"Laisse les filles tranquilles" le slogan anti-harcèlement de rue à Bruxelles

"Laisse les filles tranquilles" le slogan anti-harcèlement de rue à Bruxelles
"Laisse les filles tranquilles" le slogan anti-harcèlement de rue à Bruxelles - © Tous droits réservés

Le slogan fleurit dans la capitale depuis plusieurs mois. "Laisse les filles tranquilles", la réponse d'un collectif de trois étudiantes bruxelloises au harcèlement de rue. 

Nous les appellerons Léa, Julie et Sandra. Elles pourraient aussi s'appeler Anna, Myriam et Anissa. Le but de leur anonymat : faire de leur slogan un cri de toutes les femmes, toutes les victimes de harcèlement de rue, de violence ou de discrimination. Une simple phrase qui semble si banale, avec laquelle tout le monde devrait être d'accord. Le choix s'est imposé tout seul : face au harcèlement de rue et aux agressions dont elles ont été elles-mêmes victimes, elles ont voulu rétorquer "Laisse-moi tranquille !", "Laisse toutes les filles tranquilles".

La volonté de faire bouger les choses à Bruxelles

Le mouvement est né dans leur appartement du centre-ville. Les trois Bruxelloises, d'abord amies, avaient toutes ce même sentiment de ras le bol. "On en a marre de ne pas pouvoir rentrer chez nous le soir après le travail sans se faire harceler. Marre de ne pas pouvoir aller en soirée sans que des mecs viennent nous toucher ou nous aborder de manière insistante. Il fallait qu'on agisse."

Les trois amies déplorent un manque d'initiatives de ce type à Bruxelles. "En France, par exemple, on a vu une série de hashtag comme #balancetonporc ou #metoo. Ces mouvements ont bien marché là-bas, mais à Bruxelles il y a vraiment très peu d'initiatives qui marchent pour dénoncer le harcèlement de rue. On a d'ailleurs eu beaucoup de retours de la part de touristes qui étaient choquées de se faire harceler autant à Bruxelles et qui soutenaient nos actions."

Le collectif reçoit beaucoup de soutien sur les réseaux sociaux, surtout sur Instagram. Les trois femmes décident même d'élargir leur champ d'action à la communauté LGBTQI+, et à toutes les minorités discriminées à Bruxelles. On peut lire des variantes comme "Laisse les voilées tranquilles" ou encore "Laisse les gays tranquilles".

 

Laisse les filles tranquilles

Un projet universel et inclusif

Si elles agissent en justicières masquées, c'est avant tout pour permettre à chacun.e de s'approprier le mouvement. Pour faire partie du projet, il suffit de contacter le collectif sur Instagram. "On se réunit et on part toutes ensemble coller des affiches et taguer le sol avec des pochoirs, pendant la nuit. On veut se réapproprier la ville, commune par commune, nuits après nuits."

Le collectif vise aussi les soirées et les bars. Des organisateurs.trices de soirée ou des gérant.es d'établissement les contactent d'ailleurs pour distribuer des autocollants et coller des affiches. Une prévention qui semble fonctionner. "En tant qu'homme, quand on te distribue un autocollant "Laisse les filles tranquilles", et quand tu vois le slogan affiché partout pendant la soirée, même sur les tee-shirt des barmen, tu as tendance à y réfléchir à deux fois avant d'aller aborder une femme. C'est ce qu'on vise : une atmosphère sécurisante où on ne doit pas avoir peur de se faire agresser ou harceler."

Faire changer les mentalités

En Belgique, 98% des femmes ont déjà été harcelées dans la rue, selon l'enquête "Mon expérience du sexisme". 69% des femmes belges ont déjà été suivies par un ou des hommes dans la rue et se sont senties en danger, selon une étude de l'université de Cornell. Face à ce constat, "Laisse les filles tranquilles" résonne comme un soupir d'exaspération. "Au-delà de ce qui se passe dans la rue, on aimerait aussi changer l'éducation. Apprendre aux garçons qu'ils n'ont pas tous les droits, et ne plus éduquer les filles dans la peur. Malheureusement, tant qu'on aura besoin d'actions comme "Laisse les filles tranquilles", c'est que le problème ne sera pas réglé."

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