L'enquête sur le crash de Gelbressée va sans doute encore durer des mois

Les experts aéronautiques ont notamment examiné la carcasse du Pilatus.
Les experts aéronautiques ont notamment examiné la carcasse du Pilatus. - © Belga Image

L’enquête sur le crash de Gelbressée se poursuit, à l’abri des micros et des caméras. Il y a quatre mois, la justice présentait les conclusions des experts aéronautiques sur les causes de l’accident qui a fait onze morts le 19 octobre 2013. Le rapport évoquait une perte de contrôle de l’appareil à la suite d’une acrobatie effectuée volontairement par le pilote. Mais ce rapport n’est qu’un élément parmi d’autres dans le dossier d’instruction, et rien ne dit qu’au final, les conclusions de la juge ne seront pas plus nuancées.

A partir des données radars, de l’analyse de la carcasse, des parachutes et de différents témoignages, les experts aéronautiques ont acquis la quasi-certitude que c’est une acrobatie mal négociée qui a provoqué le crash. Mais formellement, le rapport présenté en avril dernier ne pointe pas la responsabilité du pilote, car ce n’est pas son rôle. "L'expert n'est pas le juge, et donc ce n'est pas à l'expert de dire qui est responsable de quoi, explique Vincent Macq, le procureur du Roi de Namur. L'expert amène sa science pour que le juge puisse, en connaissance de cause, à un moment donné, prendre la décision et déterminer les responsabilités".

Le problème pour la famille du pilote, c’est qu’aujourd’hui, tout le monde pense que c’est bien lui, le pilote, qui est responsable du crash. Olivier Lalmand, l'oncle de Fabrice Lalmand, regrette cette situation: "Ce qui est très frustrant pour nous, c'est que devant la presse, on a quand même accusé mon neveu d'être à la base de l'accident, et qu'aujourd'hui, quatre mois plus tard, on n'a toujours pas de preuve formelle, et on ne sait pas où en est l'enquête".

Des preuves formelles, il n'y en aura peut-être pas. Les experts ont rédigé leur rapport sur base d'un faisceau d'éléments: le scénario du crash tel qu'ils le décrivent n'est qu'une hypothèse "très vraisemblable".

L'enquête se poursuit

De toute façon, les conclusions des experts ne sont pas celles de la justice. D'ailleurs, l’enquête judiciaire n’est pas terminée. Ces derniers mois, de nombreux témoins ont été entendus ou réentendus, des rapports de synthèse ont été rédigés. En fait, la présentation du rapport en avril a permis à la juge d'explorer de nouvelles pistes. Car dans la foulée, de nombreux proches des victimes se sont constitués partie civile pour donner leur point de vue. En théorie, il est donc possible que l'instruction prenne une autre direction, en fonction des témoignages et des informations récoltées. "Dans l'absolu, explique le procureur Vincent Macq, il est évident que vous avez de nombreux dossiers pénaux dans lesquels une expertise dit 'blanc' et où le juge dira in fine que ça ne lui paraît pas si blanc, et qu'il prend une orientation différente. Dans ce cas-là, il faut évidemment que le juge motive sa décision."

Les conclusions de la juge iront-elles finalement dans le même sens que celles des experts aéronautiques? On ne le saura sans doute pas avant plusieurs mois. Dans ce dossier sensible, la justice avance sûrement, mais prudemment.

Hugues Van Peel

Et aussi