La bataille de Waterloo à la base de la médecine d'urgence

Dans la vraie vie, Jean Legaye est chirurgien orthopédique. Lors des reconstitutions de la bataille de Waterloo depuis plusieurs années, il est également chirurgien, même si sa tenue n'est pas la même. Son uniforme est bleu barbeau, pour indiquer le service médical, et rouge pour spécifier sa fonction de chirurgien. Son ancêtre, François-Augustin Legaye était chirurgien major sous l'empire, de quoi susciter sa vocation. Il pourrait parler des heures des médecins qui opéraient sur le champ de bataille.

Une ambulance à la Belle Alliance

L'essentiel de l'activité médicale se passait à la Belle Alliance à Lasne. La ferme abritait alors l'ambulance de Dominique Larrey, chirurgien en chef de la garde de Napoléon : "L'ambulance, c'est l'endroit où étaient soignés les blessés après avoir été récupérés sur le champ de bataille. Dans ces locaux, ils étaient opérés, conditionnés, amputés pour pouvoir être transférés vers l'arrière, sur d'autres hôpitaux, et ensuite évacués vers la France", précise le reconstituant.

Organisation militaire

Les blessés étaient évacués depuis le champ de bataille juste à côté. Les services de santé français s'occupaient de tous, quel que soit leur camp, et étaient d'une efficacité redoutable par rapport à leurs confrères anglais. "Le service médical français avait une organisation basée sur l'organisation militaire. Il y avait des chirurgiens régimentaires dans chaque régiment et un service de santé global qui suivait les troupes en fonction des divisions. Il y avait aussi des ambulances mobiles qui suivaient les corps d'armée pendant la bataille pour pouvoir récupérer les blessés rapidement", explique Jean Legaye.

Parer au plus pressé

Plus en retrait du champ de bataille, on installait des hôpitaux. C'était le cas dans l'église de Braine l'Alleud par exemple. À l'époque, on pouvait mettre des jambes en traction pour sauver les membres, mais ce processus était trop lent : "Sur le champ de bataille, bien souvent, l'opération consistait en une amputation ou une désarticulation pour que le blessé ne souffre plus, risque moins d'infections et soit transportable".

Nombreuses amputations

Le musée de la médecine à Erasme conserve aujourd'hui encore des coffrets de chirurgiens de l'époque. Dominique Jean Larrey, connu à l'époque pour amputer un bras en une dizaine de secondes seulement, développe en fait la prise en charge d'urgence. Une grande avancée pour Jean Legaye : "On soignait les gens le plus vite possible pour leur éviter le choc dû à la blessure. Plus vite vous les amputiez, plus vite vous arrêtiez l'hémorragie. Les blessés se dégradaient moins vite et la douleur passait aussi plus vite".

Peu d'anesthésie

D'autant qu'à cette période, le principal anesthésiant, le laudanum, se faisait rare. Le chirurgien explique que bien souvent, les médecins n'avaient rien à leur disposition pour anesthésier les patients : "Soit on effectuait une compression locale au niveau des nerfs, soit on comptait sur la rapidité du chirurgien et sur sa dextérité pour aller le plus vite possible". Souvent perçue comme une boucherie, la chirurgie pendant la bataille de Waterloo a surtout permis de comprendre qu'après une blessure, il faut agir rapidement pour sauver des vies.

 

Sarah Heinderyckx

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