La pollution de la Senne provoque des nuées de moustiques

Dimanche, le soleil a brillé. Et comme toute les semaines, de nombreux bruxellois sont allés faire la file à la déchetterie du Pont Van Praet, rue du Ruppel. Mais en fin d'après-midi, ils ont pu observer un phénomène saisissant. Un témoin raconte : "vers 18h30-19h, les voitures devant moi étaient couvertes d'une nuée de moustiques, la mienne aussi". Les insectes ne viennent pas de la déchetterie, mais bien de la Senne. La rivière qui traverse Bruxelles sous-terre rejaillit à quelques mètres de la rue du Ruppel. "On est allés voir à la Senne-même, et là il y en avait encore beaucoup plus".

La chaleur a provoqué l'éclosion des larves

Les moustiques proviennent bien de la rivière. Il s'agit de "chironomes", une espèce qui ne pique pas et dont la femelle pond les larves dans les eaux stagnantes. "Tout dépend, si il y a de grandes quantités d'eau stagnante, les femelles vont y déposer leurs œufs", explique Patrick Grootaert, spécialiste des Diptères (mouches, taons, moustiques…) qui dirige le Département d’entomologie de l’institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Ces dix derniers jours, la température de la Senne dépassait 10 degrés. L'augmentation de la température a favorisé l'éclosion des larves, plus tôt que prévu, cette année.

Pas assez d'oxygène dans l'eau

Mais la température n'explique pas l'impressionnante quantité d'insectes. Pour le comprendre, il faut analyser l'eau dans laquelle les larves ont évolué. "Les eaux sont d'une qualité relativement médiocre, voire vraiment mauvaise", explique Natacha Brion, chimiste à la VUB et coordinatrice d'un projet de recherche sur la Senne. "C'est une pollution principalement due à des matières organiques, qui sont liées aux rejets de la ville". Cette partie de la Senne coule en amont de la station d'épuration du nord de Bruxelles (STEP-Nord). La pollution y appauvrit l'eau en oxygène. "Les larves des ces moustiques supportent de très basses concentrations en oxygène, mais leurs prédateurs pas. Donc les larves se développent sans contrôle de prédation". Les poissons et les batraciens absents, les larves de chironomes pullulent...

Un autre facteur explique la présence de ces nuées de moustiques : le fait que la Senne coule sous terre. "Les larves qui éclosent dans la partie voûtée de la Senne, qui fait à peu près 6 km de long, se concentrent en de grosses nuées qui ne peuvent pas s'échapper", explique Natacha Brion. "Elles restent piégées et donc elles sortent par le seul endroit par lequel elles peuvent s'échapper, c'est-à-dire, à l'endroit où la Senne sort à l'air libre. D'ailleurs, on peut aller voir la Senne qui coule en sous-terrain, au niveau du Musée des Egouts, porte d'Anderlecht. J'imagine que si on va y voir la Senne maintenant, on verra de très grandes nuées de moustiques".

Hélène Maquet

 

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