La "Chouette Laine" retisse des liens au Pays des Collines

La laine est commercialisée sous forme de pelotes, notamment.
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La laine est commercialisée sous forme de pelotes, notamment. - © S. Vandreck

Dans l’atelier de Marie Ghyssens, à Frasnes-lez-Buissenal, une énorme machine munie de centaines d’aiguilles prépare la laine, arrivée en grandes nappes colorées, à la consistance ouateuse. "L’aiguilleteuse permet de solidariser les fibres entre elles. Ensuite, il faudra stabiliser la matière par un feutrage à l’eau". L’artisane découpera ensuite cette matière, qu’elle assemblera des semelles, des chaussons, des accessoires de mode. Une laine dont elle apprécie les nombreuses qualités: "Elle est super gonflante, épaisse, moelleuse. Elle se tricote facilement, se feutre très bien", s'enthousiasme-t-elle.

Cette laine n’est pas n’importe quelle laine : elle a été soigneusement sélectionnée lors de la tonte des moutons d'éleveurs des environs.

Une matière considérée comme un déchet

Depuis trois ans, le Parc naturel du Pays des Collines tente de remettre en valeur ce produit local oublié. "C’est une matière qui est peu valorisée, peu connue, souvent considérée comme un déchet, rappelle Baptiste Hottekiet, le directeur du Parc, alors qu’on achète en Belgique de la laine néo-zélandaise, qui est passée en Chine pour être traitée".

Aujourd’hui, 13 éleveurs contribuent à ce projet et plusieurs centaines de kilos de laine de qualité supérieure ont été transformés chaque année et mis sur le marché sous le label "Chouette Laine". Les laines les moins nobles sont valorisées en Wallonie, pour en faire des matelas, par exemple. Impossible cela dit de maintenir toute la filière sur place, dans le Pays des Collines. Le lavage de la laine se fait donc à Verviers, elle est ensuite envoyée en France pour être filée, teinte et cardée, voire Angleterre où elle est transformée en une matière inédite: un jersey à l'aspect de peau de mouton. Les produits restent donc à 100% traçables.

"On sent qu’on est dans le bon"

Chaque printemps, depuis 2014, une grande collecte est organisée dans la région. Elle mobilise les éleveurs, mais aussi les tondeurs, un métier qui a été revalorisé: "C’est un savoir-faire qui a existé. Les parents tondaient différemment. Aujourd’hui, nous les avons suivis, donné des conseils, et grâce à leur aide, nous avons eu une meilleure tonte. On ne s’intéressait pas aux tondeurs avant. La filière les a revalorisés", précise Marie Ghyssens, qui est aussi une des chevilles ouvrières du projet. Car le bénéfice de ce projet est d’abord humain. "Ça demande de l’énergie et du temps, mais c’est très valorisant, insiste-t-elle. On rencontre des gens qu’on n’aurait pas rencontrés autrement. En trois ans, on se rend compte que les gens connaissent la filière laine. On sent qu’on est dans le bon". Quant aux bénéfices financiers, s’ils ne sont pas encore assez importants pour permettre des créations d’emploi, ils sont réinjectés chaque année dans le projet, pour en assurer la continuité.

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