Le fort d'Emines va-t-il accueillir un club de tir ? Une enquête publique est lancée

La perspective inquiète déjà des riverains et certains défenseurs du patrimoine. Le fort d’Emines pourrait potentiellement accueillir le club de tir de Namur qui doit quitter le site de Ronet. Les communes concernées et la Province sont attentives. Mais si toutes les garanties sont données, l’activité donnerait potentiellement un nouvel élan au site.

Les réactions de voisins indignés se multiplient déjà. Sur les réseaux sociaux, des habitants de la commune de La Bruyère ou de Vedrin et Saint-Marc dans la commune de Namur s’inquiètent déjà des nuisances sonores potentielles du projet. Un avis d’enquête publique est lancé sur le site du fort d’Emines car le cercle de tir namurois a l’intention de s’y installer : "Nous voulons aller installer nos lignes de tir au sein de ce fort mais de façon balisée, insiste le président du Cercle de tir namurois, Fernand Van Beersel. Et je tiens tout de suite à rassurer les voisins, ils n’entendront rien. Nous comptons installer des nouvelles constructions couvertes dans deux fossés qui se trouvent sous le niveau du sol. Il y aura un toit qui ne dépassera le niveau des murs d’enceinte donc tout sera fermé et insonorisé. Là où nous nous trouvons à Ronet, il y a 120 mètres jusqu’aux habitations les plus proches. Ici, c’est 700 mètres et l’autoroute E42 passe entre nous et eux. Ils n’entendront rien".

 

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La position centrale du fort d'Emines, en plein milieu des champs mais à presque équidistance de trois localités, fait craindre des nuisances sonores aux habitants. © Tous droits réservés

Un renouveau pour le fort ?

Ces fossés servaient également de stand d’entraînement pour les soldats du fort quand il était encore en fonction. Le président y voit presque un retour de l’ordre des choses, met en avant l’entretien futur plus appuyé du site et une activité retrouvée pour un fort qui ne vit que de ses visites mais est "squatté" et souvent jonché de détritus. Mais de nouvelles constructions au sein d’un monument préservé "sans transformations" ne risque-t-il pas de défigurer un monument important de la seconde guerre mondiale ? Depuis les commémorations de la Grande guerre en 2018, des passionnés se battent pour que les visites continuent. Pour Etienne Carpentier, du syndicat d’initiative de la commune de La Bruyère, en charge des visites du fort, cette situation n’est pas celle qu’il envisage "idéalement" pour le fort : "C’est vrai que ce serait mieux qu’il reste dans son état actuel voire remis dans son état d’origine mais nous n’accueillons pas forcément la nouvelle d’un mauvais œil car depuis la fin de la convention avec la province de Namur après les commémorations, notre situation est précaire : le propriétaire actuel nous autorise à faire ces visites mais nous sommes finalement soumis à son bon vouloir, même si ça se passe bien, et du jour au lendemain cela pourrait s’arrêter. Ici, le club de tir semble tout à fait ouvert à ce que des visites continuent et que les tirs soient suspendus lors de certaines plages horaires".

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L'avis d'enquête publique est une demande de certificat d'urbanisme 2 et ne sera donc pas définitif. Les habitants sont invités à donner leur avis jusqu'au 10 mars 2021. © Tous droits réservés

Des garanties nécessaires

Du côté de la commune de La Bruyère aussi, la position sur ce projet est nuancée "ni pour, ni contre" à ce stade. L’échevine de l’Urbanisme Ecolo Rachel Vafidis insiste : "Il s’agit d’une demande pour un certificat d’urbanisme numéro 2, donc le cercle de tir namurois demande au préalable si leur idée de projet est faisable mais si ce projet est validé, ce ne sera pas encore un permis définitif, ils devront encore demander". Le fort est en vente depuis plusieurs années. Le prix fixé au départ était de 1 million d’euros. Aujourd’hui, il est descendu autour de 550.000 euros, une somme que le club de tir est prêt à investir mais seulement s’il a déjà la certitude préalable que son projet peut se réaliser : "De toute façon, vu les possibles nuisances sonores, il y a un volet environnemental et il revient à la Région wallonne de trancher, pas nous. Mais nous restons attentifs évidemment et demandons que toute construction puisse être réversible pour retrouver le caractère original du fort si l’activité s’arrête et nous prêtons également attention à ces nuisances pour que les habitants d’Emines dans notre commune ne subissent pas ces désagréments. J’imagine que la commune de Namur en fera de même pour les habitants de Vedrin et de Saint-Marc".

Le Fort cherche un nouveau souffle depuis des années et cette arrivée de tireurs sportifs prêts à investir tout en garantissant la continuité des visites est une première proposition concrète. L’échevine Ecolo comprend toutefois les craintes des voisins et encourage d’ailleurs tous les habitants concernés à s’exprimer sur ce projet, des craintes de nuisances sonores tout comme de l’opportunité qu’un club de tir investisse un monument historique. Cette enquête publique se clôture le 10 mars 2021.

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