La gendarmerie française teste l'intelligence artificielle d'une start-up néolouvaniste

La gendarmerie française teste l'intelligence artificielle d'une start-up néolouvaniste
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La gendarmerie française teste l'intelligence artificielle d'une start-up néolouvaniste - © Tous droits réservés

Une start-up néolouvaniste a été choisie par la Gendarmerie Nationale française pour tester un outil de haute technologique dans des commissariats.

Spécialisée dans l'analyse d'images via l'intelligence artificielle, l'outil high-tech de la société néolouvaniste Piximate est à l'essai, depuis peu, dans les locaux de deux commissariats français, près de Lyon et dans la région de l'Isère. 

Reconnaissance faciale  

Concrètement, les images des caméras installées dans les deux commissariats sont envoyées par internet à la société néolouvaniste. Elles sont directement analysées et traitées par un logiciel. Le système détecte notamment les émotions faciales des visiteurs, en temps réel.  

Objectif: évaluer le degré de satisfaction des citoyens qui se rendent au poste de police, afin d'améliorer la qualité de l'accueil et des services rendus au public. Un dispositif ingénieux, mais qui pose aussi question.

Sondage high-tech

Officiellement, la gendarmerie française veut donc améliorer la qualité de l'accueil et adapter son offre de services pour mieux répondre aux attentes du citoyen.

A l'origine, la gendarmerie a commencé par sonder l'avis du citoyen avec une méthode classique. A la sortie du commissariat, elle invite les visiteurs à répondre à une enquête de satisfaction. Répondre à des questions ouvertes, cocher le "smiley" (émoticône) correspondant à son degré de satisfaction par rapport à la qualité de l'accueil, par exemple.

Pour compléter et préciser cette démarche, qui nécessite d'ailleurs la collaboration proactive du citoyen, la gendarmerie a décidé d'aller plus loin. En utilisant les nouvelles technologies. Et c'est en Belgique qu'elle a déniché le précieux sésame.

Le savoir-faire wallon

"Nous avons été contactés par la gendarmerie pour notre savoir-faire en matière d'intelligence artificielle et de technologie basée notamment sur la reconnaissance faciale", explique Laure Uytdenhoef, la jeune patronne de la start-up Piximate, à Louvain-la-Neuve. "Notre technologie permet d'analyser des flux vidéo. Elle peut notamment détecter les émotions sur les visages des gens filmés, de manière totalement anonyme". Le système peut aussi mesurer la fréquentation d'une salle d'attente, établir des statistiques précises sur le profil des visiteurs, reconnaître un individu qui s'est déjà présenté au même guichet,...

Un outil performant. Qui se veut au service de l'institution et du public. Mais qui soulève aussi des questions en matière de respect de la vie privée, de protection des données et de tentation de dérives sécuritaires, par exemple. 

Aider ou fliquer?

"Des données anonymes, pour améliorer le service au citoyen"... le discours se veut rassurant, mais n'y a-t-il pas un risque de fuite des données et un danger potentiel de dérive sécuritaire? "Les images ne sont pas stockées et donc, non, on ne peut pas les utiliser à d'autres fins", affirme Laure Uytdenhoef. "En théorie, la technique permet beaucoup de choses. C'est vrai! Mais notre but, au niveau de la start-up, n'est pas du tout d'offrir un système qui ne respecte pas la vie privée".

Mais les forces de l'ordre (ou d'autres services de sécurité) ne pourraient-elles pas, elles, être tentées de jouer à Big Brother?  

Big Brother

Pour Rémy Millescamps, partenaire numérique pour le compte de la Gendarmerie française, "les données sont protégées. D'autant que la technologie émane d'une société belge, contrainte au respect des directives européennes, tout comme l'utilisateur français. Quant à la dérive sécuritaire, elle pourrait se produire à partir du moment où on connecte ce système à un annuaire de reconnaissance ou à des listes de personnes; mais ce n'est pas le cas! La gendarmerie ne souhaite pas et n'intégrera en aucun cas de fichiers complémentaires pour la détection. Ces solutions (techniques) sont sur des réseaux séparés et ne sont pas du tout affiliées". Rémy Millescamps précise toutefois que le test, s'il s'avère concluant, conduira à une autre utilisation: "la sécurisation du personnel et des visiteurs dans les locaux des commissariats". Une sécurisation qui serait justifiée, aux yeux de certains, par la multiplication des actes de malveillance et de terrorisme, en France, notamment.       

Potentiel énorme

Le test dans les commissariats français devrait durer 6 mois, environ. S'il s'avère concluant, la Gendarmerie française pourrait étendre le système à une bonne partie des postes de gendarmerie. En France, en Belgique et ailleurs, des administrations, des entreprises commerciales, des centres culturels, des salles de spectacles et bien d'autres clients potentiels pourraient être séduits par la technologie de la start-up wallonne. Les projets de cette petite société de 8 personnes (bientôt davantage) sont nombreux, son potentiel est énorme. 

En pleine croissance, Piximate s'installera bientôt dans des bureaux plus vastes, à La Hulpe. Elle bénéficie d'un soutien financier de la Région wallonne, notamment. 

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