La facture des cours de langue bientôt plus salée?

Un cours de néerlandais chez Polyac (Mons)
Un cours de néerlandais chez Polyac (Mons) - © Cindy De Stefani

Une loi européenne doit entrer en vigueur ce 1er septembre. Les cours de langue dispensés dans les écoles privées seront soumis à un régime TVA de 21%. Reportage dans une école montoise, où l'on entre en résistance contre cette nouvelle disposition.

En 2015, Polyac fêtera ses 30 ans. L'école montoise fait figure d'institution avec ses 250 enfants inscrits, à l'année, sans compter les cours particuliers pour adultes, demandeurs d'emplois, les formations pour entreprises, dans les administrations..."Nous avons une multitude de publics. Mais donner des cours aux enfants, c'est notre vocation, depuis le début", explique Marc Geerinck, le directeur. Pour lui, les nouvelles dispositions sont un coup de tonnerre dans le ciel des écoles de langue. Et surtout...un coup au porte-feuille des parents. "Si les 21% de TVA sont d'application, l'inscription annuelle de 330 euros passe à 400 euros. C'est totalement insupportable pour de nombreuses familles, surtout si elles comptent plusieurs enfants qui viennent prendre des cours chez nous. Vous n'imaginez pas les sacrifices consentis dans certaines familles pour que les enfants puissent suivre des cours d'anglais, de néerlandais, d'espagnol..."

Augmenter? C'est non!

Depuis des mois, Marc Geerinck remue le problème dans tous les sens. Comment faire pour éviter aux parents, mais aussi aux demandeurs d'emplois, de supporter cette augmentation? Le directeur de Polyac a calculé ses marges. "Sincèrement, c'est impossible d'assumer nous-mêmes, avec notre trésorerie, la TVA. Si nous ne modifions pas nos tarifs, si nous piochons dans nos réserves pour payer la nouvelle taxe, notre école peut s'apprêter à fermer ses portes, tout simplement!". Augmenter l'inscription annuelle? Il s'y refuse également. "Pour les publics tels que les particuliers, les familles avec enfants, les demandeurs d'emploi, c'est non! La situation est différente pour les cours donnés aux entreprises ou aux administrations. Là, ce passage à la TVA peut être une opération blanche, vu qu'il existe des possibilités de récupérer la TVA, ou d'utiliser des chèques formation, etc".

La résistance s'organise

Dans cette école montoise, on a donc opté pour un changement de structure: une asbl sera créée dans les prochains jours. Elle "abritera" les cours donnés aux enfants et aux demandeurs d'emploi. Les asbl n'étant pas soumises à la TVA, les tarifs peuvent rester inchangés. L'équipe de Polyac espère surtout mobiliser le monde politique afin que la loi subisse quelques aménagements. "Que l'on autorise certaines exceptions, pour ne pas encore augmenter la facture des particuliers", plaide-t-on chez Polyac.

Les parents que nous avons rencontrés n'étaient pas tous au courant de ce passage à la TVA. "C'est vraiment dommage", s'exclame Paulette, grand-mère de deux enfants inscrits à l'école. "Si cela augmente de 70 euros, à multiplier par deux bien sûr, ça pèse lourd dans un budget!". Un papa s'interroge: "on veut des jeunes multilingues, pour redresser la Wallonie. Augmenter le tarif des cours, c'est se tirer une balle dans le pied, non?". Ces deux parents ne retireront pas leurs enfants de l'école de langues, même si la note est plus salée. "On a la chance de pouvoir, sans doute, assumer ces coûts supplémentaires. Mais combien pourront encore se le permettre? Avec ce type de mesure, les cours seront bientôt réservés, exclusivement, à une élite", déplore Paulette.

Charlotte Legrand

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