La Bleue Mixte, une espèce à protéger

Le troupeau de Vincent Vandormme, éleveur à Boussu-lez-Walcourt compte 250 bêtes. 250 Bleues Mixtes, une race que l’agriculteur chérit : "Elles sont très faciles. Robustes et rustiques, elles ne demandent pratiquement que de l’herbe. Cette année, il y a eu quelques jours de beau de temps au mois de février. Je leur ai ouvert les portes de l’étable et elles sont toutes sorties pour aller paître aux champs. Vous ne verriez pas cela avec d’autres races. Elles se reproduisent aussi naturellement facilement, sans insémination. C’est vraiment une race à part".

Pourtant la race n’est plus prisée par les éleveurs. De 80 il y a encore quelques années, ils ne sont plus que 50 à élever la Bleue Mixte, principalement dans le Hainaut, l’ouest de la Province de Namur et dans le Nord de France, principalement dans l’Avesnois. On ne compte plus à l’heure actuelle que quelque 2500 bêtes.

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© Nicolas Rondelez

Les défauts de ses qualités

La spécificité de la Bleue Mixte figure dans son appellation : elle est élevée tant pour son lait que pour sa viande. Or, la tendance actuelle est à la spécialisation des élevages. La majorité des agriculteurs opèrent un choix entre la production laitière ou des races viandeuses. "C’est la raison pour laquelle nous sollicitons des subsides supplémentaires, explique Vincent Vandromme. Tant au niveau du lait que de la viande, il n’y a pas le même rendement qu’avec des races spécialisées dans l’une ou l’autre production".

L’autre défaut parmi ses qualités, c’est que la Bleue Mixte vêle facilement naturellement alors que de nombreuses races nécessitent l’intervention de vétérinaires pour pratiquer des césariennes. "Je suis à 70% de vêlages naturels. Ce sont évidemment des frais vétérinaires que l’on évite. Mais cela nécessite souvent de devoir se lever la nuit pour assister les bêtes. Il y a de plus en plus d’éleveurs qui préfèrent la facilité et ne veulent pas devoir se lever".

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Des produits appréciés des consommateurs

Vincent Vandromme est associé directement à des artisans locaux. Comme elle pâture pendant la plus grande partie de l’année, l’alimentation de la Bleue Mixte est composée principalement d’herbe fraîche, son lait est riche en oméga trois et en acide gras polyinsaturés. Il sert entre autres à la production d’un fromage dénommé le Pavé Bleu. Cette quasi autonomie alimentaire constitue également une économie pour l’éleveur qui doit peut recourir aux aliments complémentaires.

Des artisans boucher travaillent également en ligne directe avec Vincent Vandromme. C’est le cas de Michel Blaimont : "L’avantage, c’est qu’on peut visiter l’élevage. On voit l’animal. Les clients ont tendance à se détourner des viandes maigres comme le Blanc-Bleu-Belge. La Bleue Mixte offre une viande bien rouge et légèrement persillée. C’est vraiment un produit de qualité très apprécié par mes clients".

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Un plan de préservation et des subsides supplémentaires

La Bleue Mixte fait l’objet, depuis quelques années, d’un programme de préservation transfrontalier, "Bluester", soutenu par le fonds européen Interreg. Les élevages wallons sont également inscrits au programme agrico-environnemental wallon, favorable à la protection de l’environnement et à la conservation du patrimoine animal et végétal. Considérés comme durables et adaptés à la consommation locale, les élevages de Bleues Mixtes bénéficieront donc de subsides supplémentaires de la part des autorités wallonnes : "200 euros par tête de bétail, promet Willy Borsus, le ministre wallon de l’agriculture. C’est 50 de moins que ce qui était demandé, mais c’est tout de même 80 de plus qu’actuellement". Les effets du programme Bluester avaient été une augmentation du cheptel au début des années 2000, passant de 500 à 3000 têtes. Les subsides devraient permettre de maintenir les effectifs actuels à leur niveau, soit 2500 bêtes.

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