Le manque de main-d’œuvre va freiner la reconstruction après les inondations

Du travail pour des mois voire des années. L’ampleur des inondations qui a frappé la Wallonie mi-juillet va engendrer un surcroît de travail important pour le secteur de la construction. Olivier d’Huard est un jeune chauffagiste. Il fait un peu mentir les chiffres puisqu’à 23 ans, il est chauffagiste et bien content de son choix. Les jeunes ne sont pourtant pas vraiment attirés par ce type de métiers. Et pas seulement les jeunes. Trouver un ouvrier à engager semble parfois mission impossible. "On peut s’inscrire comme employeur auprès du Forem ou des IFAPME mais les listes d’attente pour trouver un nouveau professionnel sont interminables. Le problème se pose depuis longtemps."

Même analyse pour Renaud Tassin en pleine réparation de chaudière à Chaudfontaine. "Ces deux dernières semaines, j’ai fait des devis comme j’en fais normalement en six mois." Les personnes sinistrées ont d’abord besoin de devis à présenter aux assurances. Une fois le feu vert, il faudra mettre le chantier à l’agenda. "Et là ça va coincer. Il va falloir être un peu patient et s’organiser mais les délais vont être assez longs et engager plus, moi je veux bien mais pour ça, il faudrait qu’il y ait des candidats."

Le secteur va devoir se remettre en question

Alors comment attirer de nouveaux travailleurs dans le secteur ? C’est la question que se pose le Forem depuis 25 ans. "La pénurie est loin d’être nouvelle", explique Thierry Ney, directeur communication du Forem. "Nous avons mené une étude pour tenter de comprendre où sont les freins. Et les constats sont assez clairs. Il y a un problème d’accès des femmes aux métiers de la construction, des réticences liées à des stéréotypes aussi. Comme les charges de travail trop lourdes, des métiers pénibles et mal payés. Mais les métiers ont évolué et n’impliquent plus autant de charges physiques. Il faudra aussi qu’un jour le secteur face sa propre autocritique. Notamment en permettant une meilleure alliance vie professionnelle et vie privée. Et en permettant aux femmes d'accéder aux métiers."

Les formations existent mais les candidats manquent

En attendant, Marjorie Cornille a décidé de passer le pas au centre de formation de Châtelineau pour devenir un jour électricienne. "J’ai travaillé dans la vente et l’encodage. Ensuite je me suis occupé de mes six enfants. Et là je me relance dans cette formation au Forem pour en faire mon métier." Un profil qui se fait rare. Malgré les 59 formations destinées au secteur de la construction, le constat est général. "On pourrait former beaucoup plus de monde mais malgré tous nos efforts pour aller chercher les gens, le secteur ne parvient pas à convaincre."

Notez qu’il faut au moins un an pour former un bon électricien. Les nouveaux candidats ne seront pas prêts tout de suite pour aider les sinistrés. Mais plus que jamais la construction a besoin de bras et de cerveaux. Le Forem va tenter de mobiliser ses stagiaires pour partir peut-être plus tôt sur le terrain dans le cadre d’un stage en entreprise. Mais la solution ne passe pas que par ces formations. C’est une vision globale, culturelle du monde du travail qui semble nécessaire pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre.

Reconstruction après les inondations: JT 10/08/2021

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