La société wavrienne Oncomfort fait entrer la réalité virtuelle dans les hôpitaux

Le casque de réalité virtuelle remplace l'injection de produits relaxants avant l'intervention
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Le casque de réalité virtuelle remplace l'injection de produits relaxants avant l'intervention - © S. Vandreck

Patrick est un peu stressé avant son arthroscopie du genou. "C’est une intervention qu’on réalise très couramment et sous rachianesthésie, c’est-à-dire en n’endormant que le bas du corps", explique le docteur Jonathan Gouwy, anesthésiste au Chirec, à Braine-l’Alleud. Une dose de calmant est aussi parfois administrée aux patients les plus angoissés, comme Patrick. L’anesthésiste lui propose une autre méthode : un casque de réalité virtuelle
Ce dispositif médical est conçu par la jeune société Oncomfort, installée à Wavre. L’idée est celle de Diane Jooris, la cofondatrice de l’entreprise. Psychologue clinicienne, elle s’est formée à l’hypnose clinique et a travaillé notamment dans des hôpitaux aux Etats-Unis, en support des anesthésistes. C’est là qu’elle s’est rendu compte des limites de l’hypnose clinique. "J’étais la seule formée à cette spécialité, raconte-t-elle. Cela demandait une présence permanente auprès des patients, dont beaucoup ne parlaient pas notre langue. Quand j’ai entendu parler de la réalité virtuelle, je me suis dit que c’était l’outil idéal". L’objectif de l’utilisation de l’hypnose en milieu médical est d’avoir moins recours aux solutions médicamenteuses, pour calmer les patients ou les sédater lors de petites interventions. "L’hypnose est un outil fantastique mais qui requiert une formation de minimum douze jours pour le médecin et demande une pratique régulière", poursuit-elle. Elle a donc voulu simplifier la pratique. En une demi-heure, médecins et infirmiers sont en mesure de comprendre son fonctionnement et de l’utiliser.

Le patient va vivre une expérience immersive en 3 dimensions

L’outil que Diane Jooris s’est attelée à concrétiser lors de son retour en Belgique est un kit, le Sedakit, qui se compose de lunettes de réalité virtuelle, d’un casque audio et d’un smartphone depuis lequel tout le dispositif est piloté. "Le médecin a accès à une application dédiée dans laquelle il va venir choisir la langue de son patient, son âge et l’indication pour laquelle il souhaite utiliser la sédation digitale. En fonction de ces paramètres, notre application va lui suggérer la session la plus adaptée", détaille Julien Tesse, product manager. Le téléphone sera inséré dans les lunettes, qui seront installées sur la tête du patient, qui n’aura plus qu’à suivre ce qui est suggéré dans les lunettes et dans le casque audio. "Le patient va vivre une expérience très immersive en trois dimensions, décrit Diane Jooris. Il va voir une sorte de film, il aura dans les oreilles une musique de fond et une voix, qui va l’accompagner et le guider pour lui apprendre des techniques d’autogestion de la douleur et de l’anxiété. Les enfants ont un besoin d’interaction, donc nous travaillons sous la forme d’un jeu, dans lequel nous avons mis des éléments thérapeutiques". Le scénario est rédigé à Wavre, validé par des médecins spécialisés et la conception de l’univers sonore et visuel est ensuite confiée à des sociétés wallonnes, spécialisées dans la réalité virtuelle.

 

30 hôpitaux belges déjà équipés

De retour du bloc opératoire, Patrick se dit en tout cas détendu : "J’ai été étonné que ce soit si vite terminé. Moi qui suis un grand stressé, ça m’a fait du bien. Et sans médicaments", réagit-il. Diminuer la dose de calmants, notamment les benzodiazépines, qui peuvent générer des addictions et des effets secondaires, c’est ce qui séduit avant tout les médecins qui ont recours à ce casque. Le docteur Gouwy en est convaincu, même s’il reconnaît que le processus demande plus de temps qu’une simple injection de produits relaxants : "C’est un geste qui prendra une minute et amènera la relaxation dans les secondes qui suivent. Tandis qu’avec le casque de réalité virtuelle, il faut le temps de préparer l’appareil, de le poser sur le patient, d’attendre que la voix explique au patient ce qui va se passer. Il faut facilement attendre plusieurs minutes avant que le patient ne commence à être dans un état de relaxation", nuance-t-il. Il fait aussi face à des patients réticents à l’usage de cette nouvelle technologie. Mais la sédation virtuelle fait petit à petit son chemin dans les hôpitaux : en Belgique, une trentaine d’établissements se sont équipés d’un ou plusieurs Sedakit. En tout, 170 exemplaires de ce dispositif ont déjà été vendus à des hôpitaux dans cinq pays d’Europe. Il est utilisé autant pour calmer des enfants qui ont peur des piqûres ou du dentiste, que pour soulager une maman lors des contractions qui précèdent l’accouchement, ou encore pour préparer les patients à une intervention chirurgicale plus ou moins lourde.

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