Découvrez l'ancien bunker secret de la SNCB, en gare de Schaerbeek, qui vient d'être classé

C’est le classement d’un lieu insolite qu’a prononcé, en toute fin de législature, le précédent gouvernement bruxellois. L’ancien abri ou bunker hôpital situé sur le site la gare de Schaerbeek Formation est désormais protégé par un arrêté, a appris la RTBF. La procédure de classement initiée il y a un an vient d’aboutir.

La construction de ce bunker remonterait à 1938, selon les spécialistes du service régional Bruxelles Urbanisme et Patrimoine. On la doit à la SNCB, dans un contexte d’avant-guerre. "La SNCB est sortie du premier conflit mondial avec de lourdes séquelles, tant sur le réseau (un quart des lignes détruites) et le matériel roulant (le parc est décimé) que sur les hommes (2.100 cheminots tués)", explique le service régional.

"Ce traumatisme conduit le chemin de fer à adopter une série de mesures fondées sur les expériences de la guerre de 1914-1918. Gardant à l’esprit les horreurs des attaques au gaz de la Première guerre mondiale, la société ferroviaire fait bâtir sur le site de la très stratégique gare de Schaerbeek-Formation (gare de marchandises, de formation et d’entretien du matériel, pour l’approvisionnement de la capitale et du pays) cet hôpital de campagne pour le traitement des agents des chemins de fer blessés ou touchés par les gaz de combat, avant leur transfert dans un hôpital. Les progrès techniques de l’aviation réalisés durant l’entre-deux-guerres laissaient alors envisager la probabilité de bombardements aériens massifs, peut-être couplés avec une attaque "aérochimique" (emploi de bombes renfermant des gaz de combat tel l’ypérite, le chlore, etc.)."

Plus de 800 bombes

Fin des années 30, la SNCB prépare alors son réseau en prévisions du conflit (trains sanitaires, abris pour le personnel, gazogènes sur les autorails…) et le bunker-hôpital (dit Clos du Château d’Eau) voit le jour dans un lieu tenu secret. En béton, il est censé résister à la puissance des bombes et protéger ses occupants des attaques au gaz. Lorsque la guerre éclate, l’installation assure sa mission, surtout lorsque les puissances alliées tentent de faire plier l'armée allemande. "À partir de 1943, les bombardement alliés s’intensifient sur le site. Entre mars et août 1944, 814 bombes tombent sur les installations de la gare de Schaerbeek, ce qui représente 85,7% des engins explosifs lancés sur les chemins de fer bruxellois. Les bombardements provoquent la mort de plusieurs personnes et d’énormes dommages aux installations ferroviaires. Équipé selon les meilleures prescriptions stratégiques et militaires de l’époque, l’abri-hôpital résiste aux bombardements."

Aujourd’hui encore, l’abri porte les stigmates des multiples assauts. "On remarque que la toiture a été en partie détériorée mais ne s’est pas affaissée, vu la solidité de sa construction. L’intérieur est quant à lui demeuré intact." On y recense 17 pièces entre une salle de soins, d’attente, de déshabillage et de rhabillage, de douches… Le site était équipé de portes anti-gaz ou encore d’installations de purification d’eau. Mais paradoxalement, l’abri ne servit pas d’hôpital, il fut exclusivement utilisé comme un abri anti-aérien pour les cheminots de la gare de Schaerbeek.

Un témoin rare et unique

Selon la Région bruxelloise, le classement du site se justifie par le fait qu'il s'agit d'une installation unique en son genre. "Construit avant 1940, cet abri-hôpital est un témoin rare et unique qui se distingue de l'ensemble des bunkers et abris sommaires ayant servi à la protection aérienne passive de la SNCB", précise le cabinet du ministre-président Rudi Vervoort (PS), en charge du Patrimoine jusqu'à il y a peu. "Ces abris ont en effet tous été construits pendant la Seconde Guerre mondiale, suite à une décision par le conseil d'administration de la SNCB à la suite des actions menées par les alliés."

Stéphane Demeter, de Bruxelles Urbanisme et Patrimoine, explique à la RTBF qu'il s'agit "d'un lieu de mémoire. Et il reste relativement peu des témoignages matériels de ce qu'était la vie en 1940-1945. Il y a des éléments qui ont été spécifiquement construits, adaptés, transformés ou détruits à ce moment-là. C'est à ce titre là que cet abri-hôpital a été reconnu pour sa valeur patrimoniale et classé comme lieu de mémoire avec un cet aspect particulier quant au travail particulier de la SNCB d'avoir anticipé la protection de son personnel pendant la guerre."

Des murs en béton d'un mètre d'épaisseur

D'un point de vue de la conception, Stéphane Demeter ajoute: "C'est un témoin du génie civil belge de l'entre-deux guerres en matière de béton armé. La Belgique était à la pointe dans ce domaine. On a mis au point ici des techniques: du béton armé traditionnel essentiellement massif qui doit résister à de potentielles explosions. Les murs en béton font plus d'un mètre d'épaisseur avec une armature en fer. Pour la toiture, c'est une dalle en béton armé qui fait elle-même plus d'un mètre d'épaisseur également. Cette toiture est posée avec un format débordant des murs du bunker, ce qui permet de protéger les murs eux-même des obus qui tomberaient sur le bâtiment. C'est aussi à ce titre de jalon dans l'histoire technique et dans les témoins du développement de la technologie du béton que ce bâtiment a un intérêt patrimonial."

Ouverture au public?

Aujourd'hui, c'est Infrabel qui est propriétaire du site. A charge de l'opérateur de décider d'ouvrir ou pas le bunker au public. "Ce sont de petites pièces. Mais on peut imaginer de donner un accès plus complet", lors de journées du Patrimoine par exemple, espère Stéphane Demeter. Ce dernier invoque également les dernières technologies permettant les visites virtuelles. "Nous venons de prendre connaissance de ce classement. Nous ignorons encore ce que cela implique pour Infrabel. Nous allons en discuter avec la Région bruxelloise et voir ce que nous sommes tenus de faire désormais. Et pourquoi pas peut-être un jour l'ouvrir au public dans le cadre de visites spécifiques", conclut Marie Molens, porte-parole d'Infrabel.

L'année dernière, le gouvernement bruxellois avait classé un bunker d'un autre genre, en plein cœur de Bruxelles: celui sous la place du Jeu de Balle dans les Marolles.

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