La filière agricole du chanvre wallon se casse la figure

Produire du chanvre en Wallonie, l'idée paraissait séduisante. La plante (la même plante que le stupéfiant mais avec un faible taux de THC) est facile à cultiver, notamment pour la filière biologique, et les débouchés paraissent nombreux : panneaux d'isolation, fibres naturelles pour le secteur automobile, litière animale, etc.

En 2015, plusieurs dizaines d'agiculteurs constituent donc une coopérative pour produire du chanvre (Belchanvre). Et des investisseurs privés fondent par ailleurs une société anonyme (Be.Hemp) chargée de transformer la paille de chanvre. L'usine, un investissement de 2 millions d'euros, est installée à Marloie. Le schéma est le suivant : les agriculteurs produisent sous contrat avec la coopérative, la coopérative vend la paille à Be.Hemp; et Be.Hemp transforme la paille et commercialise les fibres.

3000 tonnes de chanvre dans les hangars...

Mais la construction de l'usine prend du retard, et les machines ne fonctionnent pas comme prévu. Résultat : en 2017, les agriculteurs cultivent près de 500 hectares de chanvre alors que l'usine ne tourne pas. Les stocks s'accumulent (3000 tonnes), les factures impayées aussi (650.000 euros).

En 2018, la plupart des coopérateurs renoncent à planter du chanvre, et la production wallonne s'effondre. L'usine tourne au ralenti. Les prix des fibres naturelles sur les marchés se sont écrasés, si bien que le business plan de Be.Hemp ne tient plus la route. L'entreprise n'est manifestement plus très pressée de produire et de vendre de la marchandise à perte.

Certains cultivateurs s'impatientent et assignent la coopérative Belchanvre en justice. C'est le cas d'Hervé et Marianne Gardin à Hastières, qui ont planté une quinzaine d'hectares en 2015, 2016 et 2017. "C'est presqu'un quart de notre surface agricole, explique Marianne Gardin. La coopérative nous doit 30.000 euros."

"Personne ne retrouvera son argent"

D'autres préfèrent patienter pour ne pas précipiter la faillite de Belchanvre. "Si tous les agriculteurs réclament leur argent à la coopérative, nous mettrons la clé sous le paillasson, estime Robert Masson, un des fondateurs de Belchanvre. Et de la même manière, si la coopérative réclame son argent à Be.Hemp, l'usine tombera en faillite. Et personne ne retrouvera son argent. L'idéal serait une recapitalisation rapide de Be.Hemp. Il manque au moins un million et demi d'euros."

Pris entre le marteau et l'enclume, Belchanvre a tout de même décidé d'assigner Be.Hemp pour 185.000 euros de factures impayées. Le tribunal de commerce de Marche-en-Famenne examinera le dossier dans quelques jours.

La filière wallonne du chanvre tourne au fiasco. Mauvaise nouvelle pour une agriculture en quête de diversification. 

 

 

Archives : Journal télévisé 23/09/2016

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