La Région bruxelloise se trouve-t-elle dans une impasse?

Le gouvernement bruxellois est-il dans l'impasse?
Le gouvernement bruxellois est-il dans l'impasse? - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Deux partis flamands qui refusent de collaborer avec le FDF, une négociatrice francophone qui invoque "le signal clair de l'électeur" pour justifier le choix d'une coalition, la formation du gouvernement bruxellois nécessite quelques éclaircissements. Décryptage.

Le PS a donc choisi le FDF et le cdH pour constituer l'aile francophone du gouvernement bruxellois. Sa cheffe de file, Laurette Onkelinx, invoque le "signal clair de l'électeur" pour valider son choix. Le signal clair de l'électeur tient du mythe. La seule indication disponible au lendemain d'une élection, c'est le score des différents partis en compétition. Tel parti a gagné, tel autre a perdu, untel s'est maintenu ou a émergé. La motivation du vote des électeurs demeure mystérieuse, impénétrable. Gouverner ne relève pas de l'arithmétique mais d'une alchimie complexe entre programmes et affinités personnelles matinées de considérations stratégiques ou tactiques, où les autres niveaux de pouvoir entrent en ligne de compte.

Une coalition des perdants?

Pourtant, Laurette Onkelinx a axé sa communication sur l'arithmétique: "Le PS a gagné un siège et est le premier parti à Bruxelles". Le PS est incontestablement le premier parti en région bruxelloise. Quand il ne l'était pas, il prétendait l'être quand même, arguant, non sans raison, que le MR formait un cartel avec le FDF et le MCC. L'argument n'apparaît donc pas décisif, mais il compte. Quant à gagner un siège, Laurette Onkelinx compare des pommes et des poires. Le PS a gagné un siège à la Chambre dans l'arrondissement de Bruxelles. A l'élection pour le Parlement bruxellois, les socialistes enregistrent un statu quo à 21 sièges. Ce qui n'est pas en soi un mauvais résultat pour un parti au pouvoir sans discontinuer depuis 25 ans. De là à y voir "un signal clair de l'électeur"...

"Le FDF a connu un succès tout à fait considérable", estime la négociatrice socialiste. En réalité, le parti d'Olivier Maingain est passé de 11 à 12 sièges après cinq ans d'opposition. C'est tout sauf un triomphe. Enfin, "le CDH s'est stabilisé à Bruxelles". Non, le CDH est en recul. Il passe de 11 à 9 députés. S'agit-il pour autant, comme le proclame le MR, d'une "coalition des perdants" ? Non plus, et elle possède de toute façon une majorité dans le collège francophone qui lui octroie la légitimité suffisante pour gouverner.

Un gouvernement "progressiste"?

Autre argument avancé par Laurette Onkelinx à l'appui de son choix de coalition, la volonté de constituer le gouvernement "le plus progressiste possible". Si tel est le souhait du PS, le choix du FDF ou du cdH au détriment d'Ecolo ne peut que surprendre. Bien sûr, l'arithmétique est défavorable à Ecolo. Les Verts bruxellois ont perdu la moitié de leur représentation parlementaire. Le "signal" de l'électeur les condamnerait à une cure d'opposition. Sauf si l'on privilégie l'axe programmatique aux résultats chiffrés. Le FDF se réclame du "libéralisme social", le cdH du centrisme. On n'aperçoit pas en quoi ces deux partis seraient plus progressistes qu'Ecolo. Encore faudrait-il s'entendre sur le concept de "progressisme". Quant à l'arithmétique pure, la différence entre les 9 sièges du cdH et les 8 députés d'Ecolo ne constitue pas un obstacle à l'option la plus à gauche.

Pour autant, le MR est-il fondé à crier au déni de démocratie et à la "gifle" assénée à ses électeurs? Bien sûr, les libéraux ont progressé. Ils sont passés de 13 à 18 sièges. Mais leur programme s'avère plus éloigné de celui du PS que celui du FDF et du cdH. Et s'ils ne faut pas surdimensionner les questions de personnes en politique, il ne faut pas non plus les négliger : tant Didier Reynders que Vincent De Wolf se sont isolés de leurs partenaires potentiels au cours de la campagne. C'est un paramètre parmi d'autres.

Véto flamand

C'est ici qu'intervient la décision de deux partis flamands, l'Open VLD et le CD&V, de ne pas accepter de former un gouvernement bruxellois dans lequel figure le FDF. Une première lourde de conséquences potentielles. Jamais, depuis que la région existe, il y a 25 ans, des partis d'une communauté linguistique n'ont interféré dans le choix de coalition de l'autre communauté. Il s'agit donc d'une remise en cause du modèle bruxellois de cohabitation. Ce grave coup de canif dans le contrat s'avère d'autant plus étonnant que rien, dans le programme du FDF, ne menace vraiment l'équilibre institutionnel bruxellois. Il y a bien quelques brûlots imbuvables pour les néerlandophones dans la vulgate du FDF. Mais ils nécessitent une majorité spéciale au Parlement fédéral pour se concrétiser. Le risque est donc nul. Pour le reste, tant le VLD que le CD&V ont déjà gouverné avec le FDF à Bruxelles. Didier Gosuin a été ministre régional pendant 15 ans. Il a même cohabité avec un secrétaire d’État Volksunie sans souci majeur. Le véto flamand aurait-il été inspiré par le MR, furibard d'avoir été écarté? Ce serait machiavélique mais pas forcément impossible. De toute manière, le refus flamand n'est pas tenable à long terme. Quant à savoir comment les négociateurs parviendront à sortir de l'impasse, c'est une autre paire de manches.

P. Carlot

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