La santé bucco-dentaire des Borains inquiète: "Certains n'ont jamais vu de dentiste de leur vie!"

En 2015, presqu'un tiers des jeunes Hennuyers (entre 18 et 24 ans) n'avait pas consulté de dentiste durant l'année écoulée.
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En 2015, presqu'un tiers des jeunes Hennuyers (entre 18 et 24 ans) n'avait pas consulté de dentiste durant l'année écoulée. - © DR

Faut-il s'inquiéter de l'état de santé bucco-dentaire de la population du Borinage? La réponse est "oui", selon le dentiste Olivier Delépine, coordinateur du service de dentisterie du CHR de Warquignies. "95% de mes patients sont problématiques."

Après des années passées à Bruxelles (Saint-Luc, cabinets privés…), il a repris en main le service. Entre dents déchaussées, caries multiples, infections, il n’avait jamais connu un tel taux d'urgences dentaires graves. "On se retrouve avec des gamins de 4-5 ans avec des bouches dans des états incroyables et qu’on est obligé d’hospitaliser. On place aussi des prothèses à des personnes de 30 ans. Certains n’ont jamais vu de dentiste de leur vie", s’inquiète Olivier Delépine.

Des conséquences sur l’état de santé général

"Il y a un lien entre les bactéries présentes en bouches et des malades plus générales. Comme la cardiopathie, l'aggravation du diabète, AVC…", énumère le spécialiste.

Mais comment expliquer ce constat ? "Il y a une part d’éducation. Mais le dentiste a aussi un rôle à jouer. Il faut faire de la prévention dès la première séance. On doit leur apprendre à bien se brosser les dents", explique Olivier Delépine.

Le régime alimentaire est aussi remis en cause

"Il y a un gros problème d’alimentation. Une consommation de sodas incroyable, des cafés sucrés. Il faut savoir que la salive est capable de neutraliser l’acidité six fois. Il y a déjà les trois repas par jour. Mais si on rajoute plusieurs boissons sucrées, la dent ne se reminéralise plus. Et cela entraine des caries." 

Et le dentiste n’hésite pas à faire comprendre, par lui-même, au patient l’état de sa dentition. "On leur met un colorant sur les dents qui met en évidence les bactéries. On leur donne un miroir et on montre au patient les endroits qui sont mal brossés."

Et après avoir pris conscience de son état bucco-dentaire, le patient est incité à utiliser une brosse à dents électrique. "Elles tournent vite, sont facile à manipuler et ont souvent une minuterie intégrée. Ce qui permet à l’utilisateur de bien brosser ses dents durant 2 minutes", explique Olivier Delépine.

Mais cette prévention n’est possible qu’en cas de consultation

"C’est un vrai problème dans la région. Je n’ai jamais entendu autant de patients avoir peur du dentiste. Comme ils viennent en urgence, l’anesthésie est plus difficile à induire. Donc, ces urgences ne se passent pas toujours très bien". Il faut donc casser ce cercle vicieux. "Ma première consultation me permet toujours de rassurer le patient."

Mais ce dentiste ne se décourage pas

"Je me sens plus utile ici qu’à Bruxelles. Les patients sont très gratifiants. Ils remercient beaucoup. C’est une qualité de la région. C’est donc plus facile de faire passer des messages. Ils se sentent pris en charge. Et ce n’est pas par ce qu’ils sont VIPO (ndlr: ancienne appellation des BIM, bénéficiaires d’intervention majorée, qui obtiennent des remboursements plus importants pour les soins médicaux) que cela induit une différence."

Une sonnette d’alarme qui confirme les chiffres fournis par la société de Médecine Dentaire et de l’agence InterMutualiste. En 2015, presqu'un tiers des jeunes Hennuyers (entre 18 et 24 ans) n'avait pas consulté de dentiste durant l'année écoulée. Sur l’ensemble de la Wallonie, ils sont à peine un quart.

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