L'hôpital psychiatrique du Beau Vallon à Namur s'ouvre sur le monde

L'hôpital psychiatrique du Beau Vallon
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L'hôpital psychiatrique du Beau Vallon - © RTBF Monika Wachter

Le Beau Vallon à Saint-Servais, dans les faubourgs de Namur, fête cette année son centenaire. La vieille et honorable dame profite de cet événement pour déstigmatiser la maladie mentale et la psychiatrie. Le temps où on "cachait" les malades est bien révolu. L'hôpital a donc mis à disposition du collectif artistique namurois "Isolat" l'ancien pavillon des lilas pour y organiser une exposition.

De la simple dépression à la schizophrénie et la démence en passant par les assuétudes, l'éventail des cas traités est extrêmement large. Cela fait longtemps qu'il n'y a plus de murs qui empêchent les patientes de sortir de l'enceinte de l'hôpital. La psychiatrie évolue sans cesse. Il y a cent ans, les femmes et les hommes étaient dans des institutions séparées. Le Beau Vallon était uniquement réservé aux femmes. Les hommes étaient traités de l'autre côté de la vallée de la Meuse, dans le Centre psychiatrique Saint-Martin à Dave. Aujourd'hui, à Saint-Servais, les femmes sont encore largement majoritaires .

La psychiatrie d'aujourd'hui n'est plus du tout celle d'hier

Il y a un siècle, les patientes ne recevaient pas de soins psychiatriques. Elles étaient enfermées, souvent contre leur gré, et restaient à vie derrière les hautes grilles les empêchant de s'échapper. Les changements sont surtout apparus dans les années 70 avec de moins en moins d’hospitalisations forcées et de plus en plus d'admissions libres. Aujourd'hui, le Beau Vallon enregistre en moyenne 1 700 admissions par an, y compris les ré-admissions, dont 120 personnes forcées à l'hospitalisation par un procureur du Roi ou un juge de paix pour protéger la personne elle-même ou pour protéger les autres. Hier, les patientes dormaient dans des dortoirs et on utilisait la camisole de force. Aujourd'hui, elles dorment seules ou en chambre double si elles ne supportent pas la solitude. Le Beau Vallon dispose de 513 lits dans une dizaine de bâtiments sur le site de Saint-Servais et de 82 places dans ce qu'on appelle les habitations protégées. Des studios, appartements ou maisons où les patientes apprennent en douceur à vivre à nouveau en autonomie. Aujourd'hui, le séjour moyen des patientes est d'une quarantaine de jours.

L'hôpital est aussi un important employeur de la région: 630 personnes y travaillent en comptant les temps partiels. Cela équivaut à 540 équivalents temps plein.

L'ancien pavillon des lilas est devenu une résidence d'artistes

Par sa politique d'ouverture, la direction de l'hôpital veut mieux faire connaître la psychiatrie. Le Beau Vallon est en train de préparer trois événements importants : la publication d'un livre retraçant les 100 ans d'histoire de l'hôpital en collaboration avec l'Université de Namur, un spectacle et une exposition dont la cheville ouvrière est le collectif d'artistes namurois "Isolat".

Le travail artistique a commencé

Les artistes ont pris possession depuis peu des 3 000 mètres carrés du pavillon des lilas voué à la destruction. Les deux dortoirs au rez-de-chaussée et les chambres à l'étage étaient encore occupés il n'y a pas longtemps. Le photographe Olivier Calicis se rappelle le sentiment éprouvé en franchissant le seuil pour la première fois :

"On a vraiment eu la chance de rentrer dans le bâtiment quand il était encore dans son jus. Les patientes sont parties dans le nouveau bâtiment au mois de mars l'année dernière, donc ça ne fait pas si longtemps que ça, une dizaine de mois".

Depuis deux, trois semaines, les artistes s'activent dans le pavillon. Ils ont d'abord commencé par enlever tous ce qui traînait encore dans les pièces avant de repeindre les anciens murs jaunis en blanc. Dans un des deux dortoirs, ils ont carrément laissé les armoires et les sommiers et repeint le tout en blanc (voir photo).

Olivier Calicis a installé son studio photo dans une pièce. Il a disposé simplement une chaise devant un fond bleu avec un néon pour éclairer le tout. Il a apposé des affichettes un peu partout sur le site pour inviter les patientes et le personnel à se laisser prendre en photo. Il projettera un montage de ces photos lors de l'exposition.

Thierry Robrechts, un artiste peintre, a peint une des chambres en blanc et a travaillé avec de l'encre de Chine, du fusain et de l'acrylique blanc. Il a mis le même matériel à disposition d'une quinzaine de patientes qui ont dessiné sur les murs du couloir. Chacune a pu s'exprimer librement. Isabelle a montré sa vision de la souffrance :

"Ces personnes ont certainement eu un choc émotionnel très profond qui fait qu'elles perdent un peu les pédales. Souvent on dit que c'est des fous, mais au contraire, les gens ont tous une partie de folie en eux, même ceux qui ne sont pas à l'hôpital."

Pour les artistes, cette rencontre et ce partage sont très intenses. Thierry Robrechts s'exprime ainsi :

"Je suis confronté à de l'humanité, à la différence, aux nôtres. On est confronté aussi à la question : pourquoi elle, pourquoi pas moi ? Ça me rend humble en fait."

Anne-Marie est une patiente du Beau Vallon. Elle est aussi très touchée par ce travail avec l'artiste. Elle cherche ses mots :

"C'est une expérience fabuleuse parce que je suis quelqu'un là. Pas au sens de ... mais j'existe. Ça nous met en valeur quelque part par l'investissement de l'artiste. Ça nous met en valeur quelque part."

Les œuvres des patientes et des artistes sont accessibles jusqu'à lundi. L'exposition  "Asiles, des ombres à la lumière" a déjà accueilli plus de 5300 visiteurs.

Monika Wachter

 

 

 

 

 

 

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