Le Gletton: mensuel de la Gaume et d'autres Collines

- © RTBF

Voilà une revue qui ne manque pas d'ardeur ! Il y a quarante années que des bénévoles se relaient pour parler de leur région sans se fermer aux autres.

« Le Gletton », avant d'être une revue, c'est le nom populaire du fruit de la bardane. Une plante qui contient de l'insuline qui est intervient dans la préparation des shampoings pour prévenir la chute des cheveux. La bardane soigne aussi les affections de la peau. Son fruit est à l'origine du velcro.

Le gletton, appelé également « bouton de soldat », a fait la joie de nos jeux d'enfants. Ses capitules se terminent par une espèce de crochet qui colle aux vêtements et aux poils des animaux.

La revue a pris ce nom pour nommer son impertinence et la liberté de son ton éditorial. Avec le temps, elle est surtout devenue le lieu de la redécouverte des personnes et des liens qui se tissent entre eux... Une sorte de « bouton de soldat » qui les collent les uns aux autres dans la réalisation de projets. C'est la vie de toute une région qu'elle raconte en restant ouverte à la vie des collines avoisinantes.

Elle a fêté son quatre-centième numéro l'été dernier. Le numéro double 406-407 vient de sortir.

 « Roger, Marcel Champenois, une légende ? »
C'est le titre et le thème de ce double numéro. Consacrer un double numéro à Champenois est le signe d'une tradition respectée. Champenois, c'est tout un roman raconté en images, photos et témoignages dans ce numéro spécial.

Les faits
Roger Champenois est né en 1929 d'une famille de 14 enfants (8 garçons et 6 filles). Roger est un braconnier enragé dans l'âme, un rebelle néanmoins sympathique... Il est bûcheron quand il épouse Elizabeth Danniau, que les gens appelaient « La dame en noir » ou « La bruxelloise ».  Champenois et sa femme ont mené une vie loin de  l'harmonie. Des scènes parfois violentes éclataient entre eux. Champenois apparaissaient comme le domestique, Elizabeth avait le tempérament acariâtre et dominateur. Un jour, elle disparut.

Roger est placé sous mandat d'arrêt, mais est remis en liberté faute de preuve. Il s'acoquinera avec un certain Darge et ensemble, ils séquestrent l'épicière du village et ses enfants ... La femme et les enfants seront libérés le jour même.

Champenois préfèrera la fuite dans les bois plutôt qu' « un bouclier humain », écrit René Thill, dans L'avenir du Luxembourg d'août 1964. Une chasse à l'homme sera organisée par la police du 24 août au 1er septembre. Plus de 700 gendarmes y ont participé. Il sera finalement pris, parce que, juché sur un chêne, à l'orée d'un bois, il a uriné et s'est fait repéré.

Le procès sans cadavre
Il sera libéré en septembre 1978. C'est après avoir purgé sa peine qu'il déclare avoir tué sa femme en racontant les circonstances. Vous les lirez dans ce numéro du Gletton.

Différents documents consacrés à l'affaire
- « Le verdict de la peur, l'affaire Champenois », une pièce de théâtre écrite en 1967 par Albin Georges Terrien, sur base des articles de presses et des minutes du procès. Sans doute le premier livre sur le sujet.
- En 1978, Jean-Claude Watrin lui dédie une chanson, « Un tango pour Champenois ». « C'est l'tango de Champenois qu'on ira danser dans les bois du Bonlieu de Gévimont, de Guéville de Bicaumont ... » Une chanson en patois gaumais, bien sûr.
- En 1994, « La hache et le fusil », une bande dessinée en deux tomes, dans la collection « La mémoire des arbres », est éditée chez Dupuis, signée Jean-Claude Servais.
- « Histoires noires au Pays de Montauban », de Albert Lamand est édité par le Syndicat d'Initiatives d'Etalle.
- En 1994, le « Folich Gaume Théâtre » de Chantemelle présente « Rogé, la Farce ».
- En 2005, Pierre Stéphany et René Haquin y reviennent dans « Les grands dossiers criminels en Belgique », paru chez Racine.
- Tout récemment, le Groupe Folk Ambiance y a consacré un opéra folk, sur un scénario de Jean-Claude Servais, sous le titre « Champenois, l'homme des bois ».

De nombreux témoignages
Des gens qui racontent du haut de leur enfance à l'époque comment ils ont vécu l'affaire Champenois ont tenu à témoigner dans la revue « Le Gletton ». Vous trouverez aussi la présentation et le récit des documentaires réalisés par la RTBF à l'époque et au fil du temps.

Une autre actualité pour le « Champenois »
Leslie Bouillon est étudiante en troisième année, section français à la Haute Ecole Robert Schuman de Virton, elle a fait un stage de trois semaines avec les classes de 3ème générale. L'affaire Champenois était le fil rouge de ce stage. Les soixante étudiants se sont penchés sur la vie de Roger Champenois.

Pédagogiquement, ce fut un expérience passionnante, la créativité des élèves a été suscitées grâce à des documents d'époque dont certains étaient amenées des archives familiales des élèves. Ils ont reçu la visite de Marie-Eve Micha, metteuse en scène de l'Opéra-Folk, « Champenois, l'homme des bois. » Jean-Claude Servais les a rencontrés.

Une ligne du temps a été réalisée, par groupes de deux, ils ont créé leur propre adaptation de l'histoire en poèmes, en journal intime, en chanson, en fable et même en journal télévisé.

L'exposition est visible jusqu'au 28 février, à la Galerie Soleil, à Virton. Un livre sera prochainement édité pour valoriser toute la créativité de ces jeunes de 14 ans qui se sont approprié une page de leur histoire régionale.

Jean-Pierre Pirson

 

 

 

 

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