espace digne de ce nom : la N-VA, DierAnimal, Agora et le cas particulier du cdH.

Trois raisons sont invoquées par le Parlement pour justifier ce manque d’espace pour les députés et leurs collaborateurs : la vétusté des locaux, l’éclatement du paysage politique qui a provoqué un accroissement du nombre de groupes politiques, mais surtout le décumul des mandats aux conséquences qui n’avaient pas spécialement été anticipées.

Des parlementaires ont accepté de travailler ensemble dans un même bureau

Pour cerner le problème, direction les deux étages qu’occupe le groupe parlementaire PS, un parti qui s’impose le décumul entre un mandat de député et un mandat local pour les communes de plus de 50.000 habitants.

"Avant, lorsque nous avions des députés qui cumulaient, ceux-ci n’avaient pas de bureaux au Parlement, puisqu’ils en avaient un dans leur maison communale, explique le chef de groupe Ridouane Chahid. Aujourd’hui, la majorité des députés socialistes ne cumule plus. Ceux-là ont donc besoin d’un espace pour travailler au sein du Parlement."

Les équipes ont donc consenti à se serrer. Les collaborateurs ont été regroupés dans des espaces communs. "Et puis, certains parlementaires ont tout simplement accepté de travailler ensemble dans un même bureau", souligne Ridouane Chahid, pour qui cette proximité nouvelle n’a pas pénalisé le travail parlementaire. "Paradoxalement non, ça a créé une nouvelle dynamique au sein du groupe PS".

Le décumul n’est pas une opération neutre au niveau de la gouvernance bruxelloise

Toujours est-il que le cas du PS, que vivent aussi d’autres groupes du Parlement bruxellois, illustre bien un fait : contrairement à certains préjugés, le décumul des mandats coûte plus cher que le cumul.

"Le décumul n’est pas une opération neutre au niveau de la gouvernance bruxelloise, explique Aurélie Tibbaut, chercheuse en sciences politiques à l’ULB. Cela entraîne automatiquement une augmentation du nombre de mandataires, et donc inévitablement des besoins et des coûts supplémentaires."

La hausse des dépenses se ressent également au niveau des rémunérations. "Avant, on avait un plafond de rémunération. Le montant des rémunérations d’un mandataire ne pouvait pas excéder 150% de l’indemnité parlementaire perçue par les députés, rappelle Aurélie Tibbaut. Maintenant qu’on a plus de mandataires en situation de décumul, on a plus de mandataires à rémunérer à 100%. Cela entraîne donc également des coûts en termes de ressources humaines."

Le décumul est donc moins une affaire d’économies que d’éthique politique et de choix de société. "Il faut se demander ce qu’on veut pour nos mandataires, conclut la chercheuse de l’ULB. Veut-on des représentants qui se dévouent à temps plein à leur mandat ? Ou veut-on des représentants multifonctionnels qui peuvent créer des ponts entre les niveaux de pouvoir ? C’est évidemment une position à prendre."
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK