L'échevine Gadaleta et son livre polémique sur Molenbeek: "Je regrette que certaines personnes se soient senties blessées"

L'échevine Gadaleta et son livre polémique sur Molenbeek: "Je regrette que certaines personnes se soient senties blessées"
L'échevine Gadaleta et son livre polémique sur Molenbeek: "Je regrette que certaines personnes se soient senties blessées" - © Tous droits réservés

Pour la première fois depuis un peu plus de deux mois et la sortie de son livre "Entretien à Molenbeek", l'échevine locale Groen Annalisa Gadaleta a répondu à la polémique. C'était mercredi soir, lors du conseil communal.

La polémique est liée à plusieurs passages de ce livre d'échanges avec le sociologue italien Leonardo Palmissano qui comparent par exemple Molenbeek au "Maghreb" ou affirment encore que les populations marocaines font des enfants pour "les réductions d'impôts" et "les allocations familiales". L'échevine évoque aussi la pression des familles patriarcales propres aux familles issues de l’immigration marocaine.

Annalisa Gadaleta a d'abord tenu à rappeler le contexte du livre, réalisé à la demande du sociologue italien souhaitant établir une comparaison entre la vague d'immigration récente en Italie et celle plus ancienne à Bruxelles. Elle a aussi rappelé le timing: l'après 22 mars et les attentats de Zaventem et Maelbeek.

"Je regrette que certaines se soient senties blessées", a déclaré Annalisa Gadaleta lors du conseil communal. "Le but n'était pas de blesser ni de choquer. Le vrai but, c'est le dialogue". L'échevine a insisté sur le fait que ses ambitions pour Molenbeek, c'est "l'émancipation" des jeunes et des femmes et une "société plus juste".

"J'assume totalement le livre"

Elle a encore rappelé que les exemples cités dans le livres se basent sur des situations concrètes. "Elles illustrent une longue expérience de terrain."  A la RTBF, elle indique "assumer le livre totalement" mais accepte que ses dires puissent faire l'objet de débats. "J'irai en parler directement auprès des associations et de la population."

Pour le SP.A, la population molenbeekoise s'est sentie insultée, "surtout la communauté maghrébine". "Les Molenbeekois souffrent depuis toujours des amalgames. Ils paient et paieront un lourd tribut en raison de cette stigmatisation", a ainsi déclaré le conseiller Hassan Rahali (SP.A) qui a réclamé que les recettes tirées de la vente du livre reviennent à des associations de terrain.

Pour le PTB et Dirk De Block, les affirmations contenues dans le livre sont comparables à des propos "destexhiens". Islam ira jusqu'à comparer le livre de l'échevine à des écrits "d'extrême droite".

Un livre qui "divise", Ecolo se détache de Groen

Pour le PS, c est l'absence de condamnation de la part de la bourgmestre Françoise Schepmans (MR) qui pose question, "au nom du respect de tous". Le CDH, dans la majorité, parle d'un livre qui "divise". 

Le groupe Ecolo, auquel appartient Annalisa Gadaleta, a dit regretter la sortie de l ouvrage. Sarah Turine, échevine de la Cohésion sociale et cheffe de file Ecolo-Groen rappelle que le livre est une initiative "non concertée" et "personnelle", aucunement couverte par le Collège ou un parti politique. Pour Sarah Turine, "ce livre a stigmatisé, a blessé et n'a pas fait avancer le débat." Ecolo a pris acte des clarifications d'Annalisa Gadaleta. Mais, au lendemain du conseil, Sarah Turine a reprécisé son propos: "Nous souhaitions de la part d'Annalisa des excuses et une vraie reconnaissance du caractère amalgamant et choquant de certains de ses propos. Annalisa regrette d'avoir choqué mais assume ses propos. Nous en prenons acte avec une déception certaine. Elle reste une échevine Groen. Point. Son livre a divisé plutôt que rassembler. Au sein même de la famille écologiste molenbeekoise. Mais le combat quotidien que nous menons pour le vivre-ensemble dans notre commune est trop important pour que nous puissions reprendre une relation commune comme si rien ne s'était passé."

Plainte pour islamophobie

Rappelons que suite à la sortie du livre, l'échevine Gadaleta s'était mise en congé-maladie pendant près d'un mois. Ses propos avaient aussi fait l'objet d un signalement auprès du CCIB, le Centre contre l'islamophobie en Belgique.

Suite au conseil communal, Brahim Chentouf, plaignant auprès du CCIB, s'est exprimé vertement sur les réseaux sociaux. Pour lui, les déclarations de l'échevine ne le satisfont pas. Il estime qu'Annalisa Gadaleta a alimenté le "Molenbeek bashing" par ses propos dans le livre. "Lors de votre intervention (au conseil communal), aucune excuse n’a été formulée envers les Molenbeekois, les Maghrébins, les musulmans envers lesquels vous avez craché votre venin à travers des pseudos témoignages. Je suis fâché à l’idée d’avoir cru en votre sincérité lorsque vous larmoyiez durant notre rencontre au Parlement ce 9 janvier dernier avec votre chef de Groupe Bruno de Lille où vous avez reconnu que vos propos étaient déplacés, blessant et que vous allez vous en s’excuser."

Il ajoute: "Jamais j’aurais cru que l’ennemi de Molenbeek venait de l’intérieur. Vous avez eu l’occasion de vous racheter, de vous excuser. On fait tous des erreurs mais apparemment vos ambitions politiques et votre orgueil en prennent le dessus. Vos excuses, on n'en veut plus, on veut votre démission et ne plus jamais vous voir assises dans les bancs du collège à Molenbeek."

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK