La Louvière, laboratoire pour la politique wallonne du logement

Un logement inoccupé à La Louvière
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Un logement inoccupé à La Louvière - © Tous droits réservés

330 000 Wallons de plus en 2030. Les prévisions démographiques pour le sud du pays font état d'une augmentation considérable dans les années à venir, et ont placé la politique du logement au rang des priorités du gouvernement wallon. En pleine mutation urbaine, La Louvière cristallise le défi que pose l'habitat à la Wallonie. De l'idée de "ville nouvelle" de Benoît Lutgen (il a proposé de créer "La Louvière-la-Neuve") à la volonté de concentrer l'habitat, en passant par l'ouverture d'une chasse aux bâtiments inoccupés (il y en aurait environ 40 000 en Région wallonne), la ville est un véritable laboratoire pour la politique du logement.

Cinquième ville wallonne, La Louvière tient à la fois du "grand village" ou de la "petite ville", selon les descriptions qu'en font ses habitants. Elle n'est encerclée d'aucun ring, mais est desservie par une courte autoroute, l'A501, qui se plonge en son coeur et mène presque tout droit sur cette statue de la Louve dont la ville a fait son emblème, au beau milieu d'un petit rond-point.

Le monument est une fière copie de la Louve capitoline, mais dont Romulus et Remus ont fui les mamelles.

Portant officiellement le statut de ville, La Louvière en a en tout cas de plus en plus l'allure. Du rond-point de la Louve, les rues de la Loi et Kéramis mènent à la place communale et à la place Maugrétout, qui sont entièrement rénovées et reliées entre elles par le Boulevard Mairaux.

Cela ne trompe pas, le paysage urbain de La Louvière est en pleine mutation, et il semble déjà loin, le temps des usines désaffectées. "La ville se veut désormais dynamique", entonne un client accoudé au bar d'un café dans la rue Albert 1er, le piétonnier où sont agglutinés bon nombre de commerces. Il met néanmoins le doigt sur un constat partagé par de nombreux habitants: "La journée, il y a encore un peu de monde ici, dit-il, mais le soir les rues sont complètement vides".

Partant de ce constat, et avec cette volonté de faire de La Louvière une ville attractive et de répondre à une demande en logements élevée, la commune a décidé de prendre le problème à bras-le-corps. Souvent citée comme exemple pour la véritable chasse aux logements inoccupés qu'elle mène depuis une dizaine d'années, elle a récemment revu le règlement-taxe qui doit encourager les propriétaires à remettre leurs bâtiments vides sur le marché locatif ou de la vente.

Le montant de la taxe est désormais plus élevé: une fois son bien repéré par l'agent recenseur qui arpente les rues tout au long de l'année, le propriétaire est contacté et prié de justifier l'apparence vide du bâtiment. S'il ne peut le faire, ou qu'il ne donne pas de suites à un premier avertissement, il est prié de passer à la caisse.

Mais pour répondre directement à ce manque d'animation dans le centre que les Louviérois déplorent, la taxe communale a cette fois été élargie aux étages de commerces en activité. Cette révision doit ainsi inciter à "recréer du logement au-dessus des commerces du centre-ville qui reprendrait ainsi vie", explique Olivier Caudron, qui coordonne le service logements inoccupés de la ville.

"Cette nouvelle réglementation a permis la rénovation de ce bâtiment", s'enthousiasme Olivier Caudron en pointant les deux étages d'un commerce fraîchement aménagés en appartements, dans le piétonnier de la rue commerçante Albert 1er.

Il précise cependant que les hauts de commerces ne sont pas tous susceptibles d'être taxés, même s'ils sont inutilisés. Ne sont concernés que les commerces "dont la façade côté rue fait au moins six mètres", dit-il, parce que cette largeur leur donne la possibilité d'ouvrir un accès indépendant pour les habitants de l'étage.

Mais tous les commerçants ne semblent pas prêts à réduire leur vitrine.

Si la méthode est parfois estimée inadaptée, cette volonté de repeupler le centre est par contre très bien accueillie par de nombreux Louviérois, et surtout par les commerçants. "Mais ces efforts sont vains", déplore l'un d'entre eux, pour qui La Strada, un grand projet immobilier, risque de faire fuir commerces et clients, laissant le centre pour "mort".

Porté par le créateur de L'Esplanade à Louvain-la-Neuve, les plans du projet ont été plusieurs fois rejetés par la commune, notamment parce que La Strada ne s’intégrait pas assez au centre-ville, jugée trop fermée sur elle-même. Cependant, sur les 16 hectares de l’ancien "site Boch" où les vieux bâtiments industriels de l’ancienne faïencerie ont disparu, les travaux ont commencé. Et du côté du service logements, on annonce déjà la création de "tout un nouveau quartier de vie".

Et malgré la volonté d’intégrer La Strada au centre-ville, ou du moins de ne pas l’en couper, des commerçants de la rue Albert 1er sont dépités. Car si le projet doit permettre d’ouvrir de nouveaux logements, des bureaux, un parc urbain et même un musée, il doit aussi accueillir de nouveaux commerces.

Mais tous ne craignent pas une désertification du centre-ville. Le président de l’Union des Commerçants indépendants louviérois (UCIL) estime par exemple qu’"étant donné le développement de pôles commerciaux en périphérie, La Louvière devait faire quelque chose pour son centre". Pour lui, "si La Strada attire beaucoup de monde, et que ne fût-ce qu’un dixième de ce monde passe par le centre-ville, c’est déjà un bénéfice".

Cette commerçante n’est pas aussi optimiste mais ne craint pas pour le centre qui, selon elle, "devrait résister quoiqu’il arrive".

Plus qu’optimiste, le propriétaire et exploitant du "Trente-trois tours", sur la place communale, est très enthousiaste à l’idée de voir apparaître ce nouveau quartier. Pour lui, La Strada devrait offrir une très belle opportunité en termes de clientèle, et c’est ce qui l’a motivé à déménager, pour s’en rapprocher.

"Mais ce que je ne comprends pas, dit-il par contre, c’est cette idée de créer une ‘ville nouvelle’ juste à côté de La Louvière". Il fait allusion à la proposition du président du cdH, Benoît Lutgen, qui au terme d’une enquête de son parti sur les zones où l’on pourrait créer de nombreux logements concentrés en une nouvelle ville, visait à exploiter 100 hectares à quelques kilomètres de là pour accueillir 10 000 habitants.

Dans la rue, un Louviérois partage son incompréhension, fermement opposé à cette idée: "Ils remettent des millions ici, pour redynamiser le centre, et puis on entend ce genre de proposition!" "Je ne comprends pas", dit-il.

Et quand certains Louviérois parlent d’une "bonne idée" ou encore d’un "bon concept" en les qualifiant toutefois souvent d’"irréalistes", d’autres comme lui sont moins tendres: "Encore un projet électoraliste", lâche-t-il en s’éloignant dans un haussement d'épaules.

Germain Renier

@g_renier

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