La visioconférence fait aussi une percée en prison

Depuis quelques mois, Giovanni contacte sa femme et ses enfants chaque dimanche soir par visioconférence. "Depuis le début de la crise sanitaire, c’est la seule manière de voir mes enfants, explique ce détenu de la prison de Namur. Au réfectoire, nous n’avons plus droit qu’à une seule visite par semaine et toujours la même personne. C’est ma femme qui vient me voir."

Quand les visites sont possibles… Parce qu’il y a quelques semaines, toute la prison de Namur s’est retrouvée un mois en quarantaine à cause d’un foyer de contagion qui a touché la moitié des détenus et des membres du personnel.

"Pour une fois, ironise Remi, un détenu de 53 ans (dont 30 derrière les barreaux), l’administration pénitentiaire a réagi rapidement. Bon, les connexions sont parfois un peu difficiles. Mais moi ça me permet de voir ma maman chaque semaine pendant 20 minutes. Et l’image c’est encore autre chose que juste la voix du téléphone."

Une expérience qui survivra à la crise sanitaire

L’expérience pilote a été lancée dans quelques prisons belges au début de l’épidémie. Elle devrait être pérennisée après la crise sanitaire. "C’est évidemment très précieux pour les détenus dont la famille habite loin de la prison, parfois à l’étranger, estime Marc Dizier le directeur de la prison de Namur. Et même si la famille n’est pas très éloignée, les visites sont parfois difficiles pour un tas d’autres raisons : la météo, un empêchement d’ordre médical, une grève, etc."

A ce stade, pour des raisons de sécurité, il n’est pas question d’offrir aux détenus un accès permanent à la visioconférence. Les prisons doivent aménager un local spécifique avec un ordinateur et une connexion sécurisée. Contrairement au téléphone fixe, qui devient un équipement standard en cellule, l’internet reste interdit en prison.

"D’une manière générale, estime Marc Dizier, les télécommunications ne peuvent pas remplacer les visites. Pour les détenus, le contact physique avec les proches est essentiel. Quand le visiteur arrive, on s’embrasse, on se serre dans les bras, les enfants montent sur les genoux…" Les détenus ont aussi droit depuis quelques années aux VHS, les visites hors surveillance, qui permettent les contacts intimes et la sexualité.

Un pâle ersatz du droit de visite

Giovanni, qui purge une peine de 10 ans de prison, souffre d’ailleurs beaucoup des restrictions actuelles aux droits de visite. "Quand ma femme vient me voir, c’est derrière un plexiglas, à deux mètres de distance, sans les enfants… C’est inhumain."

Pour Rémi, les visites c’est "un îlot d’humanité" dans l’univers carcéral. "Une arrestation est très déshumanisante. La première chose qu’un détenu veut savoir quand il arrive en prison c’est quand il va pouvoir rencontrer quelqu’un de l’extérieur. Le droit de visite permet de retrouver un peu d’humanité perdue."

La visioconférence, appelée à se généraliser dans les prisons du pays, ne constituera jamais qu’un pâle ersatz de ces visites en chair et en os.

 

 

 

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