Le Pilatus PC-6 est-il fiable ?

Pilatus PC-6
Pilatus PC-6 - © Tous droits réservés

L'avion qui s'est écrasé ce samedi après-midi entre les communes de Gelbressée (à côté de Marchovelette), en province de Namur, tuant 11 personnes, le pilote et tous ses passagers, était un Pilatus PC-6. Un appareil suisse dont les experts se plaisent à souligner la fiabilité. Réputé robuste, il a su se gagner les faveurs de nombre de clubs parachutistes dans le monde.

En Belgique, sept avions de ce type ont été immatriculés, depuis sa mise en service, en 1959. On peut suivre la trace de chacun d'entre eux sur ce site, qui recense l'histoire des 571 exemplaires construits à ce jour (le PC-6 est toujours en fabrication).

Car l'appareil est populaire : une page Facebook lui est même consacrée.  Mais est-il aussi fiable qu'on le dit? Il est permis d'en douter...

Sur Internet, on trouve tout, à condition de se donner la peine de chercher. C'est ainsi qu'il existe un site appelé B3A, Bureau d'Archives des Accidents d'Avions. Installé à Genève, depuis 1990, il se propose de faire l'inventaire de la totalité des accidents d'avion survenus dans le monde depuis 1918.  À ce jour, son compteur affiche plus de 20 900 événements, classés selon la date de l'accident, sa localisation, l'immatriculation de l'avion, le fabricant, la compagnie, l'origine du crash... Un véritable annuaire.

147 accidents depuis 1959

Et que peut-on y apprendre, au lendemain de l'accident de Gelbressée ?  Eh bien, depuis que le premier Pilatus PC-6 a pris son envol, pas moins de 147 exemplaires se sont écrasés au sol !  Certes, 85 de ces accidents n'ont fait que des blessés, ou des dégâts matériels. Mais les autres crashes ont entrainé pas moins de 243 décès.  La liste complète se trouve ici.

Le plus grave de ces accidents est survenu le 19 août 1969, à Long Tieng, au Laos, faisant 13 morts. Vinrent ensuite trois autres crashes, ayant totalisé 11 victimes, dont celui de Gelbressée...

En Belgique aussi

La Belgique figure d'ailleurs en bonne place dans ce triste palmarès. Parmi les appareils ayant volé chez nous, 4 sont tombés du ciel. La première fois, c'était à Spa, le 30 juillet 1995.  Collision entre un Pilatus immatriculé aux Pays-Bas et un autre avion de tourisme, un Cessna belge.  Il y a un mort, le pilote néerlandais, et plusieurs blessés graves.

Le 12 mars 2000, un Pilatus PC-6 immatriculé OO-FWJ s'envole de l'aéroport militaire de Moorsel, à côté de Wevelgem, en Flandre occidentale. Peu après le décollage, il s'écrase. Trois personnes sont grièvement blessées, deux ne survivront pas.  L'avion est radié des registres de l'administration de l'aéronautique. Il repart en Suisse. La société Pilatus le reconstruit. Elle le revend à la SA Namur Air Promotion, qui le réimmatricule OO-NAC, le 5 mars 2003. C'est ce même avion qui s'est écrasé ce week-end à Gelbressée. Funeste destinée...

Réellement fiable?

Et ce n'est pas tout. La même SA Namur Air Promotion avait déjà fait l'acquisition, en 1995, d'un autre Pilatus PC-6, immatriculé OO-NAP. Le 9 juin 2002, à 15h45, cet avion ratait son décollage de l'aéroport de Temploux. Il y avait dix parachutistes à son bord. Une jeune américaine perdit la vie.  Et c'est pour remplacer cet appareil que le club allait acheter un autre Pilatus, et le réimmatriculer OO-NAC, le 5 mars 2003.  Oui, vraiment, funeste destinée...

Alors, quel bilan pour le Pilatus PC-6 ?  Plus d'un avion sur quatre impliqué dans un accident, quatre crashes en Belgique, impliquant à deux reprises le même appareil, et deux fois le même club.

Fiable, vraiment...?

Pour Jean-Pierre Gozée, commandant de bord et instructeur dans un club de parachutisme, ce n'est pas le Pilatus qui est en cause mais ce sont les opérations qui sont effectuées avec ce type d'avion qui amènent des problèmes :

Le pilatus a été créé pour opérer en montagne, par des Suisses, pour des évacuations avec des skis et du vol en montagne :

"Il est évident, lorsque vous faites du vol en montagne, vous avez plus de chances d'avoir un accident ou en tous un incident sérieux, que dans une opération de transport normal. Ensuite cet avion a été utilisé pour des évacuations sanitaires dans des pays d'Afrique et donc toujours dans un environnement difficile".

"Ce n'est pas l'avion qui est en cause mais ce que l'on en fait"

On l'a dit, l'avion qui s'est écrasé samedi à Gelbressée s'était déjà abîmé en 2000 à Moorsel avant d'être réparé en Suisse et revendu à Namur. Est-ce un scénario courant des avions qui s'abîment, tout de même, sérieusement et qui sont remis en état de marche ?

"Il y a la même chose pour des avions de transport qui ont eu des accidents et qui ont été réparés, en conformité avec le programme du constructeur qui, ensuite, on été vérifiés par les autorités de tutelle.  Donc si on met ça en doute, on ne répare plus jamais rien. Dans l'accident de Moorsel, l'avion n'avait rien à voir. Dans le largage de parachutistes, il y a beaucoup de décollages et d'atterrissages avec un avion qui est très lourd. Je suis allé voir sur les listings d'accidents, tous ces accidents sont liés à des problèmes de pilotage et jamais à l'avion. Bien entendu, vous pouvez avoir une erreur de pilotage qui conduit à la destruction ultérieure de l'avion. Mais le point de départ de l'accident de Temploux, qui a eu lieu en 2002, c'était le compensateur qui était mal mis au décollage. Celui de Moorsel la même chose. Donc en fait, ce n'est jamais l'avion, c'est surtout le pilotage et l'opération que l'on fait".

 

Dominique d'Olne (@DominiquedOlne) et Colette Jaspers

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