La fonction de juge de paix n'attire plus à Bruxelles

Aucun candidat ne s'est fait connaître pour les 5 postes vacants de juge de paix bruxellois
Aucun candidat ne s'est fait connaître pour les 5 postes vacants de juge de paix bruxellois - © RTBF

Il y a quelques années encore, il n’était pas rare que des magistrats avec de beaux parcours derrière eux choisissent de terminer leur carrière dans ces maisons de justice de proximité, à Bruxelles. Aujourd’hui, les candidats ne se bousculent plus au portillon. Au point que les justices de paix bruxelloises n’arrivent plus à recruter : au mois d’octobre, cinq offres d’emploi de juge de paix ont été publiées au Moniteur belge pour les justices de paix d’Anderlecht, d’Etterbeek, de Ganshoren et de deux cantons de Bruxelles. Elles ont recueilli… Zéro candidatures.

Exigence de bilinguisme

Comment expliquer cette situation ? "L’explication la plus évidente est l’exigence d’un haut degré de bilinguisme pour les juges de paix bruxellois, explique Avi Shneebalg, juge de paix au deuxième canton de Bruxelles. J’enseigne la négociation et la médiation en dernière année à l’université d’Anvers. Tous mes étudiants sont d’excellents bilingues néerlandais/anglais. Mais à moins d’avoir un petit ami ou un parent francophone, ils connaissent environ la langue de Molière comme le latin. Pour eux, c’est devenu une langue morte". Le bilinguisme, obstacle au recrutement ? Au SFP Justice aussi, on avance l’hypothèse, parmi d’autres pistes… Comme celle d’un contexte socio-économique qui pourrait avoir un impact sur la fonction.

Justices de paix bruxelloises, "oubliées de la réforme"

Bien entendu, la difficulté à recruter dans les justices de paix bruxelloises n’est pas étrangère au constat établi par le Conseil Supérieur de la Justice, selon lequel le nombre de candidats magistrats a diminué de moitié en 5 ans. Pour le juge de paix de Forest et magistrat de presse de l’Union Royale des juges de paix, Vincent Bertouille, "ça se marque naturellement surtout là où la situation est la moins bonne. En 2013, il y a eu une importante réforme du paysage judiciaire et les justices de paix bruxelloises ont été les oubliées. C’est-à-dire qu’on a réformé le mode de fonctionnement global des justices de paix avec plus de mobilité. Un fonctionnement dit plus moderne… Mais on n’a pas donné pour autant la direction qu’il fallait pour pouvoir implémenter ce changement à Bruxelles, contrairement à ce qui s’est fait dans le reste du pays : les justices de paix de Bruxelles n’ont pas leur propre président, qui organise le travail correctement". Car contrairement à ce qui se passe ailleurs dans le pays, ce sont les présidents du tribunal de première instance (le francophone et le néerlandophone) qui officient (en plus du reste) comme chef de corps des justices de paix bruxelloises.

Pour l’instant, il y a 22 juges de paix sur un cadre de 26. Et l’an prochain, de nouveaux départs à la retraite sont probables. La situation pourrait donc encore se compliquer dans les mois qui arrivent.

 

 

Archives : Journal télévisé 06/09/2018

Les juges de paix sont déjà surchargés. Portrait d'un juge de paix à Bruxelles.

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