L'uritrottoir arrive en mai à Bruxelles : quel est le principe de ce bac à plantes écologique dans lequel on urine ?

"Ecologique, économique, efficace !" La société nantaise Faltazi vend bien ses uritrottoirs sur son site Internet. Ce dispositif arrive bientôt à Bruxelles, où la Ville a commandé dix exemplaires dans le cadre de son Plan Toilette, présenté en mars dernier.

Mais c’est quoi, concrètement, un uritrottoir, destiné aux hommes pressés? C’est un bac à plantes, dans lequel il peut uriner. Pas directement dans la terre de la jardinière qui sert de décoration. Mais dans une fente placée juste en dessous.

Un excellent engrais

Sous la jardinière, on retrouve un bac isolé, rempli de matière sèche, en l'occurrence des copeaux de bois. Ceux-ci, humectés par le petite commission, sont alors récupérés et réutilisés comme compost. "L’urine humaine, c’est connu, est un excellent engrais pour le jardinage", rappelle Zoubida Jellab, l’échevine Ecolo des Espaces Verts à la Ville de Bruxelles. "Il contient de l’azote et du phosphate."

Le placement des uritrottoirs, prévus plus tôt dans l'année, aura finalement lieu en mai et juin (les cinq premiers exemplaires), à la réouverture probable de l'Horeca et des terrasses (le 8 mai). "Les uritrottoirs permettent de résoudre un problème: celui de l'urine sauvage dans certains quartiers d'où émanent énormément de plaintes."

Quels quartiers? Ceux qui attirent, tard le soir ou la nuit, des individus un peu ivres ou des sans-abris comme la rue Saint-Pierre, la rue Grétry, la place d'Espagne, le boulevard de l'Impératrice, la rue Jardins des Oliviers, la rue des Ursulines, la rue du Colombier, la rue de Villers...  

"Ce n'est ni dans le quartier protégé Unesco de la Grand'Place, ni sur le piétonnier", où se trouvent déjà des modèles plus anciens d'urinoirs. La solution: ce nouveau genre de pissotières plus discrètes. "L'uritrottoir, c'est un meuble en quelque sorte. Il n'a pas besoin d'un ancrage au sol comme les modèles d'urinoirs plus grands." En clair, comme le dit le fabricant, c'est "la solution urbaine écologique pour civiliser les 'pipis sauvages'"

Polémique à Paris

Hic: l'uritrottoir est genré. "Il est destiné aux hommes. Le fabricant propose des modèles pour femmes qui ne nous ont pas convaincu à ce stade", explique l'échevine. "Raison pour laquelle le Plan Toilette de la Ville de Bruxelles prévoit de transformer des urinoirs fixes déjà existants en véritables toilettes. Actuellement, la Ville compte seulement neuf toilettes pour 29 urinoirs. Cela ne va pas et c'est discriminant aussi pour les personnes à mobilité réduite" ainsi que pour les enfants.

En attendant ces transformations débarqueront les uritrottoirs. Déjà en place à Paris et d'autres villes françaises, ils n'ont pas bonne presse. Depuis 2018 et leur installation, ils font l'objet de critiques, relayées par les médias locaux. Les griefs portent sur leur localisation (dans des quartiers chics), les actes de vandalisme qu'ils subissent, le manque d'entretien... 

Sur les réseaux sociaux, les uritrottoirs sont l'un des symboles de la mauvaise gestion de Paris par sa maire socialiste Anne Hidalgo sous le hashtag #saccageparis. Certains pointent le manque d'esthétique de l'uritrottoir, son inutilité, le gaspillage de deniers publics... 

A Bruxelles, on a pris connaissance des mauvaises expériences outre-Quiévrain. On entend dès lors y aller prudemment.

Nous allons ensuite évaluer ce dispositif

"Nous disons: testons dans des endroits problématiques que font remonter les riverains. L'uritrottoir est une solution. Nous allons ensuite évaluer ce dispositif.Juin, juillet et août, le déconfinement espéré et la hausse de la fréquentation du centre-ville devraient permettre de faire tourner les uritrottoirs à plein régime.

Même si déjà, certains quartiers disent ne pas en vouloir. C'est le cas de la rue de Villers entre l'hôpital César de Paepe et la Parlement bruxellois. S'y dresse un ancienne muraille de Bruxelles datant du 12e siècle. Lundi, lors du conseil communal, les inquiétudes des riverains seront relayées par l'élu MR David Weytsman.

Zoubida Jellab y répond: "Ce sont les riverains eux-mêmes qui se plaignent des personnes qui urinent quotidiennement dans leur rue. Ce n'est jamais gai de subir ce genre de désagréments, aussi lorsque les gens urinent sur un mur classé. Nous proposons donc l'installation d'un uritrottoir. Mais il y aura une évaluation en septembre."

En France, il existe des uritrottoirs dans neuf villes dont Paris, Bordeaux, Amiens, Toulouse, Nantes... En Belgique, la commune d'Anderecht en a également commandés. A Bruxelles, ils seront de couleur verte ou grise (inox). Coût pour la Ville: 110.000 euros.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK