Le Bois de la Cambre, parc régional? Sept élus plaident les pieds dans l'herbe

Sept élus d'Uccle et d'Ixelles posent entre les poteaux calcinés d'un ancien pavillon, pour dénoncer l'état du parc du Bois de la Cambre
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Sept élus d'Uccle et d'Ixelles posent entre les poteaux calcinés d'un ancien pavillon, pour dénoncer l'état du parc du Bois de la Cambre - © RTBF

Les sorties médiatiques n’ont pas suffi, suite à la fermeture des lieux pendant trois jours (lire ici et ici). La Ville de Bruxelles ne voit aucune raison de confier la gestion de son immense parc et bois à la Région bruxelloise.

Sept élus d’Ixelles et d’Uccle, les communes limitrophes, ont dès lors décidé de taper sur le clou… persuadés qu’un parc de cette dimension et de cette importance serait mieux géré au niveau régional.

Ils se sont livrés à une balade critique, les yeux rivés au sol plutôt que vers les bourgeons. Avec des airs de promenade en famille alors qu'ils sont de bords politiques différents : MR, PS, cdH, DéFI et Ecolo.

"Une gestion de l’eau à revoir"

Yves Rouyet, chef de groupe Ecolo à Ixelles, est aussi géographe. Il est venu prendre quelques photos au parc la semaine dernière pour expliquer à ses élèves du cours de géo ce que sont un méandre et un delta. Parce que les eaux de pluie en de nombreux endroits ruissellent sur les chemins plutôt que dans les ornières et les avaloirs. Du coup, les chemins se ravinent et menacent les chevilles des joggeurs.

L'évacuation des eaux hors des rigoles a d'autres impacts, explique encore Yves Rouyet. Des flaques gorgent le sol. "Et ici, au Bois de la Cambre, il y a beaucoup de hêtres. Les hêtres sont des arbres avec des racines très horizontales. Et quand le sol est très meuble parce qu'il y a beaucoup d'eau, il suffit d'une rafale et des arbres tombent... parfois des arbres centenaires, alors c'est très dangereux et très dommage."

Des piétons qui courent

Le parc n'est pas un lieu paisible à traverser avec ses enfants pour les amener à l'école, estiment encore les élus en vadrouille.

Pour entrer dans le parc, il faut franchir la route qui le ceinture : un axe important de Bruxelles. Par endroits, les passages pour piétons sont devenus assez peu visibles, alors les piétons courent pour traverser. D'autant que certains automobilistes roulent vite. En témoignent des poteaux défoncés du bord de route. Les trottoirs sont creusés par endroits par les pneus des voitures ou à nouveau par l'eau de pluie.

"La ville est jalouse du moindre centimètre de territoire qui lui appartient, mais, alors, de grâce, qu'elle le gère !", répète Julie de Groote (cdH).

"Pour une plainte, c'est à côté"

Le parc appartient en effet à la Ville de Bruxelles tout en étant décentré, enclavé entre Uccle et Ixelles. Donc, quand la Ville y organise des événements sonores, comme les 24 heures vélo du Bois de la Cambre pour les mouvements de jeunesse, les voisins mécontents se plaignent... ailleurs. À Ixelles et à Uccle.

"Le souci, c'est qu'on n'a pas d'information, déplore l'échevin Ixellois socialiste Bea Diallo. On ne sait pas quand il y a des événements, on ne sait pas de quelle manière prévenir nos administrés et leur dire : il y aura du bruit jusqu'à telle heure... et donc les gens nous interpellent tout le temps et il est très difficile de leur répondre."

Un échange d'informations compliqué aussi en matière de mobilité, dit Bea Diallo : pour passer d'Uccle à Ixelles, il y a ce nœud routier important parfois fermé pour cause de vent et qui est géré par la Ville. "Toute la problématique de la mobilité dans le bois a un impact indirect sur notre commune." Et Bea Diallo plaide pour que la Région reprenne ce parc en main, pour simplifier ces relations intercommunales et aussi parce que l'administration régionale, Bruxelles-Environnement, "a une véritable expertise pour gérer le parc et le bon personnel".

Socialiste vs. socialiste

Bea Diallo lance sans langue de bois : la ville écume.

Parce que Bea Diallo, qui relève les failles de la Ville... est socialiste. Précisément comme le bourgmestre de la Ville de Bruxelles et son échevin des espaces verts, Ahmed El Ktibi.

Et l'irritation de son collègue El Ktibi est palpable. "Je suis stupéfait. Cela fait plus d'un siècle et demi que le parc est géré par la Ville et que beaucoup d'argent y est investi. Nous avons treize jardiniers en permanence, qui connaissent les habitués, et du personnel extraordinaire pour les périodes où on en a vraiment besoin. C'est vrai que nous subissons de temps à autres des dégâts liés aux intempéries. Le cheminement est à refaire, mais je pense que ce sera rénové pour l'été 2016. La Ville gère ce qui lui appartient en bon père de famille. Je ne pense pas que Bruxelles-Environnement pourrait gérer cela de la même façon."

Même quand un socialiste sort du bois, la réponse de la Ville de Bruxelles ressemble à une fin de non-recevoir.

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