La Cinematek lance un appel aux dons pour acheter du matériel devenu très rare

La Cinematek de Bruxelles possède l'une des collections les plus importantes du monde. Au fil des ans, son budget a fondu, de plusieurs centaines de milliers d'euros (de 2012 à 2019, de 3.400.000 à 3.100.000 environ). En attendant, l'institution fédérale s'échine à poursuivre ses missions, comme celle de préserver notre patrimoine cinématographique. Et elle a besoin de matériel pour cela, des tables de vision et de vérification. Alors, la Cinematek lance un appel aux dons. Elle aimerait récolter 25.000 euros. 

80.000 titres dans la collection de la Cinematek 

Troisième étage d'un bâtiment plutôt austère. Des kilomètres de rayons qui portent des bobines. Des dizaines de milliers de bobines. Bruno Mestdagh déambule dans les allées et déchiffre les titres sur les boîtes métalliques: " Karate Kid", "La cage aux folles, ça va parler aux spectateurs", "Hiroshima mon amour"...

En tout, il y en a 80.000 dans la collection de la Cinematek, une collection qui fait parfois le grand écart, entre les chefs d’œuvres du cinéma d'auteurs et les blockbusters. Ces films ont échoué ici, après avoir été montrés dans les salles de cinéma. Certains ont plus de 100 ans, d'autres sont beaucoup plus récents. Des bobines précieuses, parce que très souvent, elles sont uniques : " Par exemple, pour le premier film Star Wars, quand George Lucas a fait la première édition, il a demandé que l'on détruise toutes les anciennes versions. Mais il a oublié de le demander à Bruxelles. Ce sont des choses comme celles-là que l'on découvre dans le dépôt". 

Vérifier, identifier les films sur la table de vérification 

L'une des missions de la Cinematek, c'est de vous les montrer. Les sortir de leurs boîtes et de ce grand frigo dans lequel ces bobines sont conservées. Mais du dépôt à l'écran, cela ne s'improvise pas. On travaille, en coulisses.

Alberto Lopez est assis devant une grande table, avec un écran lumineux et ce qui ressemble à deux tourne-disques. "Je suis en train de métrer, l'idée est de savoir en quelque sorte combien mesure cette bobine. En parallèlement à ça, je regarde s'il n'y a pas de défauts au niveau des photogrammes, avec cette petite loupe. C'est du 16 mini mètres. Par rapport au 35, c'est plus fragile donc c'est souvent en moins bon état". Le film en question, c'est Zaïre le cycle du serpent, de Thierry Michel. Il sera bientôt projeté.  

Pour vérifier ces films, les identifier - "puisqu'il y a pas mal de copies dans le dépôt de la Cinematek dont on ne connaît pas l'état parce qu'il n'y a pas eu de demande de projection", explique Alberto Lopez, cette table est un outil essentiel: "pour manipuler la pellicule, c'est indispensable". Mais aujourd'hui, on ne les fabrique plus, tournant numérique oblige. "Et ces tables de vision et de vérification commencent à vieillir, on les répare mais certaines pièces sont difficiles à trouver ou c'est très coûteux", rajoute Bruno Mestdagh, responsable de la collection digitale. Il faut anticiper les pannes et veiller à ce que l'outil fonctionne encore, demain. 

Par ailleurs, les tables actuelles ne sont plus adéquates pour faire face "au syndrome du vinaigre" dont souffrent certaines bobines. Dans l'une des boîtes, la pellicule à l'intérieur est de couleur rouille et une odeur de vinaigre en émane. "Cela arrive quand elles ont été conservées dans de mauvaises conditions. La pellicule se décompose et cela provoque des émanations qui sont nocives". 

Des tables de seconde main sur le marché 

Depuis peu, une occasion unique est à saisir: l'une des dernières sociétés spécialisées dans ce domaine suspend sa production en France et vend ses dernières machines. "On n'en a pas fabriqué des milliers dans le monde, c'est très difficile à trouver! Si on peut acquérir ce matériel, c'est nécessaire!"

"Le souci, c'est que pour l'instant, la Cinematek n'a pas d'argent pour faire un investissement comme celui-ci, embraie Johan Vreys, chargé de communication pour la Cinemathek. " On a fait des demandes aux différents gouvernements mais en vain. On n'a pas assez d'argent pour faire notre boulot".

Un exemple: l'équipe de restauration des films est passé de 4 effectifs l'année dernière à 2 aujourd'hui. "Alors, on a décidé de se tourner vers le public et de lancer cet appel aux dons". 25.000 euros pour une table de vérification, pour ce maillon essentiel du travail quotidien de la Cinematek. Mais à vrai dire, ces 25.000 euros sont en quelque sorte la pointe de l'iceberg des besoins de l'institution. Il faudrait qu'elle investisse par exemple dans des scanners de restauration. Autre matériel coûteux, on parle là d'un budget d'un million d'euros.

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