La Tour cybernétique de Nicolas Schöffer enfin restaurée à Liège?

La Tour cybernétique de N. Schöffer, à proximité du Palais des Congrès de Liège.
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La Tour cybernétique de N. Schöffer, à proximité du Palais des Congrès de Liège. - © DR/RTBF

Les Liégeois connaissent peu ou mal la "Tour cybernétique" de Nicolas Schöffer. Avec ses 52 mètres de haut, juste à coté du Palais des Congrès, cette oeuvre d'art monumental, inaugurée en 1961, manque pourtant d'un peu de visibilité. Cela pourrait changer d'ici quelques mois. La "Tour Schöffer" sera bientôt réhabilitée, et les travaux pourraient débuter cet automne.

Cette "Tour cybernétique" est une oeuvre d'art très sophistiquée, commandée par la Ville de Liège à l'artiste français d'origine hongroise Nicolas Schöffer. La tour, réalisée en acier tubulaire, faite de panneaux mobiles, de miroirs et d'axes pivotants, était à bien des égards en avance sur son temps: elle alliait l'électronique, la lumière et le son, et des capteurs sensoriels lui permettait d'être "interactive", grâce à un "cerveau électronique" installé dans les caves du Palais des Congrès. Elle a ainsi servi de laboratoire expérimental aux ingénieurs de Philips Belgique à l'époque. Mais les Liégeois n'ont que peu apprécié les lumières et les sons qu'elle émettait. "Comme la plupart des oeuvres d'avant-garde, elle n'a pas été comprise dans les années soixante", explique Manon D'haenens. Cette jeune doctorante en Arts et sciences de l'art à St-Luc/ULg, consacre sa thèse à la restauration de la Tour. Elle participait cette semaine à un colloque organisé par St-Luc, avec une quarantaine de chercheurs et de conservateurs d'art contemporain, de Liège, mais aussi de Tours, Paris, Bordeaux, ou Amsterdam: tous sont admiratifs du caractère esthétique et précurseur de la tour liégeoise.

Désaffectée depuis 1970

"A l'origine, l'oeuvre associait également de la musique, composée par Henri Pousseur: "Trois visages de Liège". Mais cette composition n'a pas non plus trouvé grâce aux yeux du grand public", précise Manon D'haenens. Délaissée, puis désaffectée en 1970, la tour de Nicolas Schöffer devient peu à peu invisible, de grands marronniers la dissimulant en partie. Dans les années quatre-vingt, un échevin liégeois parle même de la vendre au prix de la ferraille. Il faut attendre le milieu des années nonante pour que, à la suite de l'action de nombreux défenseurs de l'oeuvre de Schöffer, en Belgique et à l'étranger, et avec le soutien de l'Institut du Patrimoine Wallon, le vent ne commence à tourner. La Région wallonne la classe en 1997 au titre de monument, et en 2009, l'inscrit sur la liste de son patrimoine exceptionnel. Avantage énorme: il garantit une subvention à 90% par la Wallonie pour la restauration. "Le processus a été long, mais il comporte de nombreux obstacles administratifs et juridiques, en plus d'une étude de faisabilité", commente Michel Firket, échevin du Patrimoine et de l'Art urbain. C'est le Bureau d'architecture Greisch qui a réalisé l'étude de faisabilité, financée par la Ville. Le permis d'urbanisme est délivré, et le marché a été attribué à l'association momentanée Duchêne-Galère. Montant des travaux, un peu moins de 3 millions d'euros.

Technologies contemporaines

"Les nouvelles technologies, les capteurs électroniques, l'informatique et les ressources en énergie durable, sont intégrées à ce projet, dans le respect de l'oeuvre de Nicolas Schöffer", assure Pierre-François Geenen, du Bureau Greisch. "Nous souhaitons également prévoir, après restauration, un budget pour l'entretien technique et technologique de la Tour, afin qu'elle ne soit pas à nouveau dépassée par les technologies futures", précise Julie Mottet, architecte à l'échevinat du Patrimoine. "Mais il ne faut pas non plus faire disparaître le matériel ancien de fonctionnement, qui est un précieux témoignage sur la technologie artistique des années soixante", commente Muriel Verbeek, enseignante en Restauration d'oeuvres d'art à St-Luc/ULg. Deux associations, celle des Amis de Nicolas Schöffer, et celle des Amis de la Tour cybernétique de Liège, suivent le processus de restauration. La veuve de l'artiste, Eleonore de Lavandeyra-Schöffer, est également associée à cette réhabilitation. Si le ministre actuel du Patrimoine, Carlo di Antonio, signe l'arrêté de subvention avant les élections du 25 mai, les premiers travaux de démontage de la Tour pourraient débuter cet automne. La fin d'un long chemin de croix, pour une oeuvre reconnue aujourd'hui internationalement, et qui devrait constituer un attrait culturel et touristique de taille, à proximité du futur Centre d'Art de la Boverie, et de la nouvelle passerelle jetée sur la Meuse.

Alain Delaunois