L'instruction obligatoire à partir de 5 ans : impact variable d'un quartier à l'autre

Outre le contexte sanitaire, la rentrée scolaire dans le fondamental sera aussi marquée cette année par un changement de législation : à moins d'avoir choisi l'instruction à domicile, l’école devient obligatoire pour les enfants à partir de 5 ans au lieu de 6 jusqu’à présent.

Dorénavant, à partir de la troisième maternelle, les absences devront aussi être justifiées par un certificat médical ou un motif valable. Pas de quoi révolutionner l’école : en 2018-2019 en Fédération Wallonie-Bruxelles, la quasi-totalité des enfants étaient inscrits dans l’enseignement maternel, avec un taux de scolarisation de 96,3"% pour les enfants de 5 ans.

Mais, d’une part, ces statistiques masquent des disparités importantes selon les quartiers. Et d’autre part, au-delà du taux d’inscriptions, on sait que l’assiduité dans les présences varie aussi fortement d'un établissement à l'autre, surtout à Bruxelles, même s'il n'existe aucune statistique globale, en la matière. 

Chaque année, il y a au moins 2, 3 voire 4 enfants par classe qui ne viennent pas

A Evere, par exemple, à l’école Notre-Dame Immaculée, l’institutrice Maryline Dupuis – qui a enseigné 9 ans aux troisièmes maternelles- témoigne : "Chaque année, il y a au moins 2, 3 voire 4 enfants par classe qui ne viennent pas, avec un argument maladie ou autre. L’enfant vient deux fois par semaine, ou pendant toute une période il ne vient pas à l’école. Socialement, il n’est pas intégré dans le groupe. Il ne se sent pas bien, il n’évolue pas. Du coup, au niveau apprentissage non plus, il n’évolue pas".

Influence culturelle et disponibilité parentale

Situation similaire à la Nouvelle Ecole à Saint-Josse, où la directrice Ariane Daman objective : "l’an dernier en troisième maternelle dans nos deux classes, on a eu une moyenne de présence des enfants de 17 sur 21 et de 16 sur 20". La directrice y voit plusieurs explications : "Si les parents ne travaillent pas tous les deux, c’est facile de se dire qu’on le garde encore un peu à la maison. Culturellement, aussi. L’école maternelle n’existe pas dans tous les pays. Ici on a la chance qu’elle existe à partir de 2 ans et demi, ce n’est pas le cas partout. Certains parents n’ont pas l’habitude de mettre leurs enfants à l’école si jeune".

Du coup, à Saint-Josse, la nouvelle mesure est accueillie à bras ouverts. "On était particulièrement demandeurs", confirme l’échevin de l’enseignement francophone Philippe Boïketé. "Régulièrement j’interpelle les différents ministres pour pouvoir accélérer la mise en place de cette obligation scolaire. Ici c’est pour la 3e maternelle. On espère évidemment que pour les années à venir on ira un peu plus loin, même si c’est une obligation partielle pour les autres classes de maternelles. C’est important que les enfants puissent se familiariser très tôt avec l’école".

Jusqu’à 7 inscriptions d’enfants qui n’ont jamais été scolarisées

A Schaerbeek aussi, autre commune multiculturelle, on salue la nouvelle législation, même si l’échevin de l’enseignement regrette un manque de communication relative à cette nouvelle mesure. Pour le reste, Michel De Herde pense que l’abaissement de l’obligation scolaire à 5 ans "va effectivement changer le profil de classes dans certaines de nos écoles. A ce jour, sur nos 17 écoles qui organisent des sections maternelles, il y a en troisième maternelle jusqu’à 7 inscriptions d’enfants qui n’ont jamais été scolarisées. Il faut aussi distinguer ceux dont la langue maternelle est le français, donc pour qui il n’y a pas de difficultés majeures à l’horizon. En revanche, pour ceux qui n’ont pas été éduqués en français, cela représente un défi de plus pour les instituteurs".

Disparités entre quartiers 

La situation est bien différente à Woluwe-Saint-Pierre. Dans cette commune plus homogène tant sur le plan culturel que socio-économique, l’obligation scolaire à 5 ans ne devrait avoir "qu’un impact faible en termes de fréquentation", explique l’échevine de l’enseignement Françoise Herbiet de Callataÿ. " En effet, chez les enfants et leurs parents, l’école est vraiment déjà perçue ou vécue comme le mode de vie normal des enfants. Il y a peu d’absences".

A Bruxelles, l’abaissement de l’obligation scolaire à 5 ans sera ressenti différemment d’une école, d’un quartier et d’une commune à l’autre.

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