L'élève violenté à Anderlecht met en cause un professeur de religion islamique

Elève violenté à Anderlecht: le rôle d'un professeur mis en cause
Elève violenté à Anderlecht: le rôle d'un professeur mis en cause - © Tous droits réservés

Que s'est-il réellement passé à l'Athénée royal Leonardo da Vinci à Anderlecht ? Pourquoi, mardi dernier, une dizaine de jeunes, armés de battes de base-ball, s'en sont violemment pris à un élève à la sortie de l'école ? La victime, âgée de 21 ans, est toujours sous le choc. Aujourd'hui, il met en cause un professeur de religion islamique qui pourrait avoir remonté les élèves. Il regrette également le manque de soutien de la direction qui l'a menacé de sanctions pour en avoir parlé aux médias. L'élève veut désormais changer d'école, et porte plainte.

Tout semble parti d'une discussion à propos des attentats de Charlie Hebdo initiée par le professeur d'histoire. Durant ce débat, ce dernier explique aux élèves que "les insultes au prophète ne justifient en rien les assassinats". Ce qui ne plaît pas à un élève qui clame alors haut et fort son soutien aux terroristes : "Il a carrément dit devant tout le monde que lui, il était pour les meurtres, que s'il voyait les terroristes dans la rue, il allait leur serrer la main parce que, lui, cela le faisait rire. Les élèves n’étaient pas contents contre le prof d’histoire mais seulement là il n’avait pas d’idée. Ils sont partis au cours de religion islamique. Et dès qu’ils sont sortis, ils ont eu l’idée de la pétition. Je pense que c’est le prof de religion islamique qui leur a donné l’idée", témoigne à notre micro Amadou Diallo, la victime. Une pétition signée par 18 des 20 élèves réclamant la démission du professeur d'histoire.

Le professeur de religion islamique a-t-il réellement joué un rôle dans cette affaire ?

L'enquête commanditée par la ministre de l'Education devra le déterminer. Ce que l'on sait, c'est que ce professeur de religion islamique, Jacob Mahi, a déjà suscité la polémique. C'est lui qui voulait inviter un prédicateur koweïtien controversé à la foire musulmane en novembre dernier.

Jacob Mahi intervient régulièrement dans les médias en tant qu'islamologue. En 2003, déjà, le ministre de l'enseignement de l'époque avait refusé de le nommer inspecteur des cours de religion islamique. Il le désignait comme membre des frères musulmans. Jacob Mahi l'a toujours nié. Dernièrement, il s'est exprimé sur les départ en Syrie. Des éléments qui sont ressortis dans la presse ces derniers jours et que le préfet de zone, Alain Faure, va devoir analyser

La victime menacée de sanctions par l'école

Plus surprenant encore, le jeune homme violenté a été menacé de sanctions par le secrétariat de l'école : "Je répète ce que Mme la préfète a dit : ‘Tout contact avec les médias en stipulant le nom de l’école, dans l’école, votre frère risque d’être sanctionné. On ne peut pas donner des réponses comme ça aux médias sans avoir l’accord de la direction", peut-on entendre de cette conversation qui a pu être enregistrée.

De son côté, la préfète de l'athénée parle de "malentendu". "De notre part, il n’est pas question d’une sanction quelconque", a déclaré à la RTBF Fatiha Ismaïli, "un élève qui se fait quand même taper dessus se voit en plus de cela sanctionner, où va-t-on ?". Selon elle, il y eu confusion dans la version des faits : "Je reste moi-même un petit peu stupéfaite parce que quand j’ai été mise au courant, il s’agissait d’un tournoi de boxe entre les deux élèves de la classe".

Enquêtes en cours

Outre une enquête judiciaire, le cabinet de la ministre de l'Enseignement a envoyé dans l'école le préfet coordonnateur des zones Bruxelles et Brabant Wallon. Alain Faure a lui-même été préfet à l'Athénée Royal Leonardo da Vinci. Sa mission aujourd'hui est de "faire la lumière sur les différents éléments qui se sont passés dans l'établissement". C'est ce qu'il a expliqué au JT de 13h sur La Une en télé.

L'homme s'est rendu ce mardi matin dans l'établissement, mais il n'a pas encore pu rencontrer l'élève victime de violences : "J'ai vraiment besoin de sa version des faits parce qu'au démarrage de l'incident (...) c'était une rivalité entre deux garçons à propos de boxe. Et donc, lorsque le proviseur a auditionné les deux élèves dans le cadre de ce conflit, la victime a annoncé que c'était à la suite de cette discussion-là qu'ils se sont battus".

Alain Faure y retournera mercredi pour rencontrer les deux professeurs en question ainsi que leurs collègues "pour faire un peu la part des choses. Parce que pour le moment, on est quand même beaucoup dans la rumeur et ce qu'il nous faut, ce sont des faits, des choses objectivables".

Ce préfet coordonnateur reconnaît que cet athénée a pendant longtemps connu, de part sa grande mixité, des problèmes de vivre ensemble. Et si la situation semblait s'être améliorée, les attentats de Paris ont ravivé la flamme. Un problème qui concerne d'autres écoles bruxelloises. Pour Alain Faure, s'il faut pouvoir parler de tout, "il faut être attentif à la manière dont on parle", pouvoir éviter "les susceptibilités". Ce qui n'est pas toujours évident pour les jeunes professeurs "qui n’ont pas fait leurs armes".

Concernant l'attitude du professeur de religion islamique au sein de l'école, "rien n'a été identifié officiellement, en tout cas clairement", a déclaré Alain Faure. Mais si l'enquête détermine qu'il a joué un rôle dans cette affaire, des sanctions seront prises.

Une plainte sera déposée jeudi contre le groupe d'élèves qui a passé à tabac un jeune homme de 20 ans à la sortie de l'athénée royal Leonardo da Vinci à Anderlecht, a indiqué mardi en fin d'après-midi l'avocat Dimitri De Beco, au sortir d'une première réunion avec la famille de la victime. Il demandera par ailleurs des éclaircissements sur l'implication de l'école et du professeur de religion musulmane.

e frère aîné et la mère de la victime ont ensuite été reçus à 17H00 par la ministre de l'Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Joëlle Milquet. Le cabinet s'est engagé à aider le jeune à réaliser son souhait de changer d'école. La ministre a demandé lundi au préfet coordinateur de zone, Alain Faure, d'ouvrir une enquête. Un retour est attendu mercredi en fin de journée.

Alain Faure a rencontré mardi la direction de l'école. Il a également pris connaissance des deux pétitions pour demander l'éviction du professeur d'histoire, que la victime déclare avoir refusé de signer. "Le rapport du proviseur parle d'une dispute en classe lundi de la semaine dernière entre deux élèves au sujet de la pratique de la boxe. Je n'ai pas encore pu entendre personnellement le témoignage du jeune qui a été agressé. Je ne peux donc pas affirmer pour l'instant que cette bagarre est liée à un positionnement sur l'attentat de Charlie Hebdo." Il rapporte qu'au lendemain de la dispute, l'élève en cause ne s'est pas présenté en classe et a agressé avec une dizaine d'autres jeunes, dont un muni d'une batte de baseball, la victime à sa sortie des cours.

Une éducatrice est intervenue et a pris en charge son hospitalisation. La direction a porté plainte à l'encontre du groupe de jeunes. Il auditionnera mercredi des professeurs et des élèves pour évaluer l'implication du professeur de religion et des tensions avec le professeur d'histoire depuis l'attentat. Un rapport de médiation a été rendu lundi. Celui-ci préconise une rencontre entre la direction, les professeurs et le médiateur.

RTBF, avec Belga

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