La "Boum 2" : entre ambiance festive et interventions musclées, bilan contrasté pour une journée de tensions prévisibles

C’était un 1er mai sous haute tension dans la capitale belge en ce samedi de premier mai. Un mois après la "Boum" une "Boum 2" était annoncée au bois de la Cambre. Un événement que les organisateurs voulaient festif. Mais tout le monde avait encore en tête les images des policiers à cheval le 1er avril dernier. C’est finalement plusieurs milliers de personnes qui se sont réunies dans les rues de Bruxelles avant de converger au bois de la Cambre. La mobilisation s’est déroulée dans une ambiance festive jusqu’à quelques débordements qui ont déclenché une intervention policière musclée.

Autopompes, police en tenue d’intervention et à cheval auront à nouveau été au rendez-vous. Dès ce samedi matin, les forces de l’ordre sont apparues en nombre dans les rues de la capitale. Présence renforcée, surveillance et diffusion de messages de prévention, notamment à l’aide de drones. Si nécessaire, le mot d’ordre était d’intervenir mais uniquement en cas de non-respect des règles Covid.

Plusieurs groupes se sont réunis, d’abord sur la place Flagey à Bruxelles. Ils ont ensuite été dispersés centaines personnes se sont dirigées vers le centre-ville tandis que d’autres ont rejoint le Bois de la Cambre. En fin d’après-midi, les tensions au bois de la Cambre ont commencé.

Voici le suivi des événements heure par heure.

Un début matinal et en mouvement

Dès ce samedi matin, aux alentour de 11h, a été organisé à la gare centrale de Bruxelles un flashmob, en marge des événements prévus pour la Boum 2. Toutefois, selon les organisateurs du flashmob, il s’agissait d’une action indépendante de la boum 2.

Plus de cent personnes ont participé à cette performance. De la musique était jouée par un groupe dans la gare et les participants dansaient dans le hall principal et l’escalier.

L’ambiance était bon enfant. Toutefois, bon nombre de participants ne respectaient pas les mesures de distance nécessaires, ni l’obligation du port de masque. Des gens de tout âge étaient présents, notamment des familles avec de jeunes enfants. La foule a quitté la gare après un quart d’heure.

Lapins, musique et chants pour commencer

Selon nos informations, aux alentour de 13h, la situation était parfaitement calme autour du bois de la Cambre. À Flagey, des personnes déguisées commençaient à se rassembler en milieu de journée pour chanter et danser, comme le montrent les images ci-dessous.

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© Tous droits réservés
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Peu avant 15h, le groupe de fêtards réuni place Flagey est parti dans les rues alentour. Après avoir été bloqué par les policiers dans différents carrefours bruxellois, le cortège s’est petit à petit disloqué avec une partie des participants qui a pris la route vers le centre avant de se séparer.

Finalement, un groupe d’une cinquantaine de personnes était encore en train de tenter de rallier de manière groupée le bois de la Cambre tandis que les autres personnes ont pris la route par plus petits groupes, notamment vers le centre de Bruxelles où une autre manifestation était organisée.


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Au même moment, des centaines de cyclistes pédalaient sur le boulevard Général Jacques, en direction du bois de la Cambre qui devrait être le point de rendez-vous commun de cette vaste mobilisation.

La foule s’est déplacée vers le bois de la Cambre

À 15h30, malgré quelques détonations de pétards, le calme régnait sur le bois de la Cambre malgré la présence d’environ un millier de personnes sur la pelouse. Des centaines de petits groupes sont disséminées un peu partout dans la grande étendue d’herbe, comme lors d’un week-end ensoleillé traditionnel.

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Parmi les groupes présents, certains jouent de la musique © Aurélie Fogli – RTBF
Des centaines de petits groupes sont présentes au bois de la Cambre en ce premier mai © Tristan Godaert – RTBF
Parmi les personnes présentes au bois de la Cambre, certains ont décidé de faire un pied de nez aux événements du 1er avril. © RTBF

Malgré l’ambiance bon enfant et sereine au bois de la Cambre, la présence policière était perceptible. En plus des stewards mobilisés par la ville de Bruxelles qui ont rappelé aux personnes présentes les mesures sanitaires à appliquer, plusieurs dizaines de policiers étaient aussi présents.

Un hélicoptère de la police a survolé le parc durant le rassemblement et un drone diffusait des avertissements en français, en anglais et en néerlandais, appelant à garder le masque et à maintenir des distances de sécurité.

Premières tensions

Vers 16h15, l’ambiance s’est un peu tendue avec un groupe de personnes qui criait "Liberté, liberté, liberté !". La police est alors intervenue pour disperser ces personnes qui ont quelque peu terni l’ambiance bon enfant qui régnait jusque-là au bois de la Cambre. D’autres voix se sont fait entendre criant "stop à la dictature".

On est ensemble, on est solidaires dans un parc, c’est légal

Au même moment, d’autres fêtards présents sur les lieux ont appelé au calme, hurlant de "ne pas leur (la police, ndlr) donner de raison de nous frapper". La musique a alors repris de plus belle dans le parc et la fête a repris ses droits.

"On est là parce que tout le monde en a marre", témoigne Julien un verre à la main. Ce jeune présent sur place avec ses amis estime "ne plus rien comprendre" des "nouvelles règles" qui arrivent chaque jour pour contraindre un peu plus la vie des Belges. "On est ensemble, on est solidaires dans un parc, c’est légal", ajoute-t-il.


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Seule ombre au tableau qui a terni l’ambiance : les forces de l’ordre. "Ils font leur travail, admet Julien Mais un moment donné on aimerait bien voir les forces de l’ordre en avoir marre, poser leur casque par terre et être avec le peuple car je pense qu’eux aussi quand ils rentrent du travail, ils en ont marre aussi en fait."

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L’ambiance s’est un peu ternie peu après 16h avec des personnes qui appelaient à la "liberté" de manière plus virulente et intervention de la police. © Eric Boever
Mais cela n’a pas trop duré, la fête reprenant ses droits © Eric Boever
Le nombre de personne s’accroît dans le bois de la Cambre, minute après minute © Aurélie Fogli

Le barrage des "adultes" pour protéger les jeunes

À 16h45, une autopompe ainsi que des unités policières sont arrivées en renfort dans le bois de la Cambre. Les forces de police, en tenue d’intervention, se sont positionnées aux abords du parc. Certaines personnes ont invité les groupes rassemblés sur place à être "gentils", et à "ne pas jeter" de projectiles sur la police.

Vers 17h, plusieurs centaines de personnes ont quitté la pelouse pour se diriger vers le lieu de rassemblement des forces de police. Alors que la police à cheval était déjà présente tout comme l’autopompe arrivée quelques minutes plus tôt, plusieurs personnes se sont approchées des unités d’intervention et se sont pris la main comme pour leur faire barrage. Ils se présentent comme des "parents", présents pour protéger les jeunes, venus pour faire la fête.

Au même moment, d’autres se sont assis, renforçant encore la barricade humaine entre la police et les personnes faisant la fête sur l’herbe. Si les forces de l’ordre ont été la cible de quelques jets d’œufs à leur encontre, aucun autre fait de violence n’est à noter.

Vers 17h, plusieurs centaines de personnes ont quitté la pelouse pour se diriger vers le lieu de rassemblement des forces de police. Alors que la police à cheval était déjà présente tout comme l’autopompe arrivée quelques minutes plus tôt, plusieurs personnes se sont approchées des unités d’intervention et se sont pris la main comme pour leur faire barrage. Ils se présentent comme des "parents", présents pour protéger les jeunes, venus pour faire la fête.

Au même moment, d’autres se sont assis, renforçant encore la barricade humaine entre la police et les personnes faisant la fête sur l’herbe. Si les forces de l’ordre ont été la cible de quelques jets d’œufs à leur encontre, aucun autre fait de violence n’est à noter.

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Des parents se sont liés, main dans la main pour faire obstacle aux forces de l’ordre. © Aurélie Fogli
Certains n’ont pas hésité à hisser le drapeau blanc devant la police. © Eric Boever
C’est une sorte de barrage humain qui s’est construit vers 17h, comme pour empêcher la police d’intervenir. © Aline Wavreille

Peu avant 18h, la police intervient

Malgré les mobilisations organisées pour bloquer l’avancée de la police, une ligne de policiers est tout de même parvenue à descendre en direction des étangs du bois de la Cambre peu avant 17h30. Ils se sont positionnés en ligne sans pour autant intervenir.

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La police se prépare à intervenir © Jean-Christophe Willems
© Jean-Christophe Willems

Rapidement, plusieurs dizaines de manifestants se sont regroupés devant la ligne formée par la police pour bloquer son avancée. "Empêchez-les, venez", demandaient certaines personnes à d’autres afin de grossir la barricade entre la police et le parc.

Ambiance contrastée

Cela a donné lieu à une ambiance très contrastée. D’une part, des centaines de personnes dansent dans la plaine tandis que la police semble se déployer comme pour prévenir une intervention.

Vers 17h35, une rixe a éclaté aux abords de la plaine entre des casseurs, prêts à tout pour en découdre avec la police, notamment armés de troncs, et des manifestants pacifiques. Le désaccord sur les moyens d’exprimer son mécontentement s’est rapidement transformé en bagarre générale qui n’aura eu le temps de durer que quelques secondes avant que la police ne déclenche l’assaut.

C’est néanmoins le motif du "non-respect des mesures sanitaires" qui est évoqué par la police de Bruxelles concernant le déclenchement de l’assaut.

Sur le coup de 17h40, la police a poursuivi son intervention musclée en direction des fêtards présents sur la pelouse. L’autopompe a également été mise en route pour éparpiller la foule. Les chaînes de personnes qui bloquaient l’engin d’intervention ont été sommées de dégager le passage à l’aide de bombes lacrymogènes.

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Les autopompes ont à nouveau aspergé les manifestants. © Hervé de Ghellinck
Les scènes de fêtards sous la brume des autopompes se sont multipliées ce 1er mai au bois de la Cambre. © Hervé de Ghellinck

Après l’intervention musclée, beaucoup de participants ont obtempéré, quittant les lieux. Plusieurs centaines de personnes étaient toutefois encore disséminées sur la plaine. À 18h30, une équipe de police est partie ratisser le bois alors que des brasiers étaient allumés aux alentour du parc. La majorité des personnes présentes, pacifiquement pour la plupart, pour faire la fête ont quitté les lieux.

Une nouvelle intervention musclée des forces de l’ordre a ensuite eu lieu. Face aux policiers, certains manifestants étaient munis de bouteilles. Sur place, les secours ont communiqué à la RTBF que le bilan était d’une dizaine de blessés à cette heure-là.

Le canon à eau est entré en action à plusieurs reprises et un des participants à l’événement a été renversé par le véhicule. La victime a brièvement perdu connaissance après avoir été heurtée à l’arrière de la tête. L’homme est actuellement examiné par les ambulanciers et sera probablement transporté à l’hôpital. Son pronostic vital ne semble pas engagé.

Selon nos informations, une personne aurait également été piétinée par un cheval de la police. Il aurait reçu plusieurs coups de sabots La personne a été stabilisée sur place puis hospitalisée.

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Une personne a été évacuée, blessée par la cavalerie policière. © Patrick Michalle

Evacuation du parc

Un peu avant 19h, ce samedi soir, la décision a été prise d’évacuer le Bois de la Cambre. Des dizaines de policiers en tenue de combat ont investi le parc.

Sur les quelques milliers de personnes qui se trouvaient dans le parc, beaucoup semblent avoir disparu. Quelques centaines de participants se cachent encore sur la pelouse près de l’étang et dans les buissons alentour. De petits feux ont été allumés ici et là.

C’est au niveau de la route qui surplombe l’étang que le principal brasier se consume. Autour de lui, les manifestants sont encore nombreux à vagabonder. Ce sont cette fois-ci des policiers en civils qui interviennent parmi cette foule peu compacte et procèdent à des arrestations ciblées.
 

Vers 20h, la tension était nettement redescendue mais une centaine de manifestants faisaient toujours face à la police. Une centaine d’autres étaient encore présents en tant que "spectateurs". Ces quelques personnes comme des "résistants".

Mais ce sont les forces de polices qui étaient les plus nombreuses sur place en début de soirée, toujours en tenue d’intervention.

Le parc vide après un après-midi mouvementé

Entre 20h15 et 20h30, les derniers résistants qui faisaient toujours front face aux forces de l’ordre ont tenté de renverser un véhicule de la police. Ils ont ensuite été chassés par les unités d’intervention et se sont dispersés dans les artères à proximité du bois de la Cambre.

 

Le jeu du chat et de la souris s’est ensuite poursuivi dans les rues alentour, la police procédant à des arrestations, parfois musclées jusque 21h.

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En fin de soirée, la police a procédé à plusieurs arrestations dans les rues attenantes au bois de la Cambre © Aline Wavreille
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