Le fondateur du cimetière multiconfessionnel de Schaerbeek ne veut pas d'une tombe pour Abaaoud

Jean-Pierre Van Gorp, à l'époque de l'élaboration du projet de cimetière multiconfessionnel.
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Jean-Pierre Van Gorp, à l'époque de l'élaboration du projet de cimetière multiconfessionnel. - © COLLET - BELGA

Suite aux attentats de Paris, la délicate question de l'inhumation des auteurs des attaques arrive sur la table. Et notamment celle d'Abdelhamid Abaaoud, le commanditaire présumé des attentats, originaire de Molenbeek. Celui-ci a été tué lors de l'assaut de Saint-Denis, le 18 novembre. Mais sa dépouille n'a pas encore été libérée par les autorités françaises. Sera-t-elle enterrée au Maroc? Le Royaume chérifien aurait déjà exprimé son refus. Ou alors en Belgique, dans une parcelle du cimetière multiconfessionel de Schaerbeek? Aucune demande n'a encore été formulée en ce sens par la famille. Mais la commune de Schaerbeek pourrait s'exprimer favorablement, comme l'a annoncé récemment La Libre.

Mais une voix s'élève désormais pour s'opposer fermement à cette possibilité, c'est celle de Jean-Pierre Van Gorp (PS), ex-échevin à Schaerbeek. C'est lui qui a conçu et porté le projet de création d'un cimetière multiconfessionnel dans les années 90 avec des parcelles réservées à la communauté musulmane, à la communauté juive et à la communauté chrétienne orthodoxe.

Sur son blog, l'élu s'exprime en son nom propre. "Au cœur de ce cimetière situé à côté de celui de Schaerbeek, se trouve un espace symbolique, un oasis de verdure appelé "Espace de la Sérénité". Les centaines de familles qui ont choisi ce cimetière pour y enterrer leurs proches, voulaient les inhumer dans le respect de leurs rites et coutumes", rappelle Jean-Pierre Van Gorp. "C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nous avons le devoir de défendre les valeurs de respect au travers de la symbolique. Comment pourrions-nous accepter que des individus qui usurpent le fondement-même d’une religion et qui au nom de Dieu, tuent des frères, des femmes, des enfants, des personnes qui défendent quant à elles des valeurs de vie, de partage, de culture, de vivre-ensemble, y reposent? Imaginons-nous qu’il serait possible d’enterrer d’anciens collaborateurs sur notre pelouse d’honneur? Bien sûr que non." Il ajoute à la RTBF.be: "Il ne faut pas que cette inhumation soit vécue comme un affront aux autres musulmans enterrés à Schaerbeek ainsi qu'à leur famille."

"Pas pour les gens des ténèbres"

Jean-Pierre Van Gorp dit comprendre la douleur des proches. "Il y a certes la douleur légitime de la famille qui aspire à inhumer son fils, son frère, d’où la délicate décision à prendre: permettre à une famille de faire son deuil dans le respect de ses croyances sans que cela ne bafoue le code moral de cette merveilleuse réalisation qu’est le cimetière multiconfessionnel, symbole de l’entente et la fraternité entre les religions. Nous n’avons pas voulu de ces parcelles du cimetière multiconfessionnel pour les gens des ténèbres, ceux qui ont choisi de détruire notre société et ses valeurs fondamentales et essentielles. Nous les avons concrétisées pour permettre le repos éternel à celles et ceux qui défendent les valeurs du vivre-ensemble ici et ailleurs."

Alors, quelle solution pour la dépouille d'Abdelhamid Abaaoud? "La possibilité d’une inhumation en terre au sein d’un cimetière communal laïc par définition, est toujours de mise", ajoute Jean-Pierre Van Gorp.

A noter qu'il n'y a pas qu'Abdelhamid Abaaoud qui pourrait être inhumé à Schaerbeek. Le Bruxellois Bilal Hadfi, l'un des kamikazes du Stade de France, pourrait également y être enterré. 

 

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