L'Abbé Liévin Thésin, espion et résistant de 14-18

L’abbé Liévin Thésin, espion et résistant de 14-18
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L’abbé Liévin Thésin, espion et résistant de 14-18 - © erbaut.be

A l’occasion du Centenaire de la première guerre mondiale, les Archives générales du Royaume ont lancé un appel à toutes personnes privées qui possèdent des archives et documents intéressants concernant le conflit et qui désirent les confier ou les faire copier afin qu’elles soient conservées à long terme. Cet appel a notamment été entendu par une personne qui a retrouvé dans un grenier un paquet de documents qui se sont révélés être les archives de l’Abbé Liévin Thésin. Cet homme d’Eglise était une figure de la résistance durant la Première Guerre mondiale. L’occasion de revenir sur son parcours étonnant et trop mal connu avec Michael Amara, chef de service " Archives contemporaines " aux Archives générales du Royaume.

Né à Erbaut en 1883, Liévin Thésin était vicaire de Boussu quand éclate la guerre en 1914. Le prêtre est entré dans la résistance dès les premiers mois du conflit : " il va d’abord aider les soldats britanniques qui se trouvaient dans la région de Mons à fuir vers les Pays-Bas. Et via les réseaux de résistance catholiques actifs dès 1915, il va créer lui-même un réseau d’espionnage, le " Service du Sacré-Cœur, actif à partir de 1915, et qui va regrouper des personnes qui vont espionner pour le compte des Britanniques ".

Espion et prêtre…

Cette activité d’espionnage crée un vrai dilemme pour l’Abbé Thésin. Certains de ses écrits en témoignent : " cela lui pose un problème au début de la guerre d’être dans une action basée sur une forme de dissimulation, avec tout ce que l’image de l’espion peut avoir de négatif à l’époque. Et puis finalement, entrainé par d’autres exemples de curés actifs dans la résistance, il va passer outre ses doutes et c’est son esprit patriotique, et son attachement notamment au cardinal Mercier, qui vont faire que à partir de 1916, il devient une figure extrêmement importante de la résistance en Hainaut.

Trahi en 1918, l’Abbé Thésin est arrêté et incarcéré à la prison de Saint-Gilles. Il est condamné à mort mais ne sera pas exécuté. Michael Amara explique ce choix des Allemands par le contexte de l’époque : " en 1918, il était difficile pour les Allemands d’exécuter un curé, ils avaient bien conscience de tout ce que cela pouvait avoir de négatif. C’est ce qui lui a permis d’être libéré des geôles de la prison de Saint-Gilles en novembre 1918 ".

L’hommage à la résistance après-guerre

Après la guerre, l’Abbé Thésin n’aura de cesse de rendre hommage à ses frères de lutte au sein de la résistance. Il va collecter des documents témoignant de leur combat et de leur sacrifice. Parmi les archives qu’il rassemble, et qui sont donc aujourd’hui consultables aux Archives générales du Royaume, il y a notamment des lettres écrites par des résistants condamnés à mort : " les Allemands accordaient toujours aux condamnés, dans les heures qui précédaient leur exécution, d’écrire un dernier courrier à leurs proches ". L’Abbé Liévin a fait des retranscriptions dactylographiées de ces lettres émouvantes, " ce sont les derniers actes, les derniers mots que ces personnes écrivent à leur famille, alors qu’elles savent qu’il ne leur reste que quelques heures à vivre ".

C’est aussi à l’Abbé Thésin que l’on doit l’initiative du monument aux fusillés de Casteau. " Un monument qui rend hommage à un réseau de la région de Manage, dirigé par une figure connue, un gendarme qui s’appelait Arthur Pollet et qui espionnait pour les Britanniques, lui et tout son groupe ont été dénoncés et fusillés en mars 1916 dans un camp militaire qui se trouvait à Casteau ". Malheureusement, ce joli monument en bronze - réalisé après-guerre à l’aide d’une souscription – a été volé il y a trois ans.