Le nombre de maraîchers à nouveau en augmentation depuis dix ans

Si vous avez l'habitude de faire vos courses sur les marchés, peut-être avez-vous déjà remarqué qu'en ce qui concerne les fruits et légumes, l'offre a plutôt tendance à s'étoffer. Et pour cause, le nombre de maraîchers a bien augmenté : de 42% en dix ans. C'est en tout cas ce que semblent indiquer les statistiques officielles en la matière. Alors, est-ce un véritable renouveau pour nos marchés ? Et si c'est le cas, à quoi est dû ce regain d'activité ? Rencontre avec plusieurs maraîchers en Wallonie. 

C'est ma grand-mère qui m'a donné l'idée

Tôt ce lundi matin, l'étal de David Bisconti est encore bien rempli. La pluie est venue jouer les troubles fêtes mais il ne désespère pas d'attirer les passants sur ses bacs de fruits et légumes, pour moitié bio et pour moitié "conventionnels mais de qualité" comme il le dit lui-même.

Voilà déjà plus de quinze ans qu'il écume les différents marchés de Wallonie et de Bruxelles quel que soit le temps ou la saison, une activité que cet ancien restaurateur n'avait jamais envisagée jusque-là et dans laquelle il s'est lancé sans expérience particulière : "Je dois vous avouer que c'est ma grand-mère qui m'a donné l'idée", se souvient-il. "Elle savait que j'étais sans emploi et elle m'a dit 'tiens mais pourquoi ne t'intéresses-tu pas aux fruits et légumes ?'. J'ai dit 'allez' et j'ai commencé à m'intéresser un peu à ça. Je suis allé voir les marchés et les fournisseurs pour me rendre compte un peu et puis j'ai posé des questions à des amis qui faisaient le marché aussi," poursuit-il.

Il se lance alors dans ce travail souvent jugé difficile et que l'on décrit la plupart du temps comme en déclin, voire en voie de disparition.

 

Intérêt grandissant des clients

A l'instar de David, les chiffres montrent que de plus en plus de personnes sautent le pas : si l'on compare le nombre d'assujettis à la TVA dans le secteur du commerce de détail alimentaire sur éventaires et marchés entre 2009 et 2018, les statistiques de Statbel, communiquées et analysées par le Syndicat Neutre pour Indépendants, indiquent bien une augmentation de 42% en dix ans, sur l'ensemble de la Belgique.

Un regain d'activité qui ne serait évidemment pas étranger à l'intérêt, grandissant lui aussi, des clients, notamment des plus jeunes, pour les produits locaux et les circuits : "J'aime venir ici parce que les fruits sont plus frais qu'au supermarché. Ici on sait d'où ils viennent et on sait ce qu'ils ont," nous confie notamment Meghan, une jeune cliente qui a pris l'habitude faire son marché tous les lundi. 

Bio, circuits courts

Circuits courts, produits bio et/ou locaux, etc : pour répondre à cette nouvelle clientèle, les maraîchers eux-mêmes ont dû s'adapter et David Bisconti par exemple, vend maintenant pour moitié des produits certifiés et pour moitié des produits plus rares, comme des fruits corses ou des anciennes variétés de légumes. "En faisant des marchés dans le Namurois ou dans le Brabant Wallon, les gens me demandaient souvent : 'c'est bio ?'". Alors à force d'entendre ces questions je me suis dit qu'il fallait réagir et répondre à la demande des clients" nous raconte-t-il. 

Une tendance qui a sans doute ouvert de nouvelles opportunités et a permis de combler des emplacements autrefois vides sur les places des marchés. Pour autant, cet indéniable renouveau ne compense pas tous les départs de maraîchers du secteur depuis des décennies : "Cette soi-disant augmentation m'étonne. Depuis dix ans peut-être, mais depuis trente ans ce n'est pas possible. Cela fait quarante que je fais les marchés et avant nous étions le triple", se désole notamment Nadine Janssens, une maraîchère du Hainaut. 

Effectivement, on reste loin de la vitalité des marchés que l'on connaissait du temps de nos grands-parents. De plus, cette augmentation générale cache des disparités régionales : le rebond est bien plus important dans la province du Luxembourg (+77% !) qu'en Hainaut (+36%).

Autres différences avec le passé : de plus en plus de maraîchers le sont à titre complémentaire et ont un autre travail ; ils sont aussi plus nombreux à venir de l'étranger pour installer temporairement leurs étals chez nous. 

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