"L'Equerre" et l'architecture moderne à Liège

Couverture 1934, n° 12.
Couverture 1934, n° 12. - © pierrehebbelinck.net

A Liège, on connait bien le Palais des Congrès, le Lycée de Waha, ou les Bains de La Sauvenière. A l'origine de ces constructions, un bureau de jeunes architectes liégeois, réunis dès le début des années 30 sous le nom de L’Équerre. Les réalisations de l’Équerre, très liées aux commandes publiques, ont été pionnières en matière d'architecture moderniste.

Les réalisations de L’Équerre sont remises en lumière à l'occasion de la réédition complète de la revue qu'éditait le groupe. Une page essentielle de l'architecture à Liège au 20e siècle. Car les jeunes architectes de L’Équerre ont notamment participé aux aménagements pour l'Exposition internationale de l'Eau à Coronmeuse, en 1939, et conçu la plaine de jeux Reine Astrid, toujours présente sur le site.

"C'est un bâtiment qui représente tous les critères du modernisme international" précise Sébastien Charlier, chercheur en histoire de l'art à l'ULg et spécialiste de l'architecture moderne. "Il est sur pilotis avec un revêtement standardisé, des châssis métalliques, etc. On reprend les 5 grands points de Le Corbusier. C'est vraiment un bâtiment majeur dans l'histoire de l'architecture à Liège".

Le groupe L’Équerre est également chargé, dans les années 50, d'étudier un plan d'aménagement pour le quartier des Trixhes, à Flémalle. Flémalle s’appelait encore Flémalle-Haute, et l'industrie wallonne tournait à plein régime. Pour améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière, le groupe L’Équerre proposa une zone d'habitat sur le plateau des Trixhes, en dehors du site industriel, comme l'explique Geoffrey Grulois, ingénieur architecte, enseignant l'histoire de l'urbanisme à l'Université Libre de Bruxelles: "On prend conscience que les fumées des usines sont extrêmement nocives, qu'il n'y a pas de verdure, pas d'espace public, pas d'école ... Et les Trixhes, c'est un quartier de logements mais qui est construit autour d'une communauté".

Subventionné par les pouvoirs publics, le projet initial ne se limitait pas à construire des habitations: "La première unité de voisinage qui est construite, c'est autour d'une petite école primaire avec un espace public qui doit être le lieu de sociabilité au milieu de la verdure et dans lequel les habitants peuvent trouver tous les équipements publics. C'est un réseau qui malheureusement n'a jamais été réellement achevé, et une partie a déjà été détruite".

Faute de moyens financiers, le projet complet resta inachevé. Il manquait des espaces publics et communautaires, des passages souterrains pour éviter le trafic routier, des commerces. Aujourd'hui, les Trixhes à Flémalle ont perdu le caractère novateur des origines.

A l'actif également de l’Équerre, la Maison des Typographes, près des Chiroux, aujourd'hui démolie, le Lycée de Waha, les Bains de la Sauvenière ... Passionné par ce groupe d'avant-garde, l'architecte liégeois Pierre Hebbelinck est le maître d’œuvre de la réédition de la revue L’Équerre, dont l'intégralité est à présent disponible pour les historiens et les amateurs: "Une revue est fondée en 1928. Sept ans plus tard, un bureau est organisé à partir des membres fondateurs, pour l'essentiel. Elle fait partie des six revues les plus importantes de l'entre-deux-guerres, des revues dites "d'avant-garde". C'est une manière d'échanger, de communiquer, de marquer des intérêts, et de créer des réseaux".

La revue Équerre débute en 1928 et termine son parcours en 1939, en ayant fait le lien entre les différents courants d'architecture moderne en Europe et d'autres expressions artistiques. Elle est aujourd'hui rééditée par les Éditions Fourre-Tout et la Société libre d'Emulation.

A. Delaunois

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