"Le chant des hommes", le nouveau film de Bénédicte Liénard

Sortie ce mercredi 3 février du film "Le Chant des hommes" coréalisé par Mary Jimenez et Bénédicte Liénard. Originaire de Frameries, Benédicte Liénard a réalisé en 2012 "D’arbres et de charbon", un documentaire sur le Borinage et sur son père, Albert Liénard, ancien ministre décédé en 2011.

Cette fois, elle revient avec un film qui nous parle des migrants. Non pas ceux dont l’actualité nous montre la fuite mais plutôt des hommes et des femmes qui vivent depuis longtemps parmi nous, invisibles souvent. Ces sans-papiers combattant pour régulariser leur situation et qui, en désespoir de cause, ont parfois fait le choix d’occuper des églises et de mener des grèves de la faim. "Le chant des hommes" ne nous raconte pas une de ces occupations en particulier, le film s'inspire de plusieurs histoires vraies.

Mary Jimenez et Bénédicte Liénard ont passé beaucoup de temps dans ces églises occupées. Pour décrire ce qu’elles y ont vu, elles ont fait le choix de la fiction plutôt que du documentaire. Mary Jimenez s’en explique : "On avait l’impression de pénétrer dans un monde secret qui n’était pas à la portée des gens. On a été très frappées par l’héroïsme de ces personnes. On ne pouvait pas en faire un documentaire car nous devions composer une histoire construite à partir d’expériences différentes. Pour que le spectateur puisse vivre les choses de l’intérieur, par les émotions, il fallait faire une fiction ".

Le chant des hommes au delà de la mort

Le film présente une situation, sans jugement. Des hommes, des femmes, chacun(e) avec son parcours, sa culture, sa course vers une autre vie. Ils choisissent la grève de la faim comme arme ultime, déterminés mais inconscients de l’épreuve qu’ils vont ainsi s’infliger. En nous livrant cette histoire, les deux réalisatrices ont-elles un message à faire passer ? Bénédicte Liénard s’en défend : "On n’est pas là pour faire passer des messages, on est là pour faire vivre des expériences. Ces migrants que nous avons rencontrés dans des églises Mary Jimenez et moi, ils ont ouvert notre cœur, ils nous ont rendues plus humaines. C’est cette expérience-là que nous voulons partager avec le spectateur ".

Un spectateur plongé dans cette église aux portes closes comme s’il s’enfermait avec les grévistes de la faim au fond d’une tranchée loin du monde. La société extérieure - cela pourrait être Bruxelles ou une autre ville - ne nous apparait qu’à travers quelques rares figures : une femme qui vient apporter des vêtements, la visite glaciale de représentants du ministère, et puis un prêtre, héroïque lui aussi mais effrayé par le spectre de la mort qui commence à rôder dans son église. De temps à autre, quelques personnages sortent à la lumière du jour et on est ébloui avec eux par cette ville lumineuse qui continue de fonctionner, comme si de rien n’était. Subtilement, c’est l’Europe forteresse qui se dessine autour de ces êtres humains désignés comme indésirables. "Je pense qu’un jour l’Europe aura honte des décisions qu’elle est en train de prendre – ajoute Bénédicte Liénard – et dans la honte, nous entendrons les chants, nous continuerons à voir les morts en Méditerranée, nous continuerons à voir ceux qui traversent les pieds gelés des frontières de barbelés. Les chants qui raconteront cela continueront à résonner au-delà de la mort…"

"Le chant des hommes", sortie en salles le 3 février, avec dans les rôles principaux Assaâd Bouab, Maryam Zaree, Sam Louwyck.

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