Le développement de l'aéroport de Liège annule 25% des efforts wallons pour le climat, indique une étude de l'Uliège

Selon une étude de l’Université de Liège, « le développement de l’aéroport annule le quart des efforts des Wallons réduire leur empreinte carbone »
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Selon une étude de l’Université de Liège, « le développement de l’aéroport annule le quart des efforts des Wallons réduire leur empreinte carbone » - © SOPHIE KIP - BELGA

960.000 tonnes. Voilà la quantité de marchandises qui aurait transité par l’aéroport de Liège, en 2019. Un chiffre qui grandit d’année en année, de façon exponentielle. Et l'arrivée du Chinois Alibaba ne peut que confirmer la tendance. Rançon de ce succès : la hausse des émissions de CO2. Une étude de l’Université de Liège s’en inquiète.

Pierre Ozer est chercheur au sein du département des sciences de l’environnement, à l’université de Liège, engagé pour la cause climatique. Il dresse ce constat, interpellant : la croissance de l’aéroport de Liège annule en grande partie des efforts des Wallons pour diminuer leurs émissions en CO2.

Tri des déchets, alimentation locale, isolation des bâtiments… Les efforts des citoyens et des pouvoirs publics pour réduire les émissions de CO2 sont bien là. Et les résultats sont en rendez-vous. Entre 1990 et 2017, les émissions wallonnes (hors activité aérienne internationale), ont baissé de 39%.

" Les émissions de Liège Airport représentent le double de la gestion de tous les déchets wallons "

Mais selon Pierre Ozer, ces progrès sont en partie anéantis par les activités de l’aéroport de Liège " Le simple développement de l’aéroport entre 2013 et 2017 a annulé le quart des efforts des Wallons et des Wallonnes pour réduire leur empreinte environnementale "

En 2017, les émissions de CO2 de l’aéroport représentent aussi le double des émissions évitées grâce aux éoliennes et aux panneaux solaires wallons.

Autre illustration : " beaucoup de personnes font des efforts pour produire moins de déchets ou mieux les trier. Eh bien, il faut savoir que les émissions de Liège Airport représentent le double de la gestion de tous les déchets wallons ".

Le chercheur liégeois dénonce donc une forme de schizophrénie des pouvoirs locaux. " D’un côté, le Gouvernement wallon s’engage à aller vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 (-95% d’émissions entre 1990 et 2050) et d’un autre côté l’aéroport compte multiplier par 5 sa capacité d’ici 2040.

" D’ici 2050, les émissions de Liège Airport pourraient être supérieures aux émissions de tout le reste de la Wallonie. "

Il en conclut donc qu’à terme, " les efforts des uns pourraient être complètement annulés par le développement d’une seule infrastructure : Liège Airport. D’ici 2050, à politique égale, les émissions de Liège Airport pourraient être supérieures aux émissions de tout le reste de la Wallonie. "

Pierre Ozer plaide donc pour des alternatives comme le transport par bateau pour les biens non urgents. " Près de 25% des marchandises qui prennent l’avion pourraient très bien prendre le bateau. Il faut réserver le transport aérien à ce qui est essentiel et non à envoyer de la bière ou du lait en Chine ", s’indigne-t-il.

Taxer le kérosène

Une bonne option pour lui serait de taxer le kérosène, comme cela se fait déjà dans d’autres pays européens. " Cela ramènerait un demi-milliard d’euros dans les caisses wallonnes. Cela pourrait diminuer l’envie des consommateurs d’acheter des choses non indispensables, puisque leur prix serait légèrement moins élevé et d’autre part, les compagnies elles-mêmes réorienteraient ce qu’elles transportent par avion vers des biens avec une valeur ajoutée supérieure ".

Bien sûr, l’analyse de Pierre Ozer est loin de faire l’unanimité. Pour ses détracteurs, la croissance de l’aéroport liégeois est une aubaine, pour l’économie locale et donc l’emploi.

L’emploi augmente moins vite que le nombre de colis traités

Un argument auquel le chercheur liégeois ne croit pas. Pour lui, le nombre de colis qui transitent par l’aéroport de Liège augmente bien plus vite que le nombre d’emploi. Il prend l’exemple de la société Liège Cargo Agency. En 2015, l’entreprise traitait 15 kg de colis par semaine. Aujourd’hui, on parle de plus de 1000 tonnes. Dans la même période, elle serait passée de 7 à 45 employés " Si l’emploi augmente, sa progression est dans ce cas 10.000 fois moins rapide que l’augmentation du tonnage traité. "

Les craintes de Pierre Ozer vont plus loin : " les personnes qui travaillent dans ce domaine craignent qu’une fois qu’Ali Baba viendra ici avec sa logistique, tous les emplois locaux seront supprimés pour être soit automatisés, soit pris en charge par les Chinois. "

Le chercheur critique enfin le projet de l’aéroport, qui consiste à planter des arbres à Madagascar pour compenser les émissions de CO2. Il souligne que le programme ne vise que les émissions du bâtiment de l’aéroport et pas le trafic des avions.

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