L'Union des mosquées de Bruxelles dénonce les contrôles abusifs

Les représentants des mosquées souhaitent des contrôles moins brutaux.
Les représentants des mosquées souhaitent des contrôles moins brutaux. - © OLIVIER MATTHYS - BELGA

Dans une lettre officielle adressée jeudi au ministre-président de la Région bruxelloise ainsi qu'aux députés régionaux et aux Collèges de police des six zones de la capitale, l'Union des mosquées de la Région de Bruxelles (UMRB) ainsi que la Plateforme des Musulmans de Belgique (PMB) dénoncent les contrôles abusifs des lieux de culte musulmans.

Dans ce courrier dont la RTBF a pu prendre connaissance, l'UMRB ainsi que la PMB tiennent à faire part à Rudi Vervoort (PS) de leurs "plus vives inquiétudes" concernant ces descentes de police, qui se sont multipliées, disent les deux associations, depuis les attentats du 13 novembre et du 22 mars. En réaction, Rudi Vervoort, ministre-président du gouvernement bruxellois en charge des Cultes, s'est dit disposé à les rencontrer et à se faire leur intermédiaire auprès du ministre de l'Intérieur Jan Jambon et des bourgmestres pour relayer leurs craintes.

"Nous ne voyons aucune justification à ce que les lieux de cultes soient particulièrement ciblés par des contrôles. Ceci est d'autant plus étonnant que ces contrôles visent les aspects de droit social, de droit fiscal, ou encore de droit administratif des lieux de culte, alors même que la lutte contre le terrorisme doit être appréhendée sous l'angle du droit pénal général, et doit donc suivre la procédure prévue par le Code d'instruction criminelle, laquelle impose une supervision de l'enquête par le Pouvoir judiciaire, en particulier le Juge d'instruction ou à tout le moins l'intervention du Procureur du Roi", explique le courrier. "Tel n'est pas le cas en l'espèce."

"Une brutalité que rien ne justifie"

Selon les auteurs de la lettre, "ces contrôles ont été exercées avec une brutalité que rien ne justifie, sinon les préjugés et les généralisations abusives qui font du tort à notre communauté, mais en réalité à l'ensemble de notre société. Ces méthodes valident donc, par l'autorité morale conférée aux forces de police, les sentiments de haine et de rejet qui touchent notre communauté.

Une à deux mosquées contrôlées chaque semaine

Selon nos informations, une à deux mosquées bruxelloises - par uniquement à Molenbeek - feraient l'objet, chaque semaine, d'un contrôle global: Onem, Fisc, Lois sociales... "La police débarque sans préavis, ils sont une douzaine et c'est particulièrement traumatisant", nous confie le responsable d'une mosquée.

Néanmoins, dans sa lettre, l'Union des mosquées se dit demandeuse "que nos membres organisent la gestion du lieu de culte avec tout le professionnalisme que les exigences de la loi requièrent. Nous les soutenons en ce sens dans la mesure de nos possibilités matérielles. Cependant, le recours à la "descente" de police ne permet nullement de traiter le dossier avec la correction que cela exige. Il en va ainsi notamment dès lors que le caractère inattendu du contrôle ne permet pas nécessairement aux administrateurs, aux sous-traitants chargés de la gestion, ou aux bénévoles compétents, d'être présents ou de présenter tous les documents requis au moment où le contrôle a lieu. Le fait que nos administrateurs soient pour l'essentiel des bénévoles retraités, de bonne foi et à la formation perfectible oblige pourtant à une bienveillance minimale. Tel n'a malheureusement pas été le cas jusqu'à présent."

Décisions de fermetures "critiquables"

La lettre précise: "Les décisions de fermeture qui ont été prises dans ce contexte sont donc totalement critiquables, et ne manquent pas de susciter notre indignation. Ces méthodes ne font qu’exacerber un sentiment de haine et de rejet à l’égard d’une communauté qui n’a de cesse d’être stigmatisée. Ces agissements ne sont pas de nature apaiser les tensions vives que nous connaissons aujourd'hui. Ces pratiques ne favorisent nullement le vivre-ensemble et la paix entre les communautés qui forment notre société. Elles risquent au contraire de déconstruire tout le travail entamé depuis plusieurs décennies par divers acteurs de celle-ci."

Pour l'Union de mosquées, "il ne faut pas se tromper de cible"

L’UMRB et la PMB  invitent, en conclusion, "les autorités publiques à se ressaisir afin de lutter effectivement contre le terrorisme, là où il se trouve réellement. Il ne faut pas se tromper de cible: les mosquées de Bruxelles sont des partenaires à la construction du vivre-ensemble. Nous affirmons notre volonté et notre disponibilité." S'adressant aux destinataires: "Nous attendons votre ouverture en ce sens. Par ailleurs, toutes les études existantes sur cette question confirment qu'il n'existe aucun lien entre les lieux de cultes et le phénomène de radicalisation. Notre connaissance et expérience du terrain confirme de manière absolue ces conclusions."

L'Union des mosquées de Bruxelles regroupe une trentaine de mosquées arabophones. Après les attentats de Paris et ceux de Bruxelles, l'Union et la Plateforme avaient publié des communiqués condamnant les attaques et exprimé leur soutien aux victimes.

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