La maison familiale de la députée bruxelloise Françoise Bertieaux au coeur d'une polémique

La maison Art Déco au centre de la polémique
La maison Art Déco au centre de la polémique - © Google Maps

Une maison Art Déco suscite la controverse à Bruxelles. D'abord parce qu'elle est menacée: elle a une valeur patrimoniale, elle est en vente et le candidat acheteur veut la raser. Mais aussi parce que les vendeurs qui envisagent ce choix de vente sont connus.

C'est la maison familiale de Françoise Bertieaux, cheffe de groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et députée bruxelloise. Le sort de cette maison titille ses adversaires politiques comme les défenseurs du patrimoine.

Côté patrimoine: une maison non-classée

La maison de 1898 a l'air perdue dans une enfilade d'immeubles bien plus hauts, avenue de Tervueren à Etterbeek. Serait-ce un tort de combler ce qui peut apparaître comme une anomalie et de "niveler" les hauteurs?

Pour l'Arau, ce serait une erreur et même un scandale. L'Arau, l'Atelier de recherche et d'Action Urbaines connu pour sa défense du patrimoine bruxellois, a été interpellé par des voisins alertés par les affiches rouges devant la maison, qui annoncent une commission de concertation. 

"C'est un projet très regrettable parce que cette maison est un hôtel de maître de l'architecte Jules Barbier, qui est un architecte important dont d'autres réalisations sont classées dans ce quartier" estime la directrice de l'Arau Isabelle Pauthier. "Ce bien-là est inscrit dans l'inventaire du patrimoine bruxellois, ce qui signifie que les autorités ont estimé qu'il a une valeur architecturale et historique".

Une maison "à l'inventaire" peut être démolie

La maison figure dans l'inventaire du patrimoine bruxellois, mais elle n'est pas classée: cela signifie qu'on peut légalement la démolir. La situation ne présente aucun problème légal.

"Légalement, c'est vrai qu'on peut demander la démolition d'un bien inscrit à l'inventaire, mais c'est pas pour cela qu'on doit l'obtenir" commente encore Isabelle Pauthier. "Ici, on a un hôtel de maître qui est un témoignage de cette avenue prestigieuse et encore cohérente, et le projet proposé avec une façade gondolée en verre n'a aucun sens à cet endroit. Je pense que la plus-value recherchée par le promoteur n'est pas patrimoniale mais se situe au niveau de la rentabilité, puisqu'on parle de 13 appartements et de 14 places de parking".

L'acheteur potentiel, une société immobilière bruxelloise, a introduit une demande de certificat d'urbanisme à la commune d'Etterbeek. Pourquoi introduire un projet alors que la vente n'a pas encore eu lieu? Pour "tâter le terrain" avant l'achat. Savoir si son projet de démolition et reconstruction aurait des chances d'aboutir et son investissement d'être rentable et en fonction de fixer le prix d'achat, par exemple. Un certificat d'urbanisme n'a pas la valeur d'un permis mais donne déjà le ton de la réaction des autorités face au projet.

Côté politique: une vente privée devenue très publique

"La Dernière Heure" et "La Libre Belgique", informés par les voisins, ont mentionné lundi l'identité des vendeurs de la maison et d'emblée une seconde polémique est née, politique cette fois.

Il s'agit de la maison familiale de Françoise Bertieaux et de son mari. Françoise Bertieaux est cheffe de groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et députée bruxelloise, mais aussi Présidente du CPAS à Etterbeek: la commune où le certificat d'urbanisme a été demandé et dont le bourgmestre (Vincent de Wolf) est MR également. Les voisins qui se sont manifestés craignent que les affinités politiques ne facilitent l'octroi du certificat.

Il n'en fallait pas plus pour que le débat s'invite dans les couloirs du parlement bruxellois mais aussi vraisemblablement bientôt en commission. Le député bruxellois Cdh André du Bus, Etterbeekois lui aussi, annonce une question parlementaire sur le sort de l'hôtel de maître. C'est l'avenir de la bâtisse qui suscite ces remous, mais aussi le fait qu'une députée envisage le choix de vendre un élément de patrimoine bruxellois à quelqu'un qui veut le démolir.

"Un choix privé, une attaque politique peu élégante"

Françoise Bertieaux n'a pas apprécié du tout l'intervention de ses voisins. "Les voisins n'ont pas l'air de comprendre qu'il s'agit d'une question privée puisqu'il en ont fait une affaire politique sur la place publique, ce qui n'est pas très élégant".

Elle explique le contexte de la vente. "Je suis aussi maman. Le nid est vide, les enfants sont partis. La maison est beaucoup trop grande pour mon mari et moi, et donc nous avons décidé que nous voulions vivre ailleurs, dans quelque chose de plus petit et de moins énergivore".

Rien d'illégitime, ni d'illégal. Mais n'y avait-il pas, en plein quartier européen prisé, de candidat acheteur qui aurait aimé garder la maison debout ? A-t-elle eu des offres dans ce sens ? "Ecoutez, je pense que nous touchons ici de très très près à notre vie privée, l'attaque a profondément blessé ma famille et je n'ai donc pas envie d'étaler ma vie privée. Ce que je voudrais simplement rappeler, c'est que toutes les personnes qui souhaitent s'exprimer pourront le faire à la commission de concertation et qu'il y a là une possibilité pour chacun d'arriver à bloquer des permis et que là nous n'aurions pas d'autre choix que de nous incliner ou d'aller en recours. Alors que les gens s'expriment selon ces procédures légales et qu'ils respectent le choix d'une famille de vouloir vivre dans un endroit plus petit!"

La commission de concertation aura lieu ce 19 janvier.

Le passif de l'avenue de Tervueren

Cette maison ressuscite des souvenirs à Bruxelles. En 1992, un peu plus loin sur la même avenue, même scénario: un promoteur voulait raser un hôtel de maître Art Nouveau et construire à la place un immeuble plus haut.

Mobilisation de voisins et de députés bruxellois, demande de classement: obtenue. Mais le promoteur fera détruire le bâtiment tout de même, un soir de week-end d'Ascension. Tollé et obligation de garder les pierres de la façade dans un dépôt communal pour un réassemblage à l'identique. La façade sera reconstruite quinze ans plus tard au sein d'un autre bâtiment de l'avenue. Le 120, avenue de Tervuren est resté emblématique de ce que Bruxelles peut faire subir à son patrimoine. La saga avait fait couler beaucoup d'encre.

Françoise Bertieaux était alors échevine à Etterbeek. S'est-elle souvenue de ces événements et de cette mobilisation en mettant la maison en vente ? Aujourd'hui, en tout cas, émerge une polémique qui la bouscule autant dans sa vie privée que publique.

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