Le gouverneur de Namur sur un couvre-feu "provincial": "On a le droit de se demander si la mesure est proportionnée"

Couvre-feu nocturne décrété dans les provinces du Brabant wallon et du Luxembourg, pour tenter de ralentir la propagation du coronavirus. Une mesure forte et généralisée, à laquelle n’adhèrent pas forcément d’autres gouverneurs dans le sud du pays. Exemple avec Denis Mathen (MR), gouverneur de la province de Namur.

J’ai décidé, peut-être provisoirement, de ne pas prendre cette mesure

"J’ai décidé, peut-être provisoirement, de ne pas prendre cette mesure", explique-t-il ce mardi matin sur les antennes de La Première. "J’ai une consultation (ce mercredi) avec l’ensemble des bourgmestres de la province. L’opinion générale n’est pas en faveur de cette mesure", celle d’un couvre-feu ou confinement nocturne.

L’option est autre dans la province namuroise. Pourquoi ? Tout d’abord, le contexte. Pour rappel, une première réunion a eu lieu jeudi dernier, à l’initiative du gouvernement wallon. But : déterminer des dispositions pour les villes universitaires et dissuader les étudiants de se rassembler et d’organiser des fêtes dans les kots, contexte propice à la diffusion du virus. Passé le week-end, l’unanimité entre gouverneurs n’était plus de mise. Résultat, des décisions aujourd’hui dispersées.

Sur Bruxelles, cette mesure n’a pas été appliquée

Le gouverneur de Namur va prendre contact avec le bourgmestre de la Ville de Namur, Maxime Prévot (cdH) et celui de Gembloux, Benoît Dispa (cdH) afin de voir s’il n’est pas possible de prendre "des mesures plus spécifiques". Mais en tout, pas à l’échelle de toute la province. Des mesures "mieux ciblées" sur les villes universitaires et les étudiants.

"On ne comprend pas qu’on puisse prendre une mesure très générale sur une province, comme par exemple celle du Luxembourg", enchaîne Denis Mathen qui pense par ailleurs que son collègue a "ses raisons". Mais cette province "n’a pas de centre universitaire".

Denis Mathen rappelle également, concernant cette fois la province du Brabant wallon, le couvre-feu a été décidé après l’adoption de mesures renforcées en région bruxelloise et après des réunions entre le gouverneur concerné, son homologue du Brabant flamand ainsi que les autorités bruxelloises et fédérales. "On constate que sur Bruxelles (NDLR : qui compte plusieurs universités), pour le moment, cette mesure n’a pas été appliquée." Elle l’est par contre dans Louvain-la-Neuve et dans toute la province.

Des mesures ciblées pour viser le même but

"C’est ce que je dis", poursuit Denis Mathen, "par rapport à cet objectif à l’origine qui était de cibler les rassemblements, pas seulement étudiants – je pense qu’il ne faut pas stigmatiser -, mais aussi tous les rassemblements interdits par l’arrêté ministériel", à savoir être à plus de quatre dans son domicile privé, le but c’est de "dissuader ces rassemblements dans des lieux privés".

"C’est la raison pour laquelle, parce que la ville de Namur est une ville universitaire, je vais voir s’il n’est pas possible d’avoir des mesures beaucoup plus ciblées pour également viser le même but."

Le droit de se poser des questions de savoir si la mesure est proportionnée

Quelle est la base légale du couvre-feu interdisant la circulation des personnes entre 1h et 6h du matin ? "La question fondamentale" est celle de "la proportionnalité des mesures par rapport à l’objectif" poursuivi.

"Ici, nous devons nous assurer que la mesure est bien adaptée, bien proportionnelle, qu’elle vise l’objectif et qu’elle va pouvoir rencontrer ce pourquoi elle est prise. Quand on interdit aux personnes de manière très générale de circuler dans toute la province de Namur, en ce compris à Vresse-sur-Semois, en ce compris à Cerfontaine pour éviter des rassemblements qui surtout et essentiellement le fait des centres urbains, je pense qu’effectivement on a le droit de se poser des questions de savoir si la mesure est proportionnée."

Un contrôle difficile

Des campagnes de communication à l’attention des étudiants de Gembloux (Agro Bio Tech) et ceux de Namur sont prévues rapidement. Car il est quasi impossible de contrôler le respect des mesures prises au niveau fédéral ou local, notamment quand on cible les jeunes étudiants, tantôt dans leur kot, tantôt de retour auprès de leur famille, sans distance sociale.

"Le contrôle est bien entendu assez difficile", reconnaît le gouverneur. "Je pense que tout ce qui est la sensibilisation, tout ce qui est la recommandation, au niveau notamment de la protection des personnes les plus vulnérables… je pense qu’ici […], les jeunes sont bien conscients qu’une série de comportements qu’ils peuvent avoir la semaine dans leur entourage, si justement ils ne respectent pas les règles, ils ne respectent pas les gestes barrières et ils ne respectent pas les interdictions de rassemblement, peuvent avoir des conséquences sérieuses."

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