Confiscation du matériel d'un photographe: intimidation policière?

Le photographe travaillait pour l’agence Belga et couvrait une manifestation de réfugiés afghans (illustration).
Le photographe travaillait pour l’agence Belga et couvrait une manifestation de réfugiés afghans (illustration). - © Flickr – Jonathan mastrella

C'est le genre d'incidents fréquents dans les pays où le régime cherche à contrôler l'information. Mais en Belgique, c'est assez rare... Pourtant, un photographe bruxellois qui travaille pour l'agence de presse Belga a été arrêté à deux reprises la semaine dernière par la police à la gare du Nord. Il couvrait une manifestation de réfugiés afghans. Une équipe de Télé Bruxelles a également été brusquée par des policiers.

Thibaut Kruyts faisait des photos pour l'agence Belga vendredi dernier quand, inquiet face à la réaction de la police vis-à-vis de TéléBruxelles, il a pris la fuite. La police a estimé que cette fuite était suspecte et l'a arrêté, avant de finalement transformer cette arrestation administrative en témoignage. "On m’a confisqué mon matériel photo. La motivation de la police est en effet d’utiliser mes photos comme preuve pour l’enquête." Avec son consentement? "On m’y a forcé en me menaçant de saisir mon matériel, d’entrave à la justice…"

Pour la police, tout cela était parfaitement justifié. "C’est bien possible que ces policiers ont eu besoin de ces photos dans le cadre d’une enquête judiciaire, explique commissaire De Coninck (de la zone de police Bruxelles capitale-Ixelles). Et il est clair que l’on peut demander ces informations et, le cas échéant, les saisir."

Faux, selon l'association des journalistes. "Ce qui figure sur la carte mémoire de son appareil photo, ce sont des documents qui lui appartiennent, qui relèvent de ses sources et de la protection de celles-ci (tel qu’énoncé par la loi de 2005), répond Jean François Dumont (de l'AJP). On est clairement ici dans une démarche d’intimidation vis-à-vis de la presse, ce qui est tout à fait choquant !"

Pour l'AJP, chaque journaliste qui estime être victime d'intimidation devrait porte plainte, pour que la justice tranche... que la jurisprudence s'étoffe, pour éviter à l'avenir des interprétations trop divergentes de la loi.

Odile Leherte

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