Laïcité, neutralité et port du foulard divisent les partis bruxellois

Didier Gosuin, adversaire des signes convictionnels dans la fonction publique
Didier Gosuin, adversaire des signes convictionnels dans la fonction publique - © RTBF

Il fallait s'y attendre, la récente décision d'Actiris, l'office régional bruxellois de l'emploi, de ne pas aller en appel de l'ordonnance du tribunal du travail annulant un point de son règlement relatif à la neutralité du personnel a relancé le vieux débat sur le port des signes convictionnels dans la fonction publique. Le sujet se révèle clivant autant que sensible. Il divise certains partis et en oppose d'autres.  D'un côté, le MR et DéFI (ex-FDF) affichent une position claire : ils prônent une laïcité exclusive, c'est-à-dire opposée aux accommodements raisonnables et donc au port des signes d'appartenance religieuse, philosophique ou politique dans les administrations locales et régionales. Plutôt que de neutralité, MR et DéFI parlent de laïcité, un peu sur le modèle français.

DéFI en porte-à-faux

De l'autre, PS, CDH et Ecolo sont divisés entre défenseurs de la laïcité exclusive et partisans d'une laïcité inclusive, autorisant les accommodements raisonnables dans un souci de bonne entente entre communautés. Quand il siégeait dans l'opposition en tant que MR, l'actuel Ministre DéFI Didier Gosuin a cosigné une proposition d'ordonnance visant à interdire les signes convictionnels "ostentatoires" dans les administrations. Il n'a pas renié cette position mais se trouve désormais dans la majorité, en position inconfortable. Il reste cohérent avec ses principes, en déplorant, dans "Le Soir" de ce week-end, la décision d'Actiris de ne pas faire appel. Mais au parlement, son parti se trouvera bientôt confronté avec une nouvelle proposition d'ordonnance du MR, sans doute identique à celle déposée sous la précédente législature. DéFI ne pourra pas la voter, sous peine de fissurer (et même plus) la solidarité gouvernementale: le PS ne veut pas entendre parler. Mais en ne la votant pas, le parti se déjugerait et renierait ses principes. Alors, comment en sortir?

La politique, c'est aussi l'art de louvoyer et de contourner les obstacles. Dans la même interview au "Soir", Didier Gosuin propose de faire inscrire le principe de la laïcité de l'état dans la Constitution. L'article n'est pas ouvert à révision, cela ne pourra donc pas se faire sous cette législature, en admettant qu'une majorité des deux-tiers des partis représentés au Parlement fédéral se révèle possible, ce qui paraît peu probable. Mais qu'importe : Didier Gosuin a renvoyé le problème au fédéral et son parti pourra plaider au Parlement bruxellois que rien ne sert d'adopter une ordonnance régionale que la justice risque de mettre à néant, alors qu'on pourrait régler la question de manière définitive au niveau fédéral.

MR pas dupe

La manœuvre paraît habile mais la ficelle est un peu grosse aux yeux du MR. Son chef de groupe au Parlement bruxellois, Vincent De Wolf, reproche à Didier Gosuin de beaucoup parler mais de ne pas agir au niveau de compétences qui est le sien. Pour le MR, c'est bien à l'échelon bruxellois qu'il faut légiférer.

"Il faudra toujours une disposition légale – à Bruxelles, une ordonnance – pour interdire le port de signes convictionnels au sein de nos administrations. Et pourtant, du PS au Défi, chez les partenaires du Gouvernement régional, personne n’en parle… mieux vaut renvoyer le débat ailleurs ! ", déclare Vincent De Wolf.

Le chef de file de l'opposition libérale reproche aussi à Didier Gosuin de ne pas être intervenu pour qu'Actiris fasse appel de la décision du Tribunal du travail, attendant que la décision soit définitive pour s'exprimer. En agissant ainsi, Didier Gosuin n'a pourtant rien fait d'autre que respecter l'autonomie de gestion d'Actiris.

Ecolo demande au Ministre de retirer ses propos

Dans le JT, Didier Gosuin évoquait le port du foulard islamique chez Actiris en ces termes : "Imaginez demain qu'un travailleur Actiris vienne avec la kippa et serve des personnes par exemple de Molenbeek. On parlerait de provocation".

Maladresse ou stigmatisation? s'interroge la cheffe de groupe Ecolo au Parlement bruxellois, Zoé Genot.

"Avec ses propos, le Ministre insinue, comme l'extrême-droite, que certaines de nos populations sont intolérantes, que la cohabitation pacifique entre personnes ayant des convictions différentes est impossible, et qu'il faut en tenir compte!"

Ecolo demande donc au Ministre Gosuin de revenir sur ses propos. Le thème de la laïcité et de la neutralité n'a pas fini d'animer les débats politiques entre Bruxellois.  

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