Le CRIE d'Harchies se dote d'une annexe préfabriquée… en paille

Les murs, fabriqués en atelier, sont posés en moins de deux jours.
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Les murs, fabriqués en atelier, sont posés en moins de deux jours. - © S. Vandreck

Quand on évoque les constructions en paille, on pense inévitablement à l’histoire des trois petits cochons et donc à un matériau pas très résistant. L’annexe de 412 mètres carrés qui est en cours d’aménagement sur le site du Centre régional d’Initiation à l’Environnement (CRIE) à Harchies ne risque pourtant pas de s’envoler si le grand méchant loup s’aventurait à souffler dessus. Julien Lefrancq, le directeur commercial de la société namuroise Paille-Tech, qui a conçu fabriqué les murs et la toiture du bâtiment, tient d’ailleurs à tordre le coup à pas mal d’idées préconçues sur les bâtiments en paille: "Les gens pensent essentiellement au feu et aux souris. Les souris, pour beaucoup, ça vit à la campagne et ça se balade dans la paille, mais ça n’a aucune raison de se balader plus dans nos murs que dans des isolations minérales, en laine de roche. On n’a pourtant jamais demandé à un constructeur qui utilise des laines minérales s’il avait des souris dans ses murs, ironise-t-il. On a aussi eu tendance depuis des siècles à ne faire confiance qu’à la brique et au béton, alors que des matériaux comme celui-ci sont les plus vieux et ceux sur lesquels on a le plus de recul finalement".

La version 2.0 du torchis

Le bâtiment est bien loin de ressembler à un empilement de ballots de pailles. Ceux-ci ont été compressés et cachés sous un coffrage en bois, lui-même enduit d’argile. "Ce sont les mêmes éléments que ceux qui composent le torchis, qu’on peut encore retrouver dans certaines fermes vieilles de deux ou trois-cents ans. Mais ici, on a dissocié la paille de la terre. Le ballot de paille va apporter l’isolation. La terre va quant à elle apporter une grande capacité thermique au bâtiment, de l’inertie, du poids, ce qui est un avantage par rapport aux autres bâtiments basse énergie, qui sont très légers, mais où finalement on ne chauffe que de l’air. Ici on chauffe de la masse ". Les éléments préfabriqués sont arrivés de Franière par camion et ont été posés en moins de deux jours. " On fait même les enduits dans l’atelier. Ce sont déjà des gros œuvres très avancés. On va le plus loin possible dans la préfabrication dans un souci d’écologie, pour limiter les déplacements aussi".

Une première en Wallonie

La société Paille-Tech a déjà à son actif la conception de plusieurs habitations privées en Wallonie. Mais c’est la première fois qu’une administration publique s’adresse à elle pour construire un bâtiment. "Cela s’inscrit dans les valeurs des CRIE. Nous avons d’ailleurs déjà fait appel à des modes de construction écologique pour certains de nos bâtiments, comme l’installation de panneaux solaires", nous précise-t-on au SPW Environnement. Pour le bâtiment d’Harchies, la démarche est encore poussée un peu plus loin. "On a une résistance au feu acceptée pour les bâtiments publics, ajoute Julien Lefrancq. On se rend compte aussi qu’il a des demandes de plus en plus exigeantes pour des bâtiments exemplaires, d’essayer d’aller plus loin dans la démarche que de simplement isoler". En utilisant notamment des matériaux peu polluants, qui ont demandé peu d’énergie pour leur fabrication et d’origine la plus locale possible : la paille provient d’Hélécine, en Brabant Wallon, l’argile de Wanlin, le bois du bardage extérieur de Chevetogne. "Seul le bois de l’ossature est partiellement Autrichien", regrette le responsable de Paille-Tech, qui ne désespère pas d'un jour pouvoir proposer un produit 100% wallon.