Le BAM, le musée des Beaux-Arts de Mons nous raconte Verlaine

Paul Verlaine
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Paul Verlaine - © mons 2015

Verlaine, cellule 252, c'est une des grandes expositions de la dernière saison de Mons 2015. Elle évoque le passage de Paul Verlaine à Mons. En 1873 et 1874, dans une cellule de prison.

De ce passage, il ne restait rien dans la ville, si ce n’est le nom du petit parc face à la prison : le square Paul Verlaine… Désormais, grâce à l’exposition proposée par le BAM et Mons 2015, on va enfin tout savoir sur la raison de cet emprisonnement, mais aussi sur ce qui a précédé et ce qui a suivi cette période de la vie du poète.

Dès l’entrée, après un rapide aperçu biographique, on fait connaissance avec les trois principaux protagonistes de l’histoire : Paul Verlaine, son épouse Mathilde et bien sûr, Arthur Rimbaud. Leurs relations vont être racontées à travers des documents exceptionnels dont certains n’ont jamais été montrés au public. C’est le cas d’une photo de Verlaine inédite, il est âgé de 22 ans. Jeune, élégant, loin de l’image mieux connue de l’homme alcoolique, ravagé par l’absinthe.

Vient ensuite un tableau, célèbre, prêté par le Musée d’Orsay à Paris. Il s’agit du "Coin de table " d’Henri Fantin-Latour, où sont représentés des auteurs français à la mode à la fin du 19ème siècle. Sur le côté, en marge, Verlaine a le regard absent et son amant, le jeune Rimbaud tourne le dos à tout le monde. La relation entre les deux hommes va bientôt se dégrader… tout comme la relation entre Verlaine et son épouse Mathilde…

A Bruxelles, Verlaine tire sur Rimbaud

Au cœur de l’exposition, "L’affaire de Bruxelles ". Celle qui a mené Verlaine derrière les barreaux. Nous sommes en juillet 1873. Bernard Bousmanne, commissaire de " Verlaine, cellule 252 " raconte : " Verlaine se trouve à Bruxelles, il est un peu perdu, il est abandonné, il boit énormément et puis il ne sait pas lui-même ce qu’il veut. Il voudrait retourner avec Rimbaud, il voudrait renouer avec sa femme, parfois il veut se tuer. Rimbaud quitte Londres et rejoint Verlaine, ils commencent à se disputer, Verlaine sort et achète un revolver et quand il revient, encore plus ivre, la dispute éclate à nouveau. Rimbaud veut repartir à Paris et Verlaine tire deux balles". Rimbaud est blessé à la main mais ce n'est que dans un second temps que la police va se mêler de l'histoire. Quand en route vers la gare, Rimbaud se réfugie auprès d'un policier parce qu'il pensait que Verlaine voulait à nouveau lui tirer dessus. 

Si Bernard Bousmanne connait cette affaire dans les moindres détails, c’est parce qu’il dirige le Département des Manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, c’est là que sont conservées toutes les pièces du procès de cette affaire de Bruxelles : les témoignages, les dépositions, les rapports d’experts, les lettres trouvées sur Rimbaud et Verlaine au moment de l’arrestation… Et puis, trônant au milieu de tout cela, le revolver de Verlaine, "sans doute le plus célèbre de l’histoire de la littérature" selon Bernard Bousmanne.

Mais deux ans de prison, pour une blessure à la main, c’est beaucoup. D’autant que Rimbaud n’a pas porté plainte et qu’il ne charge pas du tout Verlaine pendant le procès, bien au contraire. Mais la justice est en marche et elle va juger l’homme plutôt que son geste. On lui reproche ses sympathies pour la commune, la violence envers son épouse, et surtout son homosexualité…

Paul Verlaine est d’abord enfermé à Bruxelles, dans une prison qui n’existe plus, la prison des Petits- Carmes. Il est ensuite transféré à la prison de Mons qui, pour l’époque, est considérée comme très moderne.

Le ciel est par-dessus le toit

Dans sa cellule montoise, Paul Verlaine va écrire quelques-uns de ces plus beaux textes. A commencer par " Crimen Amoris " dont l’exposition nous montre le texte original, écrit de la main de Verlaine. C’est à Mons aussi qu’il écrit la " La chanson de Gaspard Hauser " ou encore " Le ciel est par-dessus le toit ". C’est pendant cette période aussi que sera publié " Romances sans parole " grâce à l’aide de son ami, Edmond Lepelletier. " Pour lui, l'emprisonnement ne va pas être si désagréable que cela - explique Bernard Bousmanne - bien sûr il est désespéré, mais c'est un moment de création littéraire très fort et une période de sevrage"

Ces textes, ces vers parmi les plus beaux de la littérature française, l’exposition les met en valeur par une scénographie articulée autour de l’écrit, de la calligraphie. Car " montrer " un écrivain, est loin d’être évident. Mais le tour de force est réussi et en parcourant les salles on comprend peu à peu ce personnage traversé par les contradictions. A la fois auteur génial, drôle parfois, malheureux souvent. Mais aussi un homme violent, ravagé par l’alcool et par ses excès.

Verlaine, cellule 252. A Voir au BAM, rue Neuve à Mons, jusqu’au 24 janvier 2016.

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